jeudi 6 septembre 2007

Euro Series of Poker

Les World Series of Poker, le plus gros et le plus ancien festival de poker, ont démarré hier soir au Casino Empire, établissement situé au beau milieu de Leicester Square, quartier horriblement touristique de Londres. Au programme, des mecs en costard, des potiches en robe de soirée, une petite sauterie d'inauguration avec champagne et petits fours, accompagnée d'un tournoi de charité, « Ante Up For Africa », organisé par Annie Duke. Discussions futiles, bruit des verres qui s'entrechoquent, un piano à queue dans le coin, le pince-fesses de base, quoi.

Bon, j'en reviens à l'instant, c'était nul. Les membres de la presse non-officielle n'ayant pas été conviés aux joyeuses festivités, j'ai du m'inscruster en douce comme un bon vieux crevard des familles, trompant la vigilance du gorille à l'entrée avec une maestria que je n'avais pas observée depuis le temps ou je piquais des disques à Auchan.

Chris Ferguson, Howard Lederer, Erik Seidel, Andy Bloch, Phil Gordon.... Les stars Américaines étaient en représentation autour des deux tables du tournoi caritatif, avec en vedette Phil Hellmuth qui tenait le micro pour annoncer l'action du tournoi, et surtout, expliquer en long et en large pourquoi il est le meilleur joueur du monde. Bruno Fitoussi était là aussi. Avec François Montmirel, c'est le seul Français que j'ai vu, pour l'instant. Nul doute qu'il ne veut pas manquer la première épreuve de demain. La dernière fois que Fitou à disputé un tournoi de HORSE, il s'est goinfré d'un million de dollars. Je ne sais pas trop à qui m'attendre , côté Francophone. Les tournois sont un peu chers, quand même. Y'a pas grand monde, meme parmi les pros, qui peut raisonablement se permettre d'avancer 5000 livres pour du Pot-Limit Omaha (7500 euros environ) et 10,000 livres pour le Main Event en No-Limit (15,000 euros, le tournoi le plus cher d'Europe, et presque même des States. Quand à l'épreuve de HORSE, si elle ne coute que 2,500£ (4000 euros), elle est reservée aux fanatiques de Stud (qui compose les 3/5e de la variante, tout de même), et les afficionados du Limit, un format qui n'a jamais vraiment percé en Europe. Les Américains sont venus en masse, annoncés à grand renfort de communiqués de presse. Les Européens vont-ils suivre ?

Les huiles de Harrah's, avec en tête mon cher ami Jeffrey Pollack (commissionnaire des WSOP), ont donc traversé l'Atlantique, et débarqué sur le Vieux Continent avec de grands discours du genre « Vous allez voir ce que vous allez voir ». Genre, nous les Européens, on sait pas trop s'y prendre pour organiser un tournoi, alors ils vous nous montrer comment qu'on fait. Genre.

C'est la toute première fois que les World Series of Poker quittent les USA pour se dérouler en terres étrangères. Ce festival vénérable, qui forge depuis presque quatre décennies des légendes et couronne chaque été des rois et reines du poker, a sacrément changé de gueule depuis sont rachat en 2005 par Harrah's, le plus gros casinotier du monde, devenant une grosse machine destinée à faire le plus de fric possible à tout prix, mais ça, vous le savez déjà, puisque je l'ai répété environ 2 millions de fois durant l'été.

