mercredi 12 septembre 2007

Le tournoi le plus cher d'Europe

Le Day1 du Main Event des WSOP-Europe s'est terminé il y a quelques heures. Après deux jours de tournoi, on connait donc enfin les chiffres officiels et ils sont encore plus bas que je ne l'avais imaginé. Au final, ce sont 362 joueurs qui ont dépensé 10,000£ pour participer à l'épreuve. J'imaginais que le chiffre se rapprocherait plus de 450, tandis que Harrah's avait prévu de la place pour 750. C'est finalement moins de la moitié de ce chiffre qui est atteint. Le prize-pool s'en trouve considérablement réduit, mais la première place atteindra tout de même 1 million de livres (1,5m€), grâce à un petit ajout (50K£) de la part du sponsor Betfair.

Faut-il prendre cette affluence réduite comme une mauvaise nouvelle ? Impossible de ne pas ressentir une petite déception, que ce soit chez les joueurs, les médias, le public ou Harrah's. Les raisons possibles sont multiples. Manque de sats Internet ? Désaffection des WSOP après le mécontentement général exprimé à Vegas ? Prix elevé des tournois ?

Si l'on excepte la courte expérience des Monte Carlo Millions qui n'ont duré que deux ans, le Main Event des WSOP-E reste le tournoi le plus cher jamais organisé en Europe. En Mars dernier, c'est plus de 700 joueurs qui débarquaient à Monte Carlo pour la grande finale de l'European Poker Tour, qui m'avait laissé une forte impression. Enfin, je me suis dit à l'époque, on tenait notre version Européenne des World Series of Poker. On avait un truc pour concurrencer Vegas.

Maintenant que les vrais WSOP ont débarqué chez nous, difficile de ne pas faire de comparaisons entre ces deux épreuves. Rendez-vous compte par exemple que la salle Média du Sporting de Monte-Carlo est plus grande que l'espace dédié au tables à l'Empire, Fifty et Sportsman réunis. C'est plus d'une centaine de représentants des médias du monde entier qui y avaient cohabité durant une semaine sans le moindre problème.

Il y avait ce feeling dans l'air durant la grande finale EPT que quelque chose d'important se passait dans la grande Salle des Etoiles, qui reste pour moi le plus bel endroit où s'est jamais tenu un tournoi de poker (à part-peut être le Salon des Ambassadeurs à Deauville). Je fus parcouru d'un léger frisson au moment de la cérémonie d'ouverture du tournoi, quand les rideaux de la gigantesque baie vitrées se sont écartés, laissant apparaitre une spectaculaire vue de Mont-Carlo au son du Beau Danube bleu. Durant les 7 jours qui ont suivi, le poker observé fut tout aussi magnifique, et c'est au terme d'une des plus excitantes finales de l'histoire que Gavin Griffin empocha la somme record de 1,8 millions d'Euros. Au soir de la victoire de l'Américain, j'étais heureux d'avoir assisté à un des moments décisifs du poker Européens, et satisfait d'avoir travaillé dans des conditions exceptionnelles.

Aux WSOP de Londres cette semaine, aucun feeling de ce genre. C'est juste un tournoi de plus, bien organisé mais malformé de naissance, avec des tables éparpillées un peu partout, à côté du bar, devant les machines à sous, à l'autre bout de la ville. On se bouscule toute la journée, les joueurs sont sérrés comme des sardines autour des tables. C'est mal ficelé, quoi. Pourri dans l'oeuf. Le boulot a été baclé par Harrah's, et le résultat indigne d'un label aussi prestigieux que les WSOP.

D'un autre côté, si le field est réduit, il est d'excellent qualité. Je suppose que ce tout premier Main Event Européen ressemble de loin à ce qu'étaient les WSOP version Binion's Horseshoe avant 2003, avec un field composé en majorité de pros. Une époque que je n'ai pas connue, j'aurais bien aimé (vivement que les technologies soit au point pour la production en masse de machines à voyager dans le temps).

