samedi 7 juillet 2007

La folie pre-Main Event

Finalement, après un mois à travailler quasiment non-stop, enfin une journée où je n'avais aucun tournoi à couvrir et où j'ai pu me pointer au Rio l'esprit léger pour disputer l'épreuve réservée aux Médias. J'avais quand même pris mon ordinateur portable pour mettre à jour ce blog et consulter les dernières infos. On ne se refait pas. Ainsi, j'ai appris que tandis que je m'imbibais au strip-club, l'un de mes joueurs préférés a remporté son premier bracelet dans l'épreuve de Limit Hold'Em Shootout. Ram Vaswani, pilier des Anglais de la bande Hendon Mob, m'a toujours impressionné par sa consistance en tournoi. C'est comme s'il arrivait à se placer aux plus hautes places à chaque compétition qu'il dispute. Son comportement à la table est irréprochable. Je l'ai observé réaliser perf' après perf' tout au long de l'année, et en Mai dernier, à la fin du Grand Prix de Paris, qu'il n'a pas remporté uniquement à cause de la faute à pas de chance, j'avais averti qu'il faudrait le suivre de près lors des WSOP. J'avais eu le nez creux.

L'épreuve Médias, c'est ma seule occasion de disputer un tournoi des World Series of Poker, aussi ridicule soit-il, avec un tapis de départ de 1500 et des rounds de 20 minutes. C'est surtout un moment de détente entre collègues qui ont bossé et vécu ensemble virtuellement 24h/24 pendant un mois. Enfin, pas tout à fait puisque je ne reconnais pas grand monde autour des 20 tables qui ont été mises en place. D'où sortent tous ces gens ? Probablement qu'ils viennent d'atterir à Vegas, frais et plein d'energie à la veille de l'épreuve finale à 10,000 dollars. Tandis que nous, les “vétérans” , nous n'avons qu'une idée en tête : que cette torture se termine (c'était pas ma guerre, chef).


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Du temps du Binion's Horseshoe, le Média Event offrait aux journalistes des vrais prix en cash. Les temps ont changé, et il n'y a désormais plus rien à gagner dans ce tournoi gratuit : les prix mis en jeu sont à reverser à l'association caritative de son choix. On m'a raconté que ce virage a été opéré quand, il y a une dizaine d'années, un des vainqueurs avait décidé d'offrir ses gains à une oeuvre de charité. Les organisateurs ont trouvé l'idée excellente. Du coup, rien pour Bibi. Bon, c'est pour la bonne cause.

Ne boudons pas notre plaisir : à 10 heures, la partie commence dans la joie et la bonne humeur. Je ne suis pas très frais, ayant à peine dormi trois heures. Les tables sont clairsemées : beaucoup de collègues manquent à l'appel, ils sont problablement restés couchés après une nuit de débauche. Matt de PokerListings débarque, hilare, avec une Corona à la main : il a bossé toute la nuit et n'a pas jugé utile d'aller dormir. Un brave Canadien.

Je me retrouve à la table avec trois visages familiers : David de Gutshot, Arthur de PokerListings, et Otis du blog PokerStars. Je double mon tapis assez rapidement après plusieurs coups successifs : un reraise contre Arthur avec 55 sur un flop 623 (il me bluffait avec hauteur As), un check/raise avec 99 sur le flop 722 (mon adversaire passe Q7, bien vu). Un mec que je ne connais pas arrive et s'asseoit à ma gauche : il s'apelle Matt, c'est un dessinateur de cartoons pour le site Life Is a Bluff. Je lui dis que j'adore son métier – jusqu'au lycée, je n'arretais pas de gribouiller de manière compulsive, je me débrouillais pas trop mal. Il me dit que si je veux reprendre les crayons pour son site, je suis le bienvenu. Sympa. Sur un coup, je le relance depuis le petit blind avec As-Dame. “Je vais pas me laisser impressionner par le Frenchy”, qu'il s'exclame en relancant à tapis. Je le paie, il retourne As-Huit. Il trouve un 8 au flop, mais je trouve une Dame sur le turn. “Super”, je m'exclame, avant le 8 sur la rivière qui lui donne le pot et me fait retomber à ma cave initiale.

Je change de table, me débats comme je peux face à l'augmentation des blindes, pour finalement sauter sur un coup à la con comme je les déteste. Je suis de gros blinde avec As-Roi de pique, et tout le monde passe. Le petit blind complète les 400, et je relance 800 de plus. Je n'ai que 1000 derrière. Le petit blind me relance aussitot à tapis avec 86 dépareillés ! Esperait-il me faire coucher ? Je paie, bien sur, et la première carte du flop est un 8. Pour la seconde année consécutive, j'échoue donc à remporter la seule épreuve des WSOP à ma portée.

