dimanche 30 septembre 2007

Alors, c'était comment ?



Quatrième journée de l’European Poker Tour de Londres. Pour une fois, ce n’est pas debout derrière les tables, mais assis derrière deux écrans de contrôle que j’ai couvert l’épreuve.

Plus de huit heures, presque en continu, à parler dans le micro et commenter l’European Poker Tour en direct et sans filet. PokerStars diffusait pour la première fois une épreuve de l’EPT avec des commentaires en Français, et c’est bibi qui a été choisi pour mener les débats.

Pour moi qui n’avais absolument aucun expérience dans l’audio-visuel, la perspective de parler en direct devant des milliers de personnes avait de quoi terrifier. Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais exprimé en public devant plus de 20 personnes. En général, je suis du genre qui préfère écouter plutôt que parler, ça évite de dire trop de conneries.

Il y a deux semaines, quand j’ai appris que PokerStars recherchait un commentateur pour la diffusion en direct sur Internet de leurs étapes EPT, j’avais dit à Loic Sabatte, à moitié en plaisantant, que j’aimerais bien le faire moi-même. Trente minutes plus tard, je recevais un email de Conrad Brunner, responsable marketing de PokerStars, me demandant si j’étais partant. Loic et Laurent Dumont (ClubPoker.net) avaient passé le bon mot comme quoi j’étais le meilleur candidat au poste (ha, ha). Sans réflechir, j’ai accepté, et j’ai passé les deux semaines suivantes à le regretter. Et si j’étais nul ?, que je me disais. Et si je me mettais à paniquer en direct ? Et si les gens me détestaient ? Toutes sortes de scénarios catastrophe me sont passés par la tête.

Mais il était trop tard pour faire machine arrière, et l’opportunité (sans compter le salaire offert) était trop belle. Des fois, il faut foncer dans le tas et ne pas se poser de questions.

Et bon sang que je suis content et fier de l’avoir fait. Ce fut incroyablement enrichissant d’un point de vue personnel. Jamais je n’aurais cru que je serais capable d’y arriver. Moi qui suis généralement embarrassé et embarrassant en public, qui ai du mal à aligner trois mots sans me reprendre ou bégayer, j’ai tenu le micro toute la journée, presque sans interruption, jouant au ping-pong verbal avec les commentateurs que j’avais tous choisis moi-même : Fabrice Soulier, Thomas Fougeron, Nicolas Levi, Arnaud Mattern, tous excellents. Les mots venaient naturellement, sans peine. Incroyable ! Et quand vers minuit, après huit heures de direct presque non-stop, la réalisatrice nous a annoncés dans le casque « C’est terminé pour ce soir, félicitations à tous ! », j’ai soufflé un grand coup, et toute la régie a lancé une salve d’applaudissements. J’avais tenu la distance sans craquer.

Les réactions ont été incroyablement positives. Mes collègues en salle de presse m’ont soutenu toute la journée pendant les pauses. On a reçu des tonnes d’emails d’encouragements et de félicitations. Sur les forums, plein de posts globalement très positifs, saluant l’initiative d’un commentaire orienté vers les spectateurs Français. J’aime à penser que ceux qui ont trouvé ça nul ont préféré se taire. Merci à eux.

Alors oui, ce premier commentaire en Français et en direct de l’European Poker Tour, c’était pas trop mal, vu les conditions et notre expérience nulle en la matière, avec des intervenants variés permettant des changement de rythme bienvenus. L’action à l’écran était assez lente, on a donc pu s’exprimer sur une variété de sujets pendant les blancs : il fallait bien meubler. On a parlé technique avec Levi et Mattern, on a échangé des anecdotes avec Soulier et Fougeron. On s’est parfois franchement marré avec tout le monde, mais on a aussi passé beaucoup de temps à analyser en profondeur les coups importants. L’équilibre entre le fun et la technique fut plutôt bien respecté, je trouve.