Côté organisation, on assistait à une première mondiale avec un départ du tournoi donné en simultané dans trois casinos du centre de Londres, le minuscule casino Empire ne pouvant contenir toutes les tables. Chez PokerNews, le média exclusif des WSOP, on préférait tenter de sauver les meubles en voyant les choses sous un autre angle, plus pervers : « Le tournoi était tellement gros qu'un seul casino n'a pas suffi pour l'accueillir. »

Bref, malgré le casse tête logistique qu'a provoqué le manque de place, ces deux premières journées (Day 1A et B) se sont déroulées sans encombre. Le nombre de niveaux a été ramené à quatre (au lieu de cinq) pour éviter qu'il n'y ait trop d'éliminations. Evidemment, si Harrah's avait su que l'affluence serait aussi basse, ils n'auraient utilisé que deux, voire un seul casino. Mais il était trop tard pour faire machine arrière quand ils s'en sont rendu compte, sans compter que cela aurait été un terrible constat d'échec. Chacun des trois casinos (Empire, Fifty, Sportsman) à donc été utilisé, avec respectivement sept, sept et neuf tables.

Trois minis tournois dans trois endroits différents. Un cauchemar pour les médias non-officiels, bien entendu. Impossible de me diviser en trois, sans compter que se déplacer de casino en casino coûtait un temps précieux. Au final, j'ai bien du faire un choix et ai passé l'essentiel de mon temps à l'Empire, n'allant visiter le Fifty que deux fois en deux jours, et laissant de côté le Sportsman, innacessible à pied.

Côté Français, il y avait un peu plus à se mettre sous la dent pour ce Main Event. Soulier, Bruel, Fitoussi, Fougan, Abécassis, Perrault, Rouas... Plus tous les qualifiés Everest, une des seules rooms à avoir fait tourner avec succès des sattelites. A ce sujet, les échos que j'ai eus de certains qualifiés sont assez catastrophiques. « Ah, ah, il est trop mauvais le mec d'Everest à ma table. Chaque fois qu'il regarde ses cartes je sais s'il va passer où pas. », m'a confié un joueur Français dont je conserverai l'anonymat. Venant d'un autre joueur : « Ouais, j'ai un gros pige à ma table, qualifié sur Internet, il a fait au moins 6 erreurs de relance. » J'en ai moi-même observé un dans l'après-midi : une vraie pile éléctrique, incapable de se concentrer et regardant ailleurs quand il n'était pas dans le coup. Yuestud, mon pote du marketing d'Everest en France, me confirmera : « Ils se sont presque tous qualifiés pour trois dollars donc c'est pas tous des lumières » Ceci dit, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain, puisqu'au moins l'un d'entre eux s'est admirablement bien démérdé à une table très difficile : Julien Berzatton, qui possédait un tapis de 55,000 en fin de journée (les joueurs commencent avec 20,000)

Ce clown de Bruel a terminé le Day 1A en quatrième position du classement provisoire. Il s'est amusé comme un petit fou tout au long de la journée. C'est ça que j'aime bien avec Patrick, quand les cartes lui sourient, c'est un vrai charmeur. Par contre, si il a le malheur de se prendre un bad-beat... Impossible en tout cas de lui reprocher de manquer de charisme. C'est un vrai acteur qui joue avec ses adversaires et sait se les mettre dans la poche avec ses blagues, clin d'oeil et chansons.


Patou fait la course en tête côté Français

Fabrice Soulier a signé pour un an avec un nouveau sponsor, une petite room du nom de ChiliPoker, basée à Malte et gérée par un Français, Alexandre Dreyfus, dont le pedigree m'échappe pour le moment. Bonne chance à eux. Dreyfus s'est aussi débrouillé pour recruter la ravissante Liz Lieu, récemment installée à Londres. Chapeau bas !