Je n'avais plus grand chose à faire au Rio après mon élimination... Après tout, c'était ma journée de pause, rare et précieuse en ces temps agités. Hors de question donc d'assister à la conférence de presse des WSOP, où cet idiot de Jeffrey Pollack (commissionnaire du bazar) va s'autocongratuler pendant une heure avant de chasser du revers de la main les questions embarrassantes. J'ai déjà donné l'année dernière, et j'en garde des souvenirs douloureux. Ce genre de mascarade est bon pour les journalistes des médias généralistes, qui viennent de débarquer de New-York, San Francisco ou Londres, venus pour écrire un papier pour un canard comportant le mot “Times”, “Review” ou “Daily” et qui n'ont aucun idée de la réalité des World Series of Poker. J'endure l'épreuve jour et nuit depuis quatre semaines, et rien que l'idée d'entendre Pollack débiter pour la millième fois des conneries du genre “les WSOP sont de mieux en mieux chaque année” me donne envie de vomir. Mais bien sur, Harrah's adore ce type, qui leur rapporte 100 millions de dollars par an en partenariats et sponsorings divers avec marques de bières, bijoux, contrats télés... Tout est bon pour gratter un dollar : même la “cacahouète officielle des World Series of Poker” (!) nous avait été annoncée à grands renforts de communiqués officiels.

Que Pollack continue de rester aveugle et croire à son préchi-précha corporatiste. Qu'il continue de penser que c'est une bonne idée de foutre des joueurs qui ont payé 5000 dollars leur entrée dans une tente mal climatisée aux odeurs repoussantes. Qu'il continue d'augmenter les prélèvements des tournois. Qu'il continue d'imposer aux médias des règles de plus en plus ridicules. Qu'il continue d'insulter l'héritage des World Series of Poker en le reprenant à son compte. Quand il va se rendre compte que les WSOP seront morts, tués des mains d'une armée de businessmen en costard, il sera trop tard.

Je n'ai pas non plus envie d'aller assister au tournoi de charité à 5000 dollars organisé en faveur du Darfour par Annie Duke et l'acteur Don Cheadle, auquels ont nottament participé Matt Damon et Ben Affleck. Charité bien ordonnée commence par soi-même : Harrah's s'est mis quelque 25,000 dollars dans la poche en prélèvements à l'occasion de ce tournoi. Matt et Affleck se sont ensuite installés à une table de cash-games aux blindes 100$/200$ en No-Limit. La liste d'attente s'est aussitôt remplie de plus de 30 noms : les pros se frottaient les mains (il parait qu'Aflleck était tout bourré). Malheureusement, Johnny Chan ne s'est pas pointé. Dommage, il aurait pu rejouer avec Damon la fameuse scène de "Les Joueurs" ("Vous aviez un beau jeu ?" -"Désolé John, j'ai oublié")


Gaming Expo
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Un autre signe de l'approche imminente du Main Event est le démarrage de l'annuelle “Gaming Expo” juste à côté de l'Amazon Room. Il s'agit d'une foire commerciale dédiée au poker et tout ce qui tourne autour, à savoir principalement l'alcool et les gonzesses. Les poker-rooms, toutes présentes l'an passé, se sont fait jeter dehors, nouvelles lois obliges. Ont pris leur place tout un tas de camelots ridicules. C'est écoeurant de vulgarité. Je m'y suis balladé dix minutes avant de devoir sortir, pris d'une soudaine nausée. A chaque pas, un type t'attrappe pour essayer de te vendre quelque chose. Ca va du basique (tables, jetons, cartes, bouquins...) jusqu'à l'extremement débile (pour 50$, une voyante te lit les lignes de la main). Il y a des mecs qui vendent des jetons avec des filles à poil à dessus, d'autres qui te servent leurs lignes de vêtements bidons, des jeux de cartes avec des gens célébres dessus, des fauteuils spécialement conçus pour jouer devant son ordinateur... Les strip-clubs tiennent boutique, leurs danseuses se tremoussent autour des poteaux sur fond de musique techno à plein volume. L'un d'eux offre même un jeu de tir au pigeon : visez la cible pour faire tomber le mannequin dans la flotte. Chacun surfe sur la vague poker, chacun à un plan marketing bien précis pour se faire un max' de thunes et si c'est ça, le poker moderne, tuez moi tout de suite. Ca n'a rien de cool : c'est ringard, c'est moche, c'est vulgaire. Au milieu de cette insanité, je tombe sur le stand du Gamblers General Store, une boutique sympa ayant trait à tout ce qui touche au jeu, située dans le vieux Vegas. “Vous êtes les seules personnes saines içi”, je leur dis. Je leur achète deux bouquins (“Take Me to The River” de Peter Alshton et “Aces and Kings” de Gabe Kaplan) et me casse rapidement. Le pire, c'est que les couloirs adjacents à l'expo sont fermés : pour se rendre à l'Amazon, on est *obligé* de traverser cet enfer.

