dimanche 15 juillet 2007

Ca devient compliqué

Ils étaient 337 au départ du Day 4 du Main Event, vendredi à midi. Parmi eux, trois Français. Olivier Tinten, chip-leader mystère au soir du Day 1A, a sauté rapidement et empoché 50,000$ pour sa performance. Claude Cohen s'est débattu comme un diable, déployant d'excellentes compétences de survivor, avant de finalement sauter à la 130e place, en direct depuis la table télévisée. Il remporte 60,000$ environ.

Il ne reste donc plus qu'un seul joueur Français dans ce Main Event, et ce n'est certainement pas celui auquel on s'attendait. L'an passé, c'était Dan Abouaf, le neveu de Jan Boubli, qui avait débarqué de nulle part pour s'octroyer la place de meilleur joueur Français au Main Event, terminant à la 103e place. Cette année, c'est un employé de l'Aviation Club de France qui s'adjuge le trophée, et il est bien possible que Nicolas Atlan fasse bien mieux qu'Abouas : il va attaquer le Day 5 dans le top 20 en jetons, avec presque 1,9 millions.

Je n'ai pas grand chose d'autre à raconter en raison des restrictions imposées aux médias non-officiels. Durant toute la seconde partie de la journée, il ne m'a plus été possible de pénétrer à l'intérieur du périmètre du tournois. Les mecs d'Harrah's ne se donnaient même plus la peine de donner des badges temporaires de 15 minutes, et se contentaient de nous virer dès que nous avions le nez trop près de l'action.

Tandis que nous regardions les parties de loin, derrière le cordon, j'ai eu une conversation à se sujet avec Dan Michalski, un mec qui écrit pour Pokerati, et qui s'interesse plus à ce qui se passe en coulisses, derrière, que ce qui se passe sous les feux des projecteurs, devant les caméras. Un journaliste comme je les aime.

“Regarde ça”, je lui dis. “Ils nous virent de la zone du tournoi en nous servant le discours comme quoi il n'y a plus assez d'espace pour tout le monde et qu'il faut laisser désormais laissr la place aux caméras d'ESPN