jeudi 12 juillet 2007

Jeu de massacre, deuxième partie

Le Day 2B a ressemblé comme deux gouttes d'eau au Day 2A, à l'exception qu'il y avait beaucoup plus de Français à suivre. Mais comme je suis arrivé avec deux heures de retard au Rio, beaucoup avaient déjà sauté, joignant des centaines d'autres joueurs vers la sortie.

Tout au long de la journée, j'ai pris note du rythme des éliminations, histoire de me rendre compte à quel point ce Main Event était une gigantesque loterie déguisée en tournoi de poker. Voiçi ce que ça à donné.

Il y avait 1303 joueurs au départ du Day 2B.

Après le 1er break : 322 éliminés, en 2h (2,68/mn)
Après le 2e break : 483 éliminés, en 4h (2,05/mn)
Après le 3e break : 663 éliminés, en 6h (1,84/mn)
A la fin du Day 2B : 844 éliminés, en 9h30 (1,48/mn)

Au total, donc, un bonhomme et demie a sauté à chaque minute qui s'écoulait, tout au long du Day 2B, soit une élimination toutes les quarantes secondes en neuf et demie de partie.

“Ils sont complétement débiles”, ma confié Fabrice Soulier entre deux coups. "La moyenne des jetons est à 100,000 et la grosse blinde est de 1,200 : sont-ils vraiment obligés de s'envoyer en l'air comme ça ?"

Fabsoul, lui, avait mieux à faire que de prendre des risques démesurés avec As-Dame, une paire de 6 ou un mauvais tirage couleur. Après un démarrage chaotique et malchanceux, le Français a enclenché la vitesse supérieure, montant progressivement son tas de jetons pour terminer à plus de 330,000, le double de la moyenne. Je suis confiant pour le Day 3. Mettez lui un gros tapis entre les pattes, et Soulier est capable de prouesses. C'est le bonhomme qu'on joue, désormais. N'importe quelles cartes deviennent jouable, pourvu que la situation soit bonne. Et si il y a un joueur qui sait évaluer les situations profitables comme personne, c'est bien Fabrice Soulier.


Fabsoul s'est déguisé en pilote d'hélicoptère à l'occasion du Day 2B
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Pour ce qui est du reste du clan Français, la journée fut catastrophique. Tous ou presque ont sauté après avoir joué plus ou moins longtemps. Antony Lellouche a eu un coup de malchance énorme qui l'a sorti après trois heures de jeu. Paul Testud, les frères Cohen, Boucris, Roos, Mattern.. Par içi la sortie. Il se peut qu'il y ait un ou deux Français que j'aurais pu oublier, faute de les connaitre. On verra ça demain à la consultation des listes officielles. Mon pote Daniel Elkeslassy, alias “CasablancAA”, sera présent demain, mais avec un tout petit tapis, ayant souffert toute la journée, la faute à peu de cartes jouables.

La grosse histoire de la journée pour moi fut le parcours de Cyril Bensoussan, qui a rapidement monté son tapis de 170,000 à 270,000. J'ai suivi avec enthousiasme sa montée : Cyril a terrorisé la table, remportant des dizaines de pots avant le flop, grâce à des relances et surrelances bien calculées, sans jamais montrer une main. Il remportait tellement de petits pots qu'il avait accumulés plus de 400 jetons de cent (ceux qui servaient à ce moment d'”ante”) A l'arrêt-diner, nous étions tous deux enthousiastes quand au potentiel avenir de Cyril dans le tournoi. Quelque chose devenait possible. Nous nous sommes rendus au Bellagio pour manger un snack et passer le bonjour au reste du clan Parisien, cloitré dans une luxueuse suite au sixième étage. Jerome Zerbib, Antony Lellouche et les frères Cohen étaient là, chacun vaquant à ses occupations dans la chambre ridiculement spacieuse : poker en ligne, sieste, rami à 1000 euros la partie... J'ai bloqué sur les salles de bain : oui, il y en a deux, et très grande qui plus est. L'une contient la douche, l'autre la baignoire. Une débauche de luxe qui me laisse rêveur. Bensouss' m'assure que le palace ne coute que 300$ la nuit (grâce aux réductions accordées aux joueurs qui passent suffisamment de temps aux tables, j'imagine) En entendant ça, je fais immédiatement une note mentale : devenir très riche pour pouvoir moi aussi m'installer un jour dans ce genre de suite, et vivre dans un excès de bon aloi mais pas dénué de remords, education chrétienne oblige. Nan, je déconne. Rien à battre des remords.

