samedi 14 juillet 2007

La bulle éclate

Encore en retard dans la mise à jour de ce blog. Je profite de la pause-dîner du Day 5 du Main Event pour me rattrapper.

Seuls 800 joueurs étaient encore en course jeudi au départ du Day 3 du Main Event (en réalité le septième pour ceux qui couvrent l'évènement). 621 joueurs allaient être payés, tandis que les autres repartiraient les main vides. Journée cruciale, donc, et excitante : la récompense en monnaie sonnante et trébuchante arrivait enfin pour les valeureux survivants du tournoi. Aussi, pour la première fois, tous les joueurs restants étaient réunis dans la même salle. Parmi eux, le futur vainqueur – qui s'ignore encore.

Six joueurs Français étaient au départ, plus deux francophones : le belge Davidi Kitai et le marocain Daniel “CasablancAA”. Ce dernier n'avait plus beaucoup de jetons au départ de la journée, et a rapidement été éliminé, avant les places payées, donc.

La période du “main par main” fut rapidement atteinte. Avec 635 joueurs restants commenca donc la période clé de tout tournoi, celle ou l'on assiste aux dernières éliminations avant de rentrer dans l'argent.

Ce fut incroyablement long. Proprement interminable, bon Dieu. Pas moins de deux heures ont été nécessaires pour éliminer 15 joueurs. Arrivé à ce stade de la partie, personne n'a envie d'être l'un des derniers éliminés, juste aux portes de l'argent. Durant ces deux heures, seulement 15 mains ont été jouées !

La faute au fameux processus du “main par main”, qui fait que chacune des mains sont jouées simultanément sur chacune des 71 tables. Le coup suivant ne commence que lorsque chaque coup est terminé sur chacune des tables. Ironiquement, ce processus interminable a été crée pour justement accélérer la cadence et eviter que des joueurs ne fassent exprès d'attendre des heures avant de prendre leur décision en esperant que les joueurs sautent aux tables voisines. Aussitôt qu'un coup était terminé sur une table, le croupier devait son lever pour rendre sa présence bien visible auprès des superviseurs perchés sur une estrade au milieu de la salle. Une fois que les 71 croupiers étaient debout, le tournament director donnait l'ordre de donner le coup suivant. Et ainsi de suite, à une cadence de tortue.


Les croupiers attendant le signal lors du "main par main"

Autre facteur aggravant, le fait qu'à chaque fois qu'un joueur se retrouvait à tapis, les caméras d'ESPN se précipitaient pour filmer, en esperant que celui-ci se prenne un bad-beat (ca donne toujours des images sympas pour la télé) Le croupier attendait le signal des régisseurs pour retourner le flop, tandis qu'un pauvre hère patientait, se demandant s'il allait être éliminé ou non. Pénible.

Du coup, les joueurs prenaient leur mal en patience en attendant la délivrance. Le jeunot Italien Dario Minieri devenait fou. “10 minutes pour jouer une seule main ! J'en peux plus ! Je veux jouer, moi !” Minieri a 21 ans, mais il en parait quinze. Le Milanais aime jouer vite, et aggressivement, relancant et surrelancant avec n'importe quelles cartes. Il a terminé la journée en position de chip-leader.

Patric Martensson, l'un de mes chouchous, n'avait presque plus de jetons et a envoyé deux fois le tapis, sans se faire payer. Les deux fois, il a montré une paire d'As !

D'autres ont carrémment jeté des paires d'As ou des paires de Rois pour être surs de ne pas se faire éliminer. Je trouve ça dommage que certains en arrivent à gacher leur chance de remporter un gros pot, juste pour remporter les 20,000$ qu'offrent la 621e place, alors qu'il y a plus de 8 millions de dollars à la clé pour le vainqueur.

Dépenser 10,000$ avec pour seul objectif de remporter 20,000$, après trois jours d'un long combat, ca ne vaut pas le coup. Comme je l'ai fait remarquer à Lance de PokerBiz, ils feraient mieux de miser 10,000$ sur le noir à la roulette. Ca prend une seconde, et ils ont une chance sur deux. Alors que lors d'un tournoi de poker, un joueur moyen a une chance sur dix de terminer dans l'argent.

Lee Watkinson a profité de ce genre de joueurs. Avec son gros tapis, il a relancé à chaque tour sans regarder ses cartes, quinze fois de suite. Le pire, c'est que ça a marché. Terrorisés, ses adversaires ont jeté leurs cartes à chaque fois.

J'ai observé la scène en rongeant mon frein, posté dérrière les barrières. Les nouvelles règles à l'attention des médias non-officiels (dont j'ai déjà parlé il y a quelques jours) sont entrées en vigeur à l'occasion du “main par main”. Désormais, interdiction pour moi de pénetrer le périmètre du tournoi. Des passes temporaires de 15 minutes sont distribués pour les médias “pourpres” (moi). Seulement 15 passes sont en circulation, et la file d'attente pour en choper un était longue comme le bras.

Finalement, un pauvre malheureux a sauté en 622e position quand sa paire de 9 s'est fait tuer par le tirage de quinte et couleur, et 621 joueurs purent célebrer en coeur : ils étaient “in the money” au Main Event, déjà un bel accomplissement en soi, et assurés de remporter au moins 20,000$, le double de l'investissement de départ. Le moment était électrique : le Main Event des World Series est celui qui récompense le plus de joueurs. Lors des tournois que je couvre d'habitude, sur le circuit Européen, seuls 40 à 60 joueurs sont payés, et l'atmosphère est beaucoup plus calme. Là, c'est 600 types qui ont exhulté tous en coeur. Bruyant !

