lundi 2 juillet 2007

Un second marathon

Les joueurs Français voudraient-ils ma mort ? 48 heures à peine après la finale marathon de Bruno Fitoussi dans le HORSE, qui m'avait tenu en haleine jusque bien après le level du soleil, c'est mon pote Antony Lellouche qui remettait le couvert dans l'épreuve de Deuce to Seven Triple Draw, dont la deuxième journée s'est poursuivie jusqu'a 5 heures ce matin, heure à laquelle la table finale à six fut enfin atteinte.

Mais là encore, ça valait le coup de rester debout toute la nuit. Pas question de manquer un pote en train de faire une perf'. Anto est un expert en Deuce to Seven, qu'il pratique tous les joursen cash-game dans son fief, l'Aviation Club de France sur les Champs-Elysées. (Pour les néophytes, le “Deuce” est une variante du poker fermé à 5 cartes où l'on essaie de constituer la plus mauvaise main possible : 2-3-4-5-7 dépareillés. C'est un jeu très technique fortement apprécié des gamblers)

La partie avait repris à 17 heures avec uen centaine de joueurs restants. Les éliminations se sont succédées à toute vitesse jusqu'a minuit, où le rythme s'est sacrément ralenti pour atteindre le point mort. Pendant ce temps, Antony ne cessait de faire grimper son tapis. Progressivement, toutes les autres parties de la journée ont trouvé leur conclusion, et vers 3 heures du matin, l'Amazon Room était complétement desertée, à l'exception de quelques cash-games remplis de touristes plus qu'éméchés.

Ce qui m'a épaté, c'est l'ambiance de camaraderie qui a émaillé les deux dernières tables du tournoi. Croupiers, superviseurs, joueurs, plus quelques rares médias et spectateurs : les dernières personnes présentes étaient toutes crevées, mais la bonne humeur demeurait au sein de ce petit comité. L'un des jeunes croupiers en poste cette nuit a lancé : “J'adore le Deuce to Seven... c'est tellement facile et reposant. Je pourrais distribuer cette variante tous les jours, toutes les nuits !” Les blagues fusaient, et pour tuer le temps, les superviseurs encore en poste jouaient au Rami pendant les breaks. Anto m'a épaté par sa connaissance de tous les joueurs qui restaient, capable de citer chacune des fois qu'ils les a croisés, se souvenant de leur variante préférée, leur niveau....

Comble de joie, pas de trace autour des tables des responsables de Bluff/Harrah's dont le rôle est de me casser les c.... à longueur de journée. J'ai donc débranché mon ordinateur portable en salle Média et me suis installé à l'intérieur de l'Amazon Room, à l'une des tables vides à quelques mètres de celle d'Anto.


Antony et Fred

Plus tôt, lors de l'arrêt dîner, nous sommes allés manger ensemble chez Antonio's, l'Italien du Rio. Je me suis positivement éclaté le bide avec une soupe à l'oignon et des Fettucinni chicken sauce champignon. On a parlé de.... poker, des grosses parties de Vegas, et des joueurs Français. On s'est mis d'accord sur le fait que des joueurs tricolores qui gagnent leur vie au poker, il y en a pas des masses, perdus au milieu des faux gagnants et des vrais losers. On passe en revue ce petit comité, et je demande à Antony si des fois il n'a pas envie de changer d'air :

“A Paris, j'ai mes clients, mes habitudes : c'est chez moi. Si je déménageais à Vegas, je gagnerais beaucoup moins, c'est clair. Les joueurs y sont bien meilleurs. ” On discute de David Benyamine, le fils prodigue, l'enfant prodige, qui lui a fait le choix de partir. “Il est dix fois, cent fois, mille fois meilleur que moi.”

La table finale à 6 a finalement été atteinte à cinq heures du matin, devant quelques fans irréductibles, dont Benouss' et Fred. Anto m'a encore fait mourir de rire avec son commentaire de fin journée, au terme d'une partie qui a duré 11 heures : “C'est nul, j'ai pas de jetons.” Il a joué ultra-super-loose durant les deux dernières heures, et perdu un peu au passage, mais il m'a assuré qu'il avait du jeu à chaque fois.

Cela fait belle lurette qu'il n'y a plus personne en salle de presse à part moi et Arthur de PokerListings. Cela me prend encore deux bonnes heures pour rédiger les comptes-rendus pour Poker.fr, MadeInPoker et ce présent blog. Encore une journée de boulot solide, mais interminable.En rentrant à ma chambre à 7 heures du matin, je croise à la boutique du casino un joueur pro pas très connu dont j'ai oublié le nom, mais que j'ai déjà vu à la télé lors d'une retransmission des WSOP. C'est dommage que j'ai oublié son blaze, car cela m'aurait permis de donner dans le ragot de bas étage : en effet, il est en compagnie d'une prostituée. Ils achètent une boîte de capotes avant de monter dans l'ascenseur : je préfère attendre le suivant. Depuis un mois, je vois des putes partout, assises seules sur les tabourets des bars, aux tables de black-jack, parcourant en talons hauts le couloir menant à l'Amazon Room, bref, partout.