Thomas Fougeron a passé la journée en table télévisée avec Phil Hellmuth, qui a complètement éclipsé ses adversaires de par sa présence. Je crois qu'il ne s'est jamais arrêté de parler plus d'une minute. A la fin de la journée, il enchainait les verres de champagne et l'inévitable se produisit quand il en renversa un sur le carrelage avec fracas. J'en ai profité pour gueuler « bourré ! » à travers le studio. Hélàs, Fougan n'allait jamais parvenir à démarrer quoi que ce soit et serait éliminé vers 23 heures.

Le tout nouveau blog d'information PokerQG a publié un billet d'humeur dénoncant l'absence massive de joueurs Français sur l'ensemble de ces WSOP. Je me suis empressé de leur écrire pour apporter un eventail d'explications possibles :

1/ Les tournois sont chers et les joueurs Français avec les bankrolls necessaires restent peu nombreux.

2/ Le HORSE, personne ne sait y jouer en France, à part Bruno Fitoussi.

3/ Après avoir subi la pitoyable organisation des tournois WSOP de Vegas, beaucoup de joueurs n'ont surement pas eu envie de risquer de revivre la meme chose à Londres, surtout quand on considère que le continent Européen a déjà de belles compétitions existantes.

4/ Il y a des tonnes de compétitions déjà au programme en ce moment, où l'on joue dans des conditions plus confortables, au sein de destinations plus attirantes que Londres, et où il y a plus d'argent à gagner pour un cout de départ plus faible (EPT de Barcelone il y a une semaine à peine)

5/ Si l'on regarde les autres nations (excepté les Anglais), on peut constater aussi plusieurs absents de marque, montrant qu'il ne s'agit pas d'une exception culturelle Française. Ou sont les Johnny Lodden, William Thorsson, Martin DeKniff, Jan Slavik et autres Crister Johansson, pour ne citer que la Scandinavie ?

Le dernier point me semble important. A mon sens, il y a eu moins de joueurs Français à ces WSOP tout simplement parce que nous avons encore peu de pros Français. L'EPT de Barcelone a eu 15% de joueurs tricolores parce que PokerStars est très bien implanté en France, donnant l'occasion à nos joueurs de se qualifier en masse. Si l'on regarde chaque grande nation poker en Europe, on y trouve des joueurs qui ont décidé de passer leur tour. D'ailleurs, voiçi mon top 5 des joueurs Européens qui ont manqué cruellement à ces WSOP-E :

1/ Antony Lellouche
2/ Surinder Sunar
3/ Rob Hollink
4/ Jan Boubli
5/ Martin De Kniff

Johnny Lodden a failli faire partie de la liste, mais il s'est finalement pointé au dernier moment pour jouer le Main Event. Mon favori de longue date Henrik Ollander a fait une apparition surprise lors de l'épreuve de Omaha : cela faisait bien un an que je ne l'avais pas vu autour d'une table. Will Ma est revenu en Europe quatre mois après sa victoire au Grand Prix de Paris. Il n'a pas l'âge de jouer aux Etats-unis, ca incite à voyage. La nouvelle sensation Brian Townsend est aussi de la partie. Ce mec est déjà une légende après seulement deux ans sur le circuit online.

Doyle Brunson a sauté au bout d'une demi-heure, et des témoins racontent qu'il n'était pas au mieux de sa forme pokéristique. J'ai entendu qu'il lachait pas mal au Big Game. En décembre dernier, quand j'ai visité la Bobby's Room du Bellagio, les reçus des retraits effectués sur son coffre-fort au Bellagio trainaient par terre dans la Bobby's Room. J'en ai aperçu un signé de sa main pour un montant de 500,000 dollars (comme un con, je n'ai pas songé à ramasser l'object de collection)

Quelques collègues sont arrivés pour couvrir le Main Event. Il y a Courtney, de PokerFives, en provenance des Etats-Unis. Pas mal de Français aussi. Mon pote Maanu, de Team770, qui effectue désormais mon ancien job pour leur blog. Chapeau à lui pour avoir réussi à installer son ordinateur dans la salle du rez-de chaussée, alors qu'il ne dispose même pas de badge de presse. Il y aussi Jules Pochy, de MadeInPoker (le site qui monte). Il y a les rédac-chefs de CardPlayer France, que je n'avais jamais eu le plaisir de rencontrer. Georges Djen, mon boss à LivePoker, à fait un aller et retour express. Il m'a filé une copie du dernier magazine (Bruno Fitoussi en couverture... Avez-vous remarqué que les 3 mags majeurs ont tous mis Fitou en couv' le même mois ? Pas le choix, en même temps... C'est le plus gros résultat Français depuis 10 ans) On a discuté ensemble des articles à venir.