Il y a eu quelques inévitables couacs. A l’exception de Nicolas Levi, qui avait déjà assuré le commentaire à Barcelone il y a mois, c’était le baptême de feu pour nous tous. J’étais installé devant les écrans, casque sur la tête et micro en main, quand la réalisatrice nous a envoyé le signal : « départ dans trois minutes ! » Grosse panique : Fabrice, mon premier intervenant, vient juste de partir pour tourner une séquence vidéo, m’assurant que « t’inquiètes, je les connais, ils vont démarrer en retard » Finalement, Fabsoul revient en courant, essoufflé, et s’installe juste à temps pour le départ et j’entends le décompte dans le casque : « Five… four… three… two… one… good luck, you’re on air ! »

Ma plus grande hantise était de louper mon départ. J’avais même préparé un texte tout fait en cas de panne, testant mon débit vocal avec un dictaphone. Il ne s’agissait pas de parler trop vite, ni trop lentement. J'avais trop les boules. Finalement, je me suis lancé sans me poser de questions, à fond, et bien sur sans filet : si je me mettais à bafouiller où a me tromper de mot, je n’aurais pas de seconde prise.

Au bout de 3 minutes, j’avais déjà un email de mon frère et de mon pote Abdulaziz : « Tu respires trop fort dans le micro, on se croirait dans Ushuaia ! » Je ne rendais compte de rien car j’avais réglé mon retour micro au minimum : je déteste le son de ma propre voix (un peu comme tout le monde, j’imagine)

Terrifié à l’idée de perdre tous mes spectateurs, je suis plus ou moins resté en demi apnée le reste de la journée pour régler le problème. Fabrice, lui, était déjà à l’aise et peu à peu je rentrais dans le rythme aussi. Les premières questions et encouragement arrivaient par e-mail, et au bout de quinze minutes, le stress avait disparu et j’étais entièrement plongé dedans.

Par deux fois, la retransmission s’est interrompue sans que nous en soyons informés. La première fois, Nicolas était en plein dans une explication technique et on a continué à parler sans se rendre compte de rien. La deuxième, j’ai crié « Putain, elle nous a encore coupés, merde ! » alors que nous étions en fait toujours à l’antenne. Lors de la dernière pause de la journée, l’antenne avait repris depuis trois minutes tandis que j’étais encore en train de fumer une clope. Des petits couacs pas bien méchants au final. Je m’attendais à bien pire : j’avais mis la barre assez bas concernant mes attentes.

Plusieurs personnes m’ont dit qu’on avait l’impression que j’avais fait ça toute ma vie, y compris Conrad. C’est très flatteur et sûrement très exagéré aussi, mais ça fait très plaisir néanmoins, étant donné que j’étais convaincu que j’allais tout faire foirer.

La régie est située dans une petite pièce des bureaux du casino, où la production avait casé tant bien que mal des dizaines d’écrans de contrôle. Il y avait là les réalisateurs, régisseurs, techniciens, plus deux commentateurs de chaque pays : Angleterre, Italie, Allemagne, Pays-Bas et France. Autant dire qu’il n’y avait pas un centimètre carré de disponible. La pièce résonnait de voix en cinq langues différentes : on se serait cru aux Nations Unies, où à la tour de Babel.

Préalablement au départ, on a été briefés par Lee Jones et Conrad, qui ont insisté sur plusieurs points généraux : pas de racisme, de mentions sur le sexe ou la consommation de drogues, bien sur (apparemment, Greg Raymer avait crée un incident là-dessus en mentionnant au micro les addictions d’un joueur connu). Pas d’insistance sur les stéréotypes nationaux. Pas de mention des problèmes de jeu de certains. Sur tous ces points, on s’en est bien sortis, même si il y a eu quelques dérapages quand Fabrice a parlé des problèmes de Surinder Sunar avec la roulette où de la gestion de bankroll de David Benyamine. On a vite coupé court à chaque fois.

On était aussi obligé de faire le plus de pub possible de PokerStars, et je me suis acquitté de la tâche, non pas à reculons, mais il faut bien reconnaître que mon ton de voix avait l’air un peu forcé quand j’annonçais des trucs du genre « Rendez vous sur PokerStars.com pour vous qualifier sur l’EPT » Je suis pas bon dans le rôle du bateleur, je pense.

