samedi 17 novembre 2007

Deauville fait la gueule



La déception se lisait sur tous les visages jeudi, à l'intérieur de la magnifique Salle des Ambassadeurs du Casino Barrière de Deauville. C'est seulement 34 joueurs qui étaient au rendez-vous pour disputer l'épreuve à 5,000€ censée marquer le grand retour du poker professionnel dans les casinos Français, 18 mois après le dernier passage de l'European Poker Tour dans l'héxagone.

34 joueurs. Quatre tables à peine. Du côté des organisateurs, l'humeur n'était pas à la fête. Du côté des joueurs, beaucoup grognaient. Du côté de la presse, représentée par moi-même, Poker.fr et LivePoker, on avait quand même du mal à y croire.

Des images de ma dernière visite au Casino de Deauville me revenaient en mémoire. Février 2006. European Poker Tour. PokerStars. Une salle pleine à craquer pour le plus gros tournoi jamais organisé en France (un record qui tient toujours) 434 joueurs venus de toute l'Europe et d'Amérique. Je me rappelle de l'enthousiasme qui a parcouru la salle des Ambassadeurs toute la semaine. Tout le monde avait adoré. Hier, le contraste était saisissant. Un calme de mort régnait dans la salle aux trois quarts vides.



J'avais anticipé l'échec du tournoi, la faute à un prix d'entrée trop élevé, dans un pays où les grosses bankrolls sans encore rares, la faute aussi et surtout à un manque de communication autour de l'épreuve assez incompréhensible. Un peu de pub auprès des médias étrangers aurait pu rameuter plein de pros. L'étape de Deauville était, après tout, la préférée des joueurs parmi l'ensemble des destinations de l'European PokerTour. Ils auraient pu aussi s'offrir les services d'un pro Français réputé, qui se serait chargé de faire de la retape auprès de ses potes de toute l'Europe.

Mais il faut aussi admettre que Barrière a joué de malchance, avec une grève des transports qui est tombée pile la veille de l'épreuve, entrainant l'annulation de la venue d'une bonne quinzaine de joueurs. Le soir même, c'est les RG qui ordonnaient aux organisateurs de rembourser aux vainqueurs du sattelite leur entrée à 5,000€, si ces derniers le désiraient. Du coup, sur les 15 joueurs qui ont remporté le ticket, seul 2 ont choisi de disputer le tournoi. Il n'y avait pas de meilleur moyen d'achever une épreuve déjà mal en point, et Barrière ne pouvait absolument rien y faire.

Il faut aussi prendre en compte le fait que lorsque ce tournoi a été mis sur pied (avec un délai forcé de deux mois d'avance, imposé par les autorités), un partenariat TV (gage quasi assuré d'affluence) était mis en place avec Patrick Bruel et Canal+. Entre temps, Bruel a claqué la porte (les organisateurs avaient refusé qu'il colle des logos WAM-Poker partout), et du coup, Barrière s'est retrouvé le bec dans l'eau, privé de précieux partenaires audio-visuels.

Parmi les 34 joueurs au départ, 100% de joueurs Français, tous en provenance de Paris, résultant en une ambiance “vieux briscards des cercles Parisiens”, la fumée du cigare en moins. Certains ont même fait remarquer : “C'était bien la peine de faire 200 bornes pour jouer avec les mêmes types qu'à Paris !” Cela a donné un tournoi au niveau assez relevé, mais pas trop non plus, faut pas éxagerer quand même (ben oui, Bruel n'était pas là). On comptait quand même quelques excellents joueurs Français : entre autres Jan Boubli, Eric Koskas, Xavier Detournel, et Bertrand “Elky” Grospellier, un peu perdu au milieu de ce tournoi à la moyenne d'âge beaucoup plus élevée que d'habitude. (A noter que ce dernier a subi un lifting etonnant, ayant perdu 19 kilo, méconnaissable depuis notre dernière rencontre à Baden il y a un mois. C'était quand même un peu déprimant de le voir faire la grise mine au petit dej', devant son assiette limitée a une tomate et quelques blancs d'oeufs)

Les joueurs du tournoi faisaient un peu la gueule (pas tous, quand même), et, histoire de ne pas éterniser le tournoi plus que nécessaire, ont décidé d'accélerer la structure pour boucler l'épreuve en une journée.