La partie a ensuite repris dans le calme, avec, comme l'on pouvait s'y attendre, un rythme d'éliminations ultra-rapide : tous les mecs qui s'accrochaient depuis des heures avec trois pauvres jetons se sont envoyés en l'air.

A noter l'excellente décision du directeur du tournoi, qui a décidé de prolonger d'une heure le niveau qui était en cours, pour ne pas léser les petits tapis. La décision s'imposait d'elle même : seuls 15 coups avaient été joués en deux heures, autant dire que l'on avait virtuellement sauté un niveau.

Georges Sebag, un joueur Français qualifié sur PokerRoom et que je ne connais pas, a sauté durant le “main par main” sur un coup discutable. Il aurait pu parfaitement jeter ses cartes et attendre un peu, pour s'assurer de rentrer dans l'argent, mais a préféré tenter un coup de poker avec un main moyenne. Bruno Fitoussi, lui, a été éliminé “in the money” et a empoché 30,000$, un peu d'argent de poche supplémentaires après les 1,3 millions qu'il a remportés lors du HORSE. Une belle conclusion pour Fitoussi, qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'a pas raté ses WSOP cette année. Fabrice Soulier s'est vaillamment battu, et a finalement sauté en 421e place après que son adversaire ait payé très cher pour un tirage couleur. Il remporte 30,000$, et réalise lui aussi un excellent WSOP.

Aussitot après avoir encaissé ses gains, Fabrice est reparti avec son pote Jules qui s'est occupé avec brio de MadeInPoker durant tout l'été. Je leur ai dit au revoir : ils repartent en Europe, où Fabrice va passer quelques mois – la saison va bientôt reprendre de plus belle là bas. J'espère le recroiser bientôt – il va me manquer, le bougre.


Fabrice Soulier avec Jason Lester

A minuit, la partie était terminée. 337 joueurs avaient survécu, dont seulement trois Français : Claude Cohen, Olivier Tinten et le chef de salle de l'Aviation Club de France, Nicolas Atlan, qui continuait son étonnant parcours.


Nicolas Atlan

Avec Ed, j'ai rejoint la bande de PokerListings au Peppermill, un bar lounge branché du strip. C'est le rendez-vous préféré d'Owen à Vegas, et je dois reconnaitre que l'endroit est sympa. Tout le monde avait devant soi un verre gigantesque contenant un cocktail rosatre au contenu non identifiable. J'ai suivi le mouvement et en ai commandé un aussi. Le “Scorpion”, que ça s'apelle. Il m'a fallu bien 30 minutes pour le descendre, et quand j'ai eu fini, j'avais chaud aux oreilles.

Ensuite, on a traversé la rue pour aller au New Frontier, un casino qui va être démoli la semaine prochaine. C'est l'un des plus vieux casinos de Vegas. Le funeste panneau à l'entrée indique :

“Merci à tous pour toutes ces belles années : 1942-2007”

Il va être remplacé par un autre casino, plus beau et plus moderne, continuant ainsi le ballet incessant des constructions à Las Vegas, où tôt ou tard, chaque hôtel est démoli pour laisser la place à un autre.

C'était la première fois que je rentrais dans un bar Texan... Au programme : musique country, bière a volonté, cow-boys et cow-girls partout, et rodéo sur le taureau mécanique planté au milieu de la salle. Bien entendu, j'ai essayé l'engin. J'ai volé au bout de trente secondes : c'était la première fois que je chevauchais ce genre de machine et ma foi, je ne suis pas mécontent du résultat.


Rodéo

Apparemment, c'est un endroit très apprécié par les gens en visite en provenance du Texas, qui s'y sentent comme chez eux. Perso, je n'ai ai jamais mis les pieds là bas. Comme dirait Owen, "c'est un bel endroit à visiter, mais un terrible endroit où vivre."

Moi, j'ai bien aimé. Enfin, j'aurais pu aller n'importe où, ca aurait été pareil. J'étais bien trop content d'échapper au Rio et aux World Series. Résultat, je me suis imbibé plus que raison, et quand Ed m'a déposé au Wynn à cinq heures du mat', je ne marchais plus droit. Disons le franchement, j'étais raide beurré. Et vous savez quoi ? Ca fait du bien, une fois de temps en temps. Après tout, c'est pas comme çi cela se produisait tous les soirs.

La meilleure nouvelle de la journée : avec l'aide d'Ed, j'ai changé mes billets d'avion de retour. Je vais rester une semaine de plus à Vegas, jusqu'au 25 juillet. Il le fallait. L'idée de rentrer en France dès le lendemain de la finale du Main Event sans avoir rien foutu ou presque durant 6 semaines me rendait malade. Quel interêt, franchement ?

Finalement, après tout ce travail abattu chaque jour des World Series depuis début Juin, je tiens ma récompense, avec cette semaine bonus inespérée où je vais pouvoir faire exactement ce dont j'ai envie. Je vais squatter chez Ed, peinard, et l'on a prévu plein de trucs chouettes, nottamment une virée en Californie, à San Diego ou Los Angeles, on ne sait pas encore. Je garderai surement le blog à jour : il devrait y avoir quelques trucs interessants à raconter. Vivement.

Récit de la journée sur WAM-Poker

Photos en vrac :


WSOP : on commence déjà à remballer


Beaucoup trop d'alcool chez les Texans, içi avec Chris (Blonde Poker), Owen (Poker Listings) et son frangin Andrew

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Beau gosse !
Joli chemise !
Zeb