dimanche 9 septembre 2007

Quaaaaads



Thomas Bihl, premier vainqueur des WSOP-E
photo : Arthur Crowson pour PokerListings

Voilà, le tout premier bracelet des World Series of Poker en dehors de Las Vegas a été délivré hier vers quatre heures du matin. Quoi qu'on en dise, le moment était important. Si, si, je vous assure. A une table remplie de requins et de superstars du genre Jennifer Harman, Chris Ferguson, Kirk Morrison, Alex Kravchenko et Joe Beevers, surprise, c'est l'outsider qui a raflé la mise. Thomas Bihl, un jeune joueur Allemand au palmarès jusqu'à présent modeste, s'est battu comme un lion, pas intimidé par le calibre de ses adversaires.

Jennifer Harman était la meilleure joueuse de la table. Toute la journée derrière elle, son mari Marco Traniello et son meilleur ami Daniel Negreanu. En tête à tête, la victoire lui semblait acquise (elle possedait à un moment 90% des jetons), mais quelques erreurs sur la fin lui firent manquer un troisième bracelet. Visiblement frustrée, elle quitta le studio à toute vitesse aussitôt après le dernier coup, et ne participa pas à la remise des récompenses.

Kirk Morrison fut lui aussi gros chip-leader en milieu de partie. Il a ensuite concenscieusement laissé filer ses jetons, s'imbibant progressivement des cocktails qui arrivaient en flux tendu à la table. Dommage, dommage. Ceci dit, c'est un joueur épatant qui est revenu sur le devant de la scène de manière spectaculaire après un exil de cinq ans en Nouvelle Zélande.

L'ambiance de cette finale WSOP à l'Européenne était à des années lumière de celles de Las Vegas. Au lieu d'un public hurleur massé dans une gigantesque arène, on avait droit à un petit comité réuni dans la discothèque du casino transformée en studio de télévision pour l'occasion. En tête à tête, la traditionnelle arrivée du cash sur la table était absente. Les joueurs se sont affrontés dans le calme. Exit la tension qui règne parfois, la décontraction était içi de mise.


Table finale à l'Européenne : relax

La finale s'est étirée jusqu'aux petites heures du matin, à tel point qu'on commencait à se demander si ça allait finir avant cinq heures du matin, heure de fermeture du casino. Il n'y avait plus grand monde pour applaudir Thomas Bihl quand il brandit le bracelet. Il a prononcé quelques timides paroles, puis s'est prété au jeu de la séance photo avec un sourire forcé. Bref, une victoire germanique, tout en retenue.

Dans le même temps se déroulait l'épreuve de Pot-Limit Omaha à 5,000 livres (environ 7,500 euros). Elle a attirée un chouia plus de monde (156 contre 105 pour le HORSE), dont pas mal d'Européens, traditionnelement reconnus comme spécialistes de cette discipline. Ce qui, à mon avis, est peut-être vrai en cash-games mais pas en tournoi. Les épreuves de PLO à gros buy-in sont inexistantes en Europe (il me semble cependant qu'il y a un beau tournoi une fois par an à l'Aviation), et en fait, cette épreuve WSOP fut tout simplement le plus gros tournoi de PLO jamais organisé de notre côté de l'Atlantique, fait sur lequel Harrah's n'a pas manqué de s'extasier à grands renforts de communiqués de presse. On se console comme on peut.

Il y avait quelques Français, mais toujours pas assez à mon gôut, quand on considère que nous avons quelques très bons joueurs dans cette variante (Boubli, Lellouche, vous êtiez où, bordel ?). Abecassis a perdu un enorme pot sur le dernier coup du Day 1, sur un coup à 50/50, et fut éliminé rapidement le lendemain. Pareil pour Bruno Fitoussi. Bonne performance en revanche de Antoine Arnault, fils de son père milliardaire Bernard, qui a terminé en cinquième position.

La finale du PLO est encore en cours au moment où je vous écris (lundi, 3h17 du matin) Bruno Fitoussi et Isabelle Mercier sont passés dire bonjour. J'ai aussi vu Eloi Relange et Sabine Hazoume (de l'ACF). Tony G est encore en course, revenu de loin pour s'emparer du chip-lead. Je l'aime bien, le Tony. C'est un excellent joueur, et si son comportement enerve, à juste titre, ça donne toujours une exceptionnelle retransmission télévisée (aaah, WPT Aviation 2002 et 2004) Ceci dit, il s'est considérablement calmé depuis 2 ans. Et c'est un mec sympa dans le fond, du genre qui est pote avec tout le monde.

Fabrice Soulier a fait une apparition. Je ne l'avais pas vu depuis sa sortie du Main Event à Vegas en juillet. Rayan passait par là et à fait la grimace en serrant la main à celui qui a craqué sa paire d'As à la bulle de l'EPT de Barcelone. Ha, ha.

Mon collègue Guignol, avec qui j'ai bossé à Vegas pour WAM-Poker, était complètement bourré la majeure partie de la soirée d'hier, vociférant des invectives en direction des joueurs qui essayaient tant bien que mal de se concentrer. Il m'a invité à venir « se prendre une cuite » lundi soir, avant d'entamer une conversation d'alcoolique avec Tony G.