De manière générale, le boulot ne manque pas ces temps-ci, où du moins les propositions de boulot. Ces derniers temps, je suis en contact avec pas mal de monde qui a besoin de mes services pour un petit coup de main, une position freelance ou carrément un emploi salarié. Je n'ai que l'embarras du choix et le dilemme à venir va être justement de faire le bon (choix). Est-ce que les reportages en direct ont un quelquonque avenir avec la généralisation des deals exclusifs (WSOP/Bluff, WPT/Card Player) qui sapent la majeure partie de notre marge de manoeuvre ? Je crains que non. Il va peut-être être temps de passer à autre chose, de toute façon je me vois pas rester debout derrière une table de poker en train de prendre des notes pour le reste de ma vie.

Hier soir, pendant l'arrêt-dîner du Day 1B, j'ai mangé dans un resto chicos en compagnie de Nicolas Levi, ElkY, et Jacques, un sympathique et mysterieux personnage rencontré cette semaine. Semi-retraité après une carrière de PDG (traduction : l'argent n'est pas un problème), Jacques a relevé le challenge du poker de haut niveau, et est plus qu'heureux de sponsoriser des joueurs en devenir en échange de leçons, tout en tentant lui-même sa chance. Un vrai passionné, arrivé sur le tard, qui me raconte avec fierté un coup joué de main de maître à Vegas contre Negreanu en personne. Tandis que je m'empriffe de moules à la crème, Nicolas et ElkY font le debriefing de la journée, et je ne comprends pas la moitié de leur analyses au troisième, quatrième, voire 252e degré. Ceci dit, ça me donne la niaque pour me lancer aussi. J'ai envie de vérifier si, oui ou non, après deux ans passés à observer les meilleurs joueurs du monde de Vegas et d'Europe, j'ai fini par apprendre quelque chose. Pauly va disputer l'étape (pas encore annoncée officiellement) de l'Asian Pacific Poker Tour en Nouvelle Zélande, et j'ai bien envie de me qualifier aussi. Je compte me remettre activement sur PokerStars dès mon retour de Londres.

Demain, première partie du Day 2. Oui, le Day 2 se déroulera sur deux jours, une décision de Harrah's qui a sans doute voulu simplifier ce merdier en faisant jouer tout le monde à l'Empire. Comme le nombre de survivants dépasse légèrement le nombre de tables, il va falloir à nouveau couper en deux la journée.

Mon reportage continue sur poker.fr. Je suis assez frustré concernant mes photos qui sont nazes. La lumière à l'intérieur des casinos est impraticable. Même les pros se plaignent et sont obligés de déballer du matos ultra sophistiqué pour esperer capturer un cliché correct. Encore cinq jours de tournoi. Les journées vont problablement être plus courtes que d'habitude, vu le nombre de joueurs moindre que prévu.


Thomas Wahlroos fut l'un des rares à respecter le dress code à la lettre : bravo !

3 commentaires:

biniou14 a dit…

Quoi ?? Tu envisages d'arreter tes coverages et de nous laisser avec les breves de pokernews comme unique source d'information ???
Tu veux notre mort ou quoi ??

Nikko75 a dit…

Benjo,
encore un super job, des blagues délirantes ("bref j'ai chopé une crève d'enculé"...), et des infos premium.
On comprendrait tous si tu décidais de laisser tomber le job de reporter, mais tu nous manquerais.
Bonne chance sur le circuit.

Nikko75

Anonyme a dit…

très bon post Benjo, tu as la patate, çà fat plaisir !

Have fun in London !

Lolo