mercredi 4 juillet 2007

Conclusion en vue

J'ai laissé filé une journée sans donner de nouvelles içi, la faute conjointe à un manque d’événements réellement intéressants à raconter, une démotivation patente et à une sale crève chopée à force de respirer l'air climatisé du Rio. Après un mois passé à vivre dans un casino sans trop d'encombres, je pensais être immunisé contre l'alternance permanente entre les 40 degrés secs de l'air extérieur, et les 19 degrés humides au sein des bâtiments. Hé bien non, ce mal du désert a fini par me rattraper. L'année dernière, à la même époque, j'en avais souffert pendant les deux semaines qu'avaient duré mon séjour. Gorge sèche, trachée irritée, nez qui coule, et mal de crâne persistant. Tous les ingrédients réunis pour une productivité ralentie : les deux derniers jours n'ont pas été au top niveau boulot.

Mon pote Antony Lellouche s'est vaillamment jeté dans la bataille lors de la finale du Deuce to Seven qui a eu lieu dimanche. Il m'avait prévenu avant le départ : pour avoir une chance de s'en sortir, il lui faudrait pas mal de chance, au vu de la hauteur des tapis et des blindes. Il a saisi toutes les opportunités qui se sont présentées à lui, doublant plusieurs fois son tas de jetons, avant de finalement chuter à une plus qu'honorable troisième place. Pas content, mais pas non plus en colère, le Français spécialiste des cash-games m'a confié avoir retrouvé le goût des tournois, seuls à même à procurer encore un semblant d'excitation à un joueur qui a déjà tout vu après seulement quelques années de carrière professionelle. C'est donc sans trop mal que je l'imagine revenir en force à l'occasion des prochaines grandes compétitions : il finira par décrocher un titre, c'est certain. Antony a le talent et la folie nécessaires pour y arriver.

J'ai suivi la finale depuis le premier rang, en compagnie des quelques Français qui ont daigné venir soutenir Anto. C'est quelque chose qui m'a déçu au cours des nombreuses finales Françaises auxquelles j'ai assisté lors de ces WSOP. A chaque fois, seule une poignée de compatriotes sont venus encourager le Français en course lors de sa finale, dont les indéféctibles supporters que sont Fred Leroux et Cyril Bensoussan. On pourrait croire qu'avec 150 Français en ville cet été (à vue de nez), les tribunes seraient bondées pour observer et soutenir un Benyamine, Fitoussi ou Lellouche quand il accède à l'ultime table d'une épreuve de ce prestigieux tournoi. C'est pas la place qui manque dans les tribunes, après tout. Que nenni : en général, ils passent dire bonjour, et se cassent au bout de quelques minutes.

A l'exception de la table finale de Benyamine, qui est survenue le jour de mon arrivée à Vegas, j'ai été présent du début à la fin chaque fois qu'un tricolore a disputé une finale. Bien entendu parce que c'est mon job d'etre présent pour rendre-compte de l'action, mais aussi parce que j'en avais envie. Cela m'oblige parfois à sortir de mon rôle d'observateur neutre. Quand Bruno Fitoussi s'est assis pour disputer la dernière ligne droite du plus important tournoi de l'année, le HORSE à 50,000 dollars, plusieurs sièges étaient réservés dans les gradins pour la famille et les amis de chaque joueur. Dans la section réservée à Bruno, il n'y avait que moi et Seb de Team770, et jusqu'à cinq heures du matin, les applaudissements que l'on pouvait entendre quand le Français remportait un coup venaient bien souvent de nos seules mains.

Un peu décevant quand on compare cela à la horde d'Irlandais surexcités qui viennent encourager Andy Black chaque fois qu'il dispute une finale, ou au clan Mizrachi, qui semble littéralement occuper chaque place disponible sur le podium ESPN quand l'un des leurs est en course pour le bracelet.