Bref, au retour de l'arrêt-dîner, j'accompagne Cyril jusqu'à sa table. Il est un peu nerveux, mais il a les crocs. Il reste trois heures à jouer, mais “Je vais pas rester là à attendre”, qu'il me dit. Je continue de suivre régulièrement les progrès de Cyril, et vers minuit, quand je fais mon dernier tour entre les tables, c'est la catastrophe : je vois mon ami taper violemment du poing sur la table. Le croupier pousse un tas de jetons gigantesque dans la direction d'un autre joueur. Le flop est constitué de quatre petites cartes, plus une Dame, tombée sur la rivière. L'adversaire de Bensouss' a retourné une paire de Dames cachées, lui donnant brelan. Bensouss' est en rage : “J'ai deux As, putain. Je l'ai ferré comme il faut jusqu'à la dernière.” Un coup de malchance monstrueux à un moment clé du tournoi. Après ce coup, il restait 90,000 à Cyril, après être monté plus tot à 380,000.

Je rapporte la nouvelle sur WAM-Poker, puis m'éclipse rapidement. De retour au Wynn, j'allume l'ordinateur et lis les dernières nouvelles : peu après mon départ du Rio, Sorel Mizzi, de petite blinde, a éliminé le joueur au bouton avec une paire d'As contre une paire de Dix. Je m'arrête : en fin de journée, Mizzi, légendaire joueur d'Internet, avait été déplacé juste à la gauche de Cyril.

Ce qui signifie presque avec certitude que c'est Cyril Bensoussan que Sorel Mizzi a éliminé sur ce coup, quelques minutes après que je l'aie quitté, le laissant là avec son maigre tas de jetons. J'espère me tromper, et n'ai pas encore de confirmation au moment où j'écris ce blog, mais j'ai bien peur qu'il n'y ait guère de doute possible. Saloperie de jeu, où l'on atteint les sommets dans l'après-midi, pour se retrouver moins que rien dans la soirée.

Gus Hansen a survolé ce Day 2B... Parti avec un tapis modeste à midi, il a rapidement trouvé de quoi remonter, pour ne plus s'arrêter ensuite. Jouant un poker de classe mondiale, le Danois a donné une leçon à tous ceux qui ont croisé sa route. En milieu de journée, une table s'est montée réunissant Hansen, Sorel Mizzi et “RainKhan”. Trois joueurs ultra-aggressifs. Les caméras d'ESPN n'ont pas perdu une miette des affrontements. Au milieu de ces stars, Bjorn-Erik Glenne a été complètement ignoré. La plupart des médias américains ignorent que le Norvégien a remporté avec brio l'EPT de Barcelone en septembre dernier, après avoir complètement dominé un joueur du nom de... Phil Ivey.

Gus Hansen n'a jamais rien fait de concret aux WSOP : il tient sa chance, cette fois-ci. Il est bien evidemment LE gros favori à compter de maintenant. C'est l'un des joueurs de poker les plus populaires de la planète et tous les yeux seront braqués vers lui.


Gus Hansen : tout le monde essaie de jouer comme lui - personne n'y arrive
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Pour la première fois dans l'histoire des WSOP – il me semble – un aveugle participait au Main Event. Il était encore en course aujourd'hui (j'ignore s'il a tenu jusqu'au bout). Un assistant assis dérrière lui était chargé de lui chuchoter à l'oreille ses cartes, la composition des flops et le comportement des autres joueurs. L'aveugle se chargeait lui-même de miser, avec une dexterité étonnante.

Vinny Vinh était présent au départ de la journée, après son absence de six heures la veille. Avec un tapis de 3,300, il était déjà virtuellement éliminé avant même que la partie ne commence. Et c'est exactement ce qui s'est produit, au bout de deux mains à peine. Vinny a quitté rapidement l'Amazon Room : quand le reverra t-on autour d'une table, je l'ignore. Pauly a reçu un mail anonyme qui expliquerait les dessous de l'affaire, dont les détails sont jusqu'à présent restés bien mystérieux. Apparemment, Vinny serait en dette avec plein de joueurs pros Vietnamiens, certains très connus, et cela expliquerait ses absences et son comportement bizarre. Je vous invite à visiter le Tao of Poker pour en savoir plus. Si ce que Pauly relate est vrai, cela fait froid dans le dos. Mais de toute façon, cette histoire fait déjà froid dans le dos.

A minuit et quart, quand les superviseurs ont mis fin au Day 2B, à la même heure qu'hier (équité oblige), 460 joueurs étaient encore debout, sur les 1300 au départ. Il rejoindront demain les 350 survivants du Day 2A.

Pour la première fois, l'ensemble des joueurs restants dans le Main Event vont se retrouver en même temps au sein de l'Amazon Room. Il y aura 621 joueurs payés. On va rentrer dans la deuxième phase du tournoi. Des pots énormes vont se jouer à chaque table. Des fortunes vont se monter, des destins vont se briser. Des gens vont avoir des coups de pot monstrueux, faisant repartir d'autres en pleurant. Après six jours introductifs, un semblant d'intrigue va commencer à se dessiner. Il était temps. Ne reste plus qu'à esperer que les joueurs Français occuperont les rôles principaux de cette passionnante saga qui s'annonce.

Récit de la journée sur WAM-Poker


Le Franco-Argentin José Barbero est toujours en course
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