Guignol n'était pas la seule viande saoule qu'on pouvait croiser dans les couloirs du casino ce week-end. Chaque aller et retour entre l'Empire et la salle de presse me donnait l'occasion d'observer la vie nocturne de Leicester Square, surement l'un des quartiers les plus animés de Londres. La place est centurée de boîte de nuit et de fast-food ouverts jusque trois heures du matin, et deverse un flot permanent de fetards et de jeunettes habillés comme des prostituées.

Le retour en bus jusqu'à Hampstead est toujours un moment épique. Il y a les mecs bourrés, bien sur, en fait il n'y a que ça et nous sommes à chaque fois les seuls passagers sobres du double-decker. Il y a les mecs qui menacent le pauvre chauffeur de terribles représailles parce qu'il refuse de leur vendre un ticket (les distributeurs sont sur le trottoir, et quand le mec quitte le bus pour s'y rendre, le chauffeur démarre aussitôt, et les coups de pieds et coups de poings sur la paroi du véhicule fusent) Il y a aussi les mecs à moitié en train de dormir, dont tu te demande pendant tout le trajet s'ils vont finir par te vomir dessus. J'adore.

Un truc que j'adore de moins en moins, par contre, c'est faire l'aller et retour 30 fois par jour entre le casino et la salle de presse. Crevant. Enfin, ça va, j'ai la santé, hein. En plus, on rigole bien avec Owen et Arthur de PokerListings. Pour tout dire, c'est le bordel complet des fois dans la salle déserte. Je sors juste d'une partie de base-ball jouéd à l'aide de bouteilles vides et de boulettes de papier. Et l'on rejoue environ 50 fois par jour la scène du slowroll contre Mark Vos d'il y a deux jours dans l'épreuve de HORSE (voir post ci-dessous), en la rendant beaucoup plus dramatique. Dans notre version, Erik Dalby répète "Nice hand, nice hand, give him the pot" environ 10 fois avant de s'allonger sur la table en vociférant "Quaaaaaaaads" avec un regard de dément. Du coup, la salle de presse résonne de hurlements toute la journée, et les journalistes qui viennent d'arriver pour couvrir le Main Event nous jettent des regards en coin inquiets. Ils finiront par s'y habituer.

Sinon, je vous confiais l'autre jour mes déboires au black-jack et mon projet de diète qui s'en suivit. Eh bien, le total de mes dépenses ces quatre derniers jours s'élèvent à... une livre sterling. Un vrai survivor. Et comme j'ai gagné 2£ contre Owen à la suite d'un pari, j'ai en fait gagné de l'argent. J'ai fini par craquer ce matin au Subway, me payant un sandwich poulet pour 7,50£. Putain ! Ca fait plus de 10 euros, ils abusent pas un peu ? Ah non, on me fait signe dans mon oreillette que c'est normal içi à Londres.

Je profite allègrement du buffet gratuit tous les soirs, qui est parfois tout à fait jouissif. Hier,Bruno Fitoussi m'a invité au Chinois du casino, et Freddy Deeb nous a rejoints. Les deux finalistes du HORSE à 50,000$ sont de grands amis. Ils ont passé le repas à discuter de projets immobiliers. Bruno a commandé pour quatre, et j'ai eu peur qu'il aurait du mal à finir, mais non, il a effectivement mangé comme quatre.

Hier, j'étais encore dans un état pitoyable suite à mon rhume. Jennifer m'a trouvé un truc contre les allergies dans une épicerie, et aujourd'hui ça allait beaucoup mieux, même si je me suis réveillé baignant dans un litre de sueur.

Je suis prêt pour attaquer le gros morceau de mon reportage pour poker.fr : le Main Event à 10,000£, qui commence aujourd'hui à Midi. Il devrait avoir un peu plus de Français (du genre Fabrice Soulier ou Thomas Fougeron), et je compte bien leur donner le maximum de couverture médiatique. Ca risque quand même d'être compliqué, car le tournoi va démarrer dans trois casinos éparpillés dans le centre de Londres, en simultané. Je sens qu'on va s'amuser.


Antoine Arnault, fils de Bernard, réalise la première perf' Française des WSOP-Europe : 5e place du Pot-Limit Omaha à 5,000 livres, pour un chèque de 50,000 qui ne changera pas sa vie.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

je trouve tes commentaires sur le fils Arnault un peu limite ... c'est quoi c'est le prix du sandwich poulet que t'as du mal a digérer ?
c'est pas parceque son père est riche que c'est papa qui finance ses WSOP .. ça sent la jalousie ton discours dommage parce qu'en journaliste t'étais pas mal ..

numa

Benjo a dit…

sois plus précis, s'il te plait, car je ne vois pas quels commentaires "limites" j'ai plus faire.

sinon, ouais, j'étais pas mal comme journaliste avant de m'attaquer à de pauvres riches sans défense... c'est plus ce que c'éait ma bonne dame, lol

Benjo

Michael a dit…

Tu as osé dire que c'etait le fils de Bernard Arnault.
Tu merites d'être pendu en public Benjo

Benjo a dit…

J'aurais eu moins d'ennuis si j'avais dit que c'était le frère de Delphine Arnault.