Commencé vers 15 heures, le tournoi s'est finalement terminé vers 3 heures du matin par la victoire d'un habitué des cercles Parisiens, le fantasque Michel Cohen. Pas le meilleur joueur du monde, loin de là, mais un type sympa au jeu solide. J'aurai préféré la victoire d'un des meilleurs joueurs en lice, par exemple Jerome Zerbib. Ce dernier est arrivé en finale avec un gros tas de jetons, et a décidé (à juste titre) de refuser de dealer. Malheureusement, il fut le second à sauter en finale, à la grande satisfaction de ses adversaires qui tenaient absolument à diviser en dix une cagnotte déjà bien maigre.


Michel Cohen remporte (à peine) 43,000 euros après la conclusion d'un deal

J'ai pu m'entretenir avec la responsable des tournois à Deauville, Lucille Desnos, qui a en grande partie reconnu les torts de l'organisation et leur responsabilité dans l'échec du tournoi. Ils sont plein de bonne volonté, et sont, il faut le reconnaitre, encore verts dans un domaine aussi complexe que l'organisation d'un tournoi de poker pro.

Tout de même, disons-le : le tournoi s'est déroulé de manière impeccable : les croupiers étaient globalement compétents, et les superviseurs n'ont pas eu à intervenir. La partie a suivi son cours avec fluidité. Bref, côté organisation logistique d'un tournoi, Barrière est au point. En revanche, de gros progrès sont à faire côté communication...

De mon côté, cette petite épreuve fut sans conteste l'une des plus agréables que j'ai eu à couvrir en 2007. Vu que nous étions très peu nombreux côté média (Yuestud et moi pour le ClubPoker, un photographe de LivePoker, Loic et la délicieuse Christelle pour Poker.fr), nous avons été acceuillis à bras ouvert par le personnel, qui a répondu a nos requetes et questions avec célérité.

Et surtout, joie et bonheur, l'accès aux parties était total. Avec Yu, on a pu se balader librement entre les tables, parler aux joueurs, shooter autant de photos que possible, le tout avec un accès Internet idéalement situé à quelques mètres. En conséquence, je pense avoir réalisé hier un de mes meilleurs reportages cette année. Peu importe le nombre de joueurs, finalement, il y a toujours quelque chose à raconter, et hier, on était au taquet avec Yu. Je préfère cent fois couvrir un tournoi à 30 joueurs avec un bon accès, plutôt qu'un tournoi à 500 où il n'y a rien à voir (exemple : Amsterdam) En plus, Yuestud a été super pro, efficace, c'est simple, notre tandem m'a rappelé Magic Johnson et Karim Abdul-Jabbar chez les Lakers durant les années 80.


Partenaire d'un jour : l'inénarrable Yuestud

Ah oui, sinon, je vous ai parlé de ma chambre d'hôtel au Normandy, l'hôtel Barrière qui jouxte le casino. C'est la méga-classe, dans le style “baller vieillot”. C'est à dire qu'on se croirait chez ma grand-mère, sauf que ce serait une grand-mère blindée de thunes. A mon arrivée, j'ai pas tout compris. Je croyais que c'est LivePoker qui avait réservé la chambre. J'ai eu des doutes quand la fille de l'accueil m'a présenté la suite de cinquante mètres carrés : “Euh, vous êtes sur que c'est içi que je dors ?” Deux pièces séparées, une salle de bain de prince turc, l'écran plat, mini-bar, un lit de 4 par 3.... Dix minutes plus tard, un valet se pointe dans la chambre avec un “petit cadeau de bienvenue”, un plateau de chocolats raffinés.

Bon, en fait, c'est Barrière qui régale, je m'en suis rendu compte après. Corruption de journaliste ? Je sais pas, mais chambre à l'oeil ou pas, je ferai mon boulot comme d'habitude. J'ai quand même mangé les chocolats, faut pas exagérer.

Normandy, un hôtel de baller :













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