Pollack est determiné à faire de ces WSOP-Europe le tournoi le plus prestigieux du Vieux Continent. Je veux pas faire le grincheux, mais avec la concurrence de l'EPT et son extraordinaire finale Monégasque de mars dernier, il va y avoir du boulot pour faire mieux. Déjà, avant même que tout soit commencé, les critiques se sont faites entendre concernant l'organisation. Harrah's a logiquement choisi d'organiser le tournoi dans ses propriétés Londoniennes. Exit donc le mythique Vic qui héberge entre autres l'étape Anglaise de l'EPT. Bienvenue à l'Empire, un banal casino sans charme particulier, beaucoup trop petit pour organiser un tournoi à plusieurs centaines de joueurs. Résultat, deux autres batiments ont été réquisionnés. Ainsi, pour la première fois dans l'histoire du poker de tournoi (si l'on excepte les premières éditions des WSOP dans les années 70 qui se déroulaient à la bonne franquette entre le Golden Nugget et le Binion), on va assister à une épreuve (le no-limit à 10,000£) qui se déroulera simultanément dans trois casinos éparpillés en plein centre de Londres. Je te dis pas le bordel logistique. Ca va être intéressant de voir comment ca se déroulera en pratique, ceci dit. Des joueurs Londoniens, tel que mon pote Keith « TheCamel » Hawkins, ont aussi pointé le fait que le personnel de ces établissements n'a aucune compétence particulière en matière d'organisation de tournois, et que les croupiers, pour parler poliment, craignent un max. Bref, les WSOP débarquent en Europe, mais en version cheap. Guère étonnant quand on connait la philosophie d'Harrah's (voir l'ensemble de ce blog). Mais bon, loin de moi l'idée de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué : si les WSOP-Europe sont une réussite, je serai le premier à le crier haut et fort.

Mes chers confrères Jennifer et Snoopy de BlondePoker ont été embauchés pour faire partie de l'équipe de PokerNews, qui, comme à Vegas, aura les droits exclusifs de couverture de l'épreuve. Ils m'ont confié la dernière rumeur qui court du côté de Picadilly Circus, à savoir que le nombre d'inscriptions est aux dernières nouvelles très décevant : il est possible que les trois casinos ne soient pas remplis pour le Main Event, faute d'une affluence suffisante.. Mais ça, c'est top secret, qu'ils m'ont dit, ne le répète pas. Ah, merde, trop tard.

Désireux de me rincer la glotte et de profiter de l'open bar, J'ai joué des coudes pour atteindre le bar et choper une coupe de mousseux, bousculant Jamie Gold au passage, dont le visage de plus en plus couperosé n'a pas manqué de me faire sursauter. De son côté, Jennifer Harman avait du mal à faire comprendre sa commande au serveur, soulignant une fois de plus l'immense et infranchissable barrière linguistique qui empoisonne les relations entre Anglais et Américains. Je suis tombé sur François Montmirel, notre écrivain Français le plus prolifique de la planète poker, qui se prépare à disputer la première épreuve de demain, le HORSE à 2,500£. Nous ennuyant fermement de concert, nous sommes descendus dans le « pit » pour une petite session de black-jack. François est reparti en slip (un modèle « slip à poche » qu'il a du piquer à l'armée) et moi, en deux heures, j'ai réussi à essorer près de la moitié de l'argent liquide que j'avais dans ma poche en arrivant à Londres, 24 heures plus tôt. Résultat : il va falloir envisager une sérieuse diète durant les 12 prochains jours, vu que j'ai presque plus un rond pour me payer à bouffer. J'avais calculé un budget de départ assez sérré : 250 livres. En une journée à peine, il ne m'en reste plus que 70. Même en mettant de côté ma couteuse addiction aux jeux de casinos débiles pour dégénérés, cette ville est hors de prix, c'est clair. Paquet de clopes : 7 euros. Une pinte : 5 euros. Un aller simple en métro : 6 euros. Bon, tant pis, je dois faire régime, de toute façon.
Passons.