On a eu un coup de pot monstre en ayant à l’écran les deux seuls Français en course dans le tournoi, et pas des moindres : Pascal Perrault et Antony Lellouche. On aurait pas pu rêver mieux pour le lancement de la diffusion en Français, et j’imagine que l’audience a été au rendez-vous.

Anto a joué un poker impressionnant, rentrant dans un coup sur deux. Il sera en table finale aujourd’hui avec un bon tapis et je serai à fond derrière lui tandis que je commenterai l’action. Pascal Perrault a aussi été très bon, mais a finalement échoué aux portes de la finale en 10e place. Chris Moneymaker m’a fait beaucoup d’effet. Le champion du monde 2003 a joué un poker très volontariste, s’impliquant dans beaucoup de coups. Il termine en 17e place. Mon chouchou Surinder Sunar, chip-leader au départ de la journée avec 10% des jetons en circulation, ne sera même pas en table finale, dommage.

En mi-journée, il ne restait plus que deux tables, et la production a décidé de changer de table télévisée. Anto et Pascal sont partis sur la table « off-line », et ce fut catastrophique car au lieu d’une table super-aggressive d’excellents joueurs, on avait désormais à commenter une table de mous du genou, serrures comme pas permis. C’est là que le commentaire à commencé à partir un peu en hors piste. Comme il ne se passait pas grand-chose à l’écran, il fallait bien meubler et on s’est bien marrés avec Fabrice à raconter quelques histoires du cru.

Notamment cette scène de la pause dîner où, attablés entre Français, Pascal m’a pointé du doigt : « Toi, si je gagne ce tournoi, je vais te payer un tournoi EPT ! » Pascal est un lecteur assidu de mes reportages, et il n’a pas manqué ces quelques lignes sur poker.fr où j’ai gentiment moqué son affection bien connue pour les chemises hawaiennes flashy. Il m’a donc proposé un deal à double tranchant : s’il remportait l’épreuve, il me payait un tournoi… à la seule condition que je porte une de ses chemises durant toute l’épreuve ! « Et attention, » a précisé PP, « pas n’importe quelle chemise, non, MA chemise à MA taille ! » Ce qui ne manque pas de piquant pour qui connaît la différence de gabarit entre Pascal et moi.

Rendez-vous à 16h30 (heure de Paris) pour la finale de l’European Poker Tour de Londres. Je rempile au poste de commentateur avec Nicolas Levi et Arnaud Mattern en alternance. Soyez au rendez-vous sur les divers sites diffusant le tournoi en direct (Poker.fr, ClubPoker.net, MadeInPoker.fr, Eptlive.com/fr) pour regarder Antony Lellouche détruire cette table finale. Immanquable!


Derrière moi, le champion du monde 2003 Chris Moneymaker, qui m'a épaté en prenant le micro tout juste 15 minutes après son élimination : je connais peu de joueurs qui en auraient fait autant!
photo : Jules Pochy/MadeInPoker.fr

5 commentaires:

washo59 a dit…

C'était excellent. Ca sera reproduit souvent ?

La participation des pros français, leurs analyses, anecdotes, tout ca donne vraiment envie de vivre tout ca.

Bonne continuation.

sane79 a dit…

bravo pour cette performance
je n'ai malheureusement pas pu t'écouter plus de 30min, mais c'était sympa
j'espère que tu pourras renouveler tout çà aux prochains EPT

Dr. Pauly a dit…

Nice!

Anonyme a dit…

T'as été super Benjo, je suis comme toi j'ai une sainte horreur de parler en public, et franchement je te tire mon chapeau t'étais impec. En espérant que tu nous fasses toutes les étapes EPT, tout le monde a apprécié je pense. Good Job.

kevin

matbouc a dit…

"Plusieurs personnes m’ont dit qu’on avait l’impression que j’avais fait ça toute ma vie, y compris Conrad. C’est très flatteur et sûrement très exagéré aussi"

ça n'est pas exagéré, on dirait que tu es fait pour ça !