C'est bien entendu écoeurant – ou pas, va savoir - mais cela ne va pas m'empecher de vous rapporter une anectode – véridique - qui m'est arrivée aux oreilles cette semaine. Un joueur qui restera , pour des raisons évidentes, anonyme, a fait monter dans sa chambre une prostituée rencontrée près des ascenseurs, après une nuit passée à chercher en vain quelqu'un à b.... La fille s'enferme dans les toilettes pendant un temps assez long pour que notre ami aille s'énquérir de la situation : il s'avère qu'elle est en train de fumer du crack sur le marbre de l'évier. Au final, la fille s'enfuira avec le pognon du mec, ce dernier n'ayant plus que pour seule issue de lui courir à près, à moitié à poil. Il a récupéré son argent après un plaquage de rugbyman dans le couloir de l'hôtel. Les responsables de la sécurité, qui sont arrvés en un rien de temps, ont confirmé que ce genre de situation se produisait tous les jours.

Allez, on continue dans la section “conseils pratiques” : si vous cherchez de la coke au Bellagio, demandez aux chauffeurs de limousine. Leur réseau est bien organisé : la transaction se passe à l'intérieur des véhicules. C'est 100 dollars le gramme.

Au Spearmint Rhino, le club de strip-tease le plus en vogue de Las Vegas, il est possible d'avoir des relations sexuelles dans le carré VIP. C'est en principe strictement interdit, mais les filles se débrouillent pour ne pas se faire voir par les vigiles dans le noir. Le tarif varie, mais il en vous coutera au moins 300 dollars pour profiter des services spéciaux de ces demoiselles.

Bien entendu, toutes les pratiques décrites ci-dessus sont rigoureusement interdites et vigoureusement punies par la loi. Enfin, ça, c'est la théorie, car en pratique le système fonctionne avec la complicité passive - voire active - des pouvoirs en place. Les casinos se ne mêlent pas de ce qui se passe dans la chambre que vous avez payé très cher.

En vrac :

- Encore un record battu Samedi : 3151 partants pour une épreuve “zoo” à 1500 dollars. Deux amis Nordistes du club Poker à Lille étaient au rendez-vous, Didier et Maxence. Ils ont tenu jusqu'au dinner break avant de sauter, mais ils avaient l'air contents de l'expérience. Les couloirs de l'Amazon Room étaient bondés à midi, un peu comme à Auchan le jour des soldes. J'aime bien me poster au coffee-shop le plus proche vers 14 heures, deux après le départ, et commander un petit dej' . Depuis ma table, je peux observer les perdants qui défilent par centaines devant mes yeux, la plupart sont et téléphone et leur conversation commence invariablement par une phrase du genre “Je suis au bouton, un type relance et je paie avec As-Roi....”

- J'ai passé une demi-heure à la piscine durant la matinée, bouillant littéralement au soleil. La sono crachait les décibels, et j'ai eu du mal à trouver une place. Note : ne plus aller à la piscine le week-end.

- En salle média, on commence à se marcher dessus aussi. L'épreuve finale des WSOP, le Main Event à 10,000 dollars, commencera dans moins d'une semaine et les retardataires arrivent chaque jour plus nombreux, venus des 4 coins de la planète (enfin, surtout d'Europe) pour couvrir l'évenement. La tension est diffuse mais perceptible entre ceux qui sont là depuis un mois, et ceux qui viennent d'arriver. On peut presque entendre les anciens penser : “Toi le nouveau, si tu me piques ma place, je t'assomme avec mon téléobjectif.”

- La mauvaise nouvelle du jour, puisqu'on parle de l'imminent Main Event : les organisateurs ont décider de planifier une journée de départ (“Day 1”) supplémentaire. Il y en aura donc 4 au lieu de 3, faisant sauter une journée de repos pour nous, qui avait été programmé entre le Day 1 et le Day 2. Je suis vert de chez vert car il y avait plein d'activités sympas qui étaient en cours d'organisation parmi les collègues, pour ce qui aurait été la première journée sans aucun tournoi depuis le début des WSOP.

Récit de la journée sur Poker.fr

Le compte-rendu sur MadeInPoker


Le Strip vu de dos, depuis mon coin fumeur secret

1 commentaire:

Salsac a dit…

La Benjo on sent que tu as vraiment l'expérience des "coverage" :

Depuis ma table, je peux observer les perdants qui défilent par centaines devant mes yeux, la plupart sont et téléphone et leur conversation commence invariablement par une phrase du genre “Je suis au bouton, un type relance et je paie avec As-Roi....”

C'est une vérité vrai comme dirait l'autre (lol)... ah AK quelle main compliquée !!!

Pierre