samedi 8 septembre 2007

Avec des jumelles

Hop, une journée de bouclée, sans doute l'une des plus étranges de ma courte carrière de journaliste poker.

Alors, c'est comment, les World Series of Poker Europe ? Hum, comment dire. Le titre est un peu usurpé, étant donné que je n'ai pas vu beaucoup de joueurs Européens au milieu des 105 partants. Faut dire que la variante du jour (du HORSE) n'est généralement pas très populaire chez nous, qui n'aimons ni le Stud, ni le Limit. Ca été marrant quand même de voir des pros Européens reconnus patiner joyeusement dans la semoule : Marcel Luske a réussi à sauter au bout d'une heure (un exploit assez incroyable pour un tournoi de Limit), Joe Beevers a reconnu n'avoir jamais joué au HORSE de sa vie (ceci dit, il a passé le premier tour, finalement). Heureusement, les Américains sont venus en force, traversant l'Atlantique et démontrant une loyauté pour le moins étrange à une corporation qui ne leur a guère fait de cadeaux ces dernières années. Ca fait un peu mal au coeur de constater que les Américains aient attendu la venue des WSOP pour venir nous rendre visite en nombre. J'espère que les Hellmuth, Mizrachi, Cunningham & co resteront un peu en Europe, pour pouvoirir que nous avons des tournois autrement plus beaux, et ce depuis des décennies, pour certains.

Il semble qu'à chaque nouveau tournoi que je couvre, les conditions de travail empirent, et la journée d'hier n'y faisait pas exception. Je me suis senti un peu comme le dindon de la farce en constatant que le casino n'a absolument fait aucun effort pour nous donner un accès convenable, chose que je peux comprendre cependant, vu qu'avec mes amis Owen et Arthur de PokerListings, nous étions les seuls médias non-officiels à couvrir la partie en direct. Encore une fois, nous avons eu la désagréable impression d'agir en intrus, alors que l'on essaie juste de rendre compte de l'action et, grosso modo, de faire de la pub pour le tournoi.

La salle ou se trouvait la majorité des tables est des plus minuscules. Une fois de plus, Harrah's a démontré son incapacité à trouver un juste milieu en choisissant de passer de l'infiniment grand (l'Amazon Room du Rio) à l'infiniment petit (l'Empire Casino). Il n'y a pas la moindre place pour circuler entre les tables, et on dispose d'environ six mètres carrés derrière le cordon. Les trois quarts des tables m'étaient complètement inaccessibles.

C'est donc avec l'étrange impression de regarder un film Roumain sans sous-titres que j'ai couvert le Day 1 du HORSE pour Poker.fr, en essayant de résoudre l'équation suivante : comment rendre compte du vide ? Je ne pouvais rien voir, impossible de prendre une photo convenable, bref j'ai fait du surplace. L'été dernier, à Vegas, j'avais tendance à piquer ma crise dans ce genre de situation. Mais après maintes réflexions sur le sujet, j'ai finalement conclu que s'enerver ne servait à rien, et ai donc adopté une attitude « rien à foutre » de bon aloi, essayant simplement de faire de mon mieux avec ce qu'on m'a donné, en conservation patience et sourire. Positive attitude, gros.

Alors voilà, je me retrouve avec un tournoi impossible à couvrir, et c'est d'autant plus frustrant qu'il est magnifique. Parmi les 105 joueurs, que des bons joueurs ou presque. PokerNews a fait le calcul : 35 d'entre eux ont au moins un titre WSOP, pour un total de 100 bracelets. Les tables sont belles, et rapellent la bonne époque du Binion's, ou l'on reconnaissait tout le monde ou presque dans la salle. L'ambiance est relaxée, la plupart des joueurs se connaissent bien, et les anecdotes fusent. Ca fait un peu mal au coeur de devoir regarder ça de loin.

Pas grand chose à dire du côté de l'organisation, sinon. La journée s'est déroulée sans incident majeur, mis à part peut-être les croupiers qui ont suscité quelques haussements de sourcils autour de plusieurs tables, à cause de leur lenteur et plus généralement de leur inexperience à donner des Studs.

Je ne risque pas de me plaindre de rester enfermé toute la journée, vu que je fais l'aller et retour entre le casino et la salle de presse environ 20 fois par jour. Cette dernière se trouve à 200 mètres de l'Empire. Réguluièrement, je dois donc traverser Leicester Square infestée par les touristes, carnet et appareil photo à la main. Comme je l'ai dit, peu de médias se sont déplacés (du moins pour l'instant, ca devrait changer la semaine prochaine pour le Main Event), nous avons donc une paix royale dans la salle de presse deserte avec PokerListings, et le travail se déroule dans la bonne humeur.

La partie, qui avait commencé à deux heures de l'après midi, s'est arretée peu avant deux heures du matin. La moitié des 105 partants avaient survécu. Côté Français : partie pénible pour Bruno Fitoussi qui n'a jamais eu son mot à dire et a sauté en milieu de journée. Partie « survivor » pour Montmirel, assis toute la journée à côté du grand Doyle Brunson, et qui termine avec deux fois le montant du gros blind. Enfin, partie de rêve pour Pascal Perrault, qui termine dans le top 5 après avoir éliminé en succession des petits joueurs du type Phil Hellmuth, Andy Bloch et Howard Lederer. Il commentera au terme de la journée : « Ben ouais mon pote, on est pas là pour branler les mouches », une citation que j'ai jugée trop vulgaire pour être incluse dans mes compte-rendus pour poker.fr.

En sortant, j'ai retrouvé Jennifer et Snoopy qui ont fait un boulot proprement extraordinaire pour PokerNews (le seul média officiel), avec des posts à pisser de rire toute la soirée. Ca change un peu des compte-rendus secs auquels on à l'habitude sur ce site. Les stations de métro sont fermées après minuit, nous avons du nous rabattre sur le bus pour rentrer à Hampstead. Joie et bonheur, c'est un « double-decker », je n'en ai jamais pris. Bien entendu, je m'installe à l'étage, au premier rang, et Jennifer passe le trajet à me pointer les différents endroits interessants qui jalonnent notre parcours, ce qui est pratique pour découvrir un peu Londres vu que le temps consacré aux activités touristiques risque fort d'être réduit au strict minimum cette semaine.


Le Casino Empire au beau milieu de Leicester Square


A l'étroit


Doyle Brunson a dormi à moitié durant toute la journée, pour la plus grande joie de François Montmirel, débarrassé d'un adversaire dangereux


La fierté de la presse Canadienne, j'ai nommé Owen Laukkanen


Le square Leicester, theatre de mes 20 aller et retour quotidiens entre le casino et la salle de presse

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