J'ai choppé le dernier métro de minuit et suis rentré à Hampstead, colline douillette au nord de Londres, et accéssoirement le point le plus élévé de la ville, dominant le reste de la capitale. C'est là que je me suis installé pour la semaine, dans l'antre de Jennifer et Snoopy (il ne s'appelle pas vraiment Snoopy, pour ceux qui se posent la question) L'appartement de ces bizarres Anglais (pléonasme) est à l'image du site pour lequel ils réalisent d'excellents reportages : bordélique mais attachant. Snoopy vit en couple avec Dana, une chanteuse et joueuse de banjo. Jouer dans le métro, ca paie pas le loyer (exorbitant, il va de soit), alors en attendant de devenir une rock-star riche et célèbre, elle bosse pour le DevilFish, rédigeant des communiqués de presse à la gloire du monsieur pour son site officiel. « J'en ai marre », qu'elle me dit. « Ca paie bien mais le DevilFish est insupportable. Un vrai pervers. Il ne fait que se vanter de ses exploits sexuels à longueur de journée, et me demande de mettre des jupes plus courtes. » Une percée dans la musique est-elle à l'ordre du jour ? « Je fais partie de la bande originale d'un film ! » Elle me montre du doigt le DVD qui traîne par terre : un film porno fétichiste. « On entend ma chanson durant la scène lesbienne. »

Snoopy est un vrai geek. On a passé à la nuit à regarder des vidéos des Superstars du Catch (c'est un gros fan), avant d'allumer la console pour une partie de Street Fighter II (le vrai, l'ancien, celui des puristes.) Il m'a légèrement mis la honte, d'ailleurs. Heureusement qu'on avait pas parié (je suis pourtant d'ordinaire prêt à miser gros sur ma maîtrise de Blanka.)

Sur une étagère, au milieu du foutoir, un gros chèque comme on en reçoit lors des jeux télévisés : Jennifer a remporté 5,000£ il y a quelques mois lors d'un tournoi organisé par le bookmaker Ladbrokes. Le mois d'après, elle gagnait un tournoi à 1,000€ à Dublin, pour un premier prix de plus de 33,000 euros.

Je me sens bien au milieu de ces personnages décalés, que j'ai appris à connaître et apprécier depuis 2 ans.

Les WSOP commencent demain, ainsi je ne disposais que de la journée d'aujourd'hui pour faire le touriste. Avec Owen et Arthur (PokerListings), on a marché jusque Buckingham Palace. Apparement, les gardes rouges avec leurs chapeaux ridicules étaient en grève. Après, on a poussé jusque l'abbaye de Westminster et remonté la tamise jusque Trafalgar Square. Mon guide Michelin en main, j'ai donné aux deux Canadiens un bout de cours d'histoire à ma façon : « Alors, à votre droite, les derniers vestiges d'une monarchie de merde.... Quoi, attends, les Reines on leur coupe la tête, en France. »

Rayan et Pauly, avec qui je viens de passer deux semaines pour le moins étranges à Amsterdam (dans le genre David Lynch), sont de la partie aussi. Rayan s'est payé la « bulle » à Barcelone la semaine dernière, et à choisi de passer son tour pour cette fois : il ne jouera pas le tournoi, préférant s'enfermer pour jouer sur PokerStars. De son côté, Pauly voyage avec sa copine Nicky : ils rempilent pour PokerNews.

Il se fait tard... Je me lève dans moins de cinq heures. Pas le temps de faire ce soir le total de mes gains/pertes de cet été à Vegas. Ca viendra. Dès demain, je vous raconterai mes premiers déboires aux WSOP. Plus que jamais, on va m'empecher de faire mon boulot correctement (les consignes destinées aux Médias sont encore plus strictes que d'habitude, on y reviendra plus tard.)

Ah oui, et je vous ai pas dit : la salle de presse se trouve dans un hôtel, à.... 200 mètres du casino. Il s'annonçe sportif, ce reportage.

Rendez-vous sur Poker.fr vers 14 heures. On va causer HORSE.

Puisqu'il faut bien faire le touriste une fois de temps en temps :


Picadilly Circus


Buckingham Palace. Le drapeau, ca veut dire que la Reine est là ou pas ?


Big Ben sonne toutes les heures depuis 150 ans


La Tamise. C'est moi où elle penche, leur grande roue ?


Trafalgar Square

2 commentaires:

dioscure a dit…

Bon courage...ca fait plaisir de te relire...

eglantine59155 a dit…

Street Fighter II le vrai l'ancien jaime aussi.... jme souviens avoir jouer chez les dervaux a mons... tres belles photos