Retour dans ma chambre au Wynn où je m'affale sur le lit pendant deux précieuses heures. Je considère brièvement un détour par la piscine mais je suis trop fatigué. Je vais taper à la porte de Michel Abecassis, juste à coté de la mienne. On discute de la marche à suivre concernant mon travail pour WAM-Poker, qui commence demain avec le départ du Main Event. Michel me rassure en me disant que je n'aurai pas à rester toute la journée au Rio pour couvrir les journées de 16 heures caractéristiques du Main Event. Chouette. Il est plus que temps de ralentir le rythme. Je passe aussi dire le bonjour à Guignol, 20 étages plus bas. On va faire équipe tous les deux, mais pas dès le début, puisqu'il s'est qualifié pour l'épreuve.

Cette année, vu que la plupart des salles de poker en ligne ne tiennent pas boutique dans les couloirs de Rio, il n'y a pas beaucoup d'open-bars d'organisés. Je me souviens encore avec délice des beuveries organisées par Ultimate Bet, Poker Room ou Bodog. A l'excéption de la fête (ratée) des Jett (racontée hier) et de la fête de Bluff Magazine programmée ce soir là, rien à se mettre sous la dent. Pas question donc de manquer la sauterie de Bluff, elle aussi organisée dans un strip-club, apparemment le plus grand du monde, le Sapphire. Soit. Nous nous y rendons en taxi, et le vigile à l'éntrée nous informe que, malgré nos cartons d'invitation, nous allons devoir nous acquitter des 30$ de droit d'entrée. En effet, quand arrivez dans ces endroits via un taxi, le chauffeur touche sa part. Une affaire bien huilée. Avec Matt de PokerListings et le mec de Pokulator, on ne se démonte pas, et affirmons avec aplomb à la caissière que nous sommes venus en Limousine. Ca marche, elle nous fait rentrer sans nous poser de questions.

Contrairement à la soirée d'hier, il y a foule dans la salle privée reservée par le magazine, sans doute à cause des boissons gratuites servies entre 22 heures et Minuit. Ca a du leur couter bonbon. Je ne me prive pas pour en profiter copieusement. Tout le gratin des médias est là, ca picole et ca rigole gentiment mais je n'arrive pas à rentrer complètement dans l'ambiance, ayant en tête mon nouveau job et le marathon de 11 jours qui s'annonce le lendemain. Niveau potins et ragots : a trois reprises, on m'a confondu avec Antonio Esfandiari (y compris par Kirk Morrison, finaliste au WPT du Bellagio il y a deux mois). Mel Judah est un fan de lap-dances, ainsi que plein d'autres pros dont les noms m'échappent. Justin Bonomo a été apercu en train de mélanger sa salive avec une petite jeunette de Bluff. Les mecs de WickedChops ont une bonne descente. Euuuh... sinon, rien d'interessant à se mettre sous la dent. J'étais trop occupé à mater les danseuses sur le podium pour prêter attention aux discussions des collègues.

N'ayant pas envie d'être a genoux pour ma première journée consacrée à bosser pour WAM-Poker à l'occasion du démarrage du plus gros tournoi de poker du monde, je me suis cassé vers deux heures du mat', mon ébriété coupée net par l'anxiété qui me gagne à la veille du plus gros tournoi de poker de l'année.

Photos en vrac :
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Problèmes de bad-beats : consultez une voyante
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Tir au pigeon
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Même les strip-clubs ont leur stand
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Le Wynn :


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Mon 256e burger des World Series (room service au Wynn, c'est pas donné)

3 commentaires:

Ghis a dit…

Merci pour ce blog, trés sympa...

Marc a dit…

Et si on parlait pognon ? tu nous dis que le room service c'est pas donné, certes... mais pas donné de combien ? ;o))

plus sérieusement, si tu le peux malgré toutes les infos que tu as à nous fournir, parle nous un peu du budget pour un joueur moyen qui veut tenter l'aventure Vegas lors des WSOP. je me dis que pour les tournois on connait tous les Buy-in des tournois, donc facile de ce coté la de prévoir une somme pour jouer. Mais Quid du prix d'une chambre, d'un repas, des transports en commun (en même temps je pense qu'il ne doit pas y en avoir de trop)... Tout ce qui compose la vie normale en gros.

Sinon question temps dans le nord, dimanche ensoleillé mais redégradation demain :o(
par contre je suis sur que quand tu reviendras parmi nous, le temps sera au beau fixe pour les binouzes en terrasse !

Amitiés des Flandres
Marc

Romain a dit…

Bon courage pour le ME , esperons que MIK va etre compréhensif au maximum .