Par contre, quand il s'agit de dire du mal des camarades, les joueurs Français sont forts, très forts. Demandez au joueur Français X ce qu'il pense du joueur Français Y, et vous entendrez presque invariablement le même type de réponse : « Il est pas bon... et en plus, il est raide. » Pour entendre le couplet inverse, addressez-vous au joueur Y. Toujours la même chanson. Faites l'expérience. Je cite pas de noms, ça ne servirait à rien surtout que plusieurs personnes coupables de ce genre de bavardages sont des amis. J'ose tout de même esperer que le caquetage à propos de Bruno Fitoussi cessera un peu, maintenant qu'il a pris 1,2 millions à la loyale dans le tournoi le plus difficile qu'il n'y ait jamais eu... Faut pas déconner, quand même. La mauvaise foi à ses limites.

Maintenant que je me suis fait plein d'amis dans le Landerneau du poker Français, passons à la suite. Dimanche débutait une épreuve que j'attendais avec impatience : le Pot-Limit Omaha à 10,000 dollars. Un jeu pointu, reservé aux amateurs de sensations fortes n'ayant pas froid aux yeux. Le prix élevé de l'entrée à restreint le nombre de participants aux meilleurs des meilleurs. Les Européens ont la réputation d'être les maîtres à ce jeu, et ils occupaient une bonne portion des 314 inscrits. Beaucoup avaient débarqué à Vegas juste à temps pour disputer le tournoi, comme Roy Brindley, Joe Beevers, Peter Jepsen, Julian Gardner, Mads Anderson et j'en passe.

Le tournoi était organisé selon le format « double-chance », signifiant la possiblité d'une recave (ou add-on) gratuite durant les trois premières heures. Cela a incité pas mal de prises de risque en début de partie : on pouvait se permettre de perdre tous ses jetons avant de retenter sa chance.

Empétré dans ma crève, j'ai tant bien que mal suivi le tournoi, avant de jeter l'éponge peu avant une heure du mat'. Seuls 55 joueurs ont survécu à la journée, dont un seul Français, Jan Boubli, lui aussi tout juste arrivé. Exit les Benyamine, Fitoussi, Soulier, Cohen, Zerbib & co.

Andy Black a failli en venir aux mains avec Davood Mehrmand juste après son élimination. Mehrmand l'a titillé jusqu'à plus soif, et quand Black s'est approché de lui en brandissant les poings, l'Allemand a littéralement crié au meurtre. Sacrément gonflé, si vous me demandez mon avis. Black est un bouddhiste (en passe de terminer sa formation de moine), et pour arriver à le faire sortir de ses gonds, il faut vraiment dépasser les bornes. Le fait est que Mehrmand est un vrai connard, pardonnez-moi l'expression, dont le seul plaisir est semble t-il de faire chier la terre entière jusqu'à ce qu'on lui saute dessus, moment qu'il choisit pour aussitôt se plaindre de l'aggrésivité dont on fait preuve à son égard. Rolf m'a dit qu'il a été banni de tous les casinos d'Allemagne, et je n'ai pas de mal à le croire. Ce type doit se sentir bien seul quand il rentre chez lui.


Davood Mehrmand, la tête à claques du poker
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Le lendemain, même absence de motivation à mon entrée dans l'Amazon Room. Je commence à compter les jours qui me séparent de mon retour à la maison. J'entrevois le bout du tunnel avec soulagement. Dans l'épreuve de No-Limit à 1000 dollars avec recaves, Jonathan Fhal est là pour me remonter le moral. Fidèle à ses habitudes, il execute un superbe bluff rien que pour moi, volant un pot énorme sans même une paire en main, en me disant : « Si tu n'avais pas été là, je ne le joue pas pareil. » Je l'en remercie : j'adore quand les joueurs Français me font kiffer avec des coups intéressants. En Novembre dernier, Fhal était devenu instantanément l'un de mes joueurs préférés après avoir mené un bluff de main de maître contre l'un des meilleurs joueurs Européens, Surinder Sunar. A ses côtés, un autre mec sympa, le Toulousain Thierry Cazals (depuis exilé à Barcelone), que j'avais rencontré l'an passé dans le hall de l'aéroport de Vegas, après une journée cauchemar (rappelez-vous le complot terroriste déjoué à Londres le 12 Août 2006 : c'était le jour de la finale du Main Event, et j'étais censé rentrer le lendemain)


Jonathan Fhal, Roi du bluff
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Tous deux vont terminer la journée en vie, ainsi que deux autres joueurs Français, Jean-Claude et Amhed. Lisez le récit de la journée sur poker.fr (lien en bas de post) Il contient le bluff de Fhal cité plus haut, et une méchante erreur d'un croupier qui lui a couté un gros pot.

J'ai presque terminé mon contrat pour Poker.fr. Loic, le boss, m'a réitiré ses compliments quand à mon travail sur le site. J'ai fait de mon mieux, mais je ne suis pas entièrement satisfait, comme d'habitude. Il y a cependant eu quelques moments passionants qui valaient le coup. C'est là que je me rends compte que je suis dépendant de l'actualité : si rien ne se passe d'interessant un jour donné, je serai bien incapable (contrairement à d'autres) d'écrire quelque chose d'interessant. J'ai besoin de l'étincelle pour être à même de raconter une histoire potable.

Dans quelques jours, je vais faire la transition de Poker.fr à WAM-Poker, où je couvrirai le Main Event, l'épreuve finale des WSOP, avec mon pote Guignol. J'ai hâte. Chaque jour qui me rapproche de la conclusion de ce festival de dingues est une bénédiction. Il faut vraiment être taré pour approcher un marathon tel que les WSOP de la manière dont je l'ai faite. Plus jamais on ne m'y reprendra.

Récit du 1er juillet sur Poker.fr
Récit du 2 juillet sur Poker.fr
Compte-rendu du 1er Juiller sur MadeInPoker.fr
Compte-rendu du 2 Juiller sur MadeInPoker.fr

Photos en vrac :
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Jan Boubli et Jerôme Zerbib, deux excellents joueurs Français
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Pardonnez les gouts vestimentaires de Snoopy de BlondePoker, il est Anglais
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Un joueur craignant les germes qui infestent les salles de poker (à juste titre, j'ai envie de dire)
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Guignol de Winamax dans le S.H.O.E à 1000 dollars

4 commentaires:

Anonyme a dit…

salut Benjo,

vraiment excellent blog, très beau boulot ! Je te souhaite bon courage pour te remettre sur pieds, le main event arrive et il nous faut un Benjo vitaminé !

Have fun
Lolo
www.clubpoker.net

Romain a dit…

Soigne toi benjo, et reviens faire un tour à Paris des que tu peux. (ils ont de l'homeopathie a vegas ? )

Et...j'espere que tu liras.

Doute pas de tes articles, c'est pas la premiere fois, t'es un bon rédacteur, je te l'avais dit a l'acf et je le répete. Le niveau réadctionnel vient avec l'experience, et la confiance en soi, parce que c'est la liberté et le grain de folie qui font que tu excelleras.

Antoine a dit…

Salut Benjo,

ça commence à balancer juste quand je découvre ce blog :)

Concernant le manque de support des joueurs français, je trouve (et ne suis pas le seul dans ce cas) que mater du poker est chiant à mourir et je ne me sens pas particulièrement proche de quelqu'un parce qu'on a tout deux un passeport français. Je préfère largement voir un rekrul ou un mrsmokey1 gagner un bracelet que de voir un français que je ne connais pas. Il n'y eu qu'un seul français en FT lors de mon séjour (Bruno) je crois et je passais régulièrement le voir alors que je jouais comme d'autres potes dans des events à côté, je n'aurai de toute façon pas passer 15h à mater ça..

Bon courage pour le coverage et à bientôt sur un EPT.. tu vas encore en avoir besoin.

solo

Salsac a dit…

"Antony a le talent et la folie nécessaires pour y arriver."

Et oui, le petit grin de folie est indispensable aussi !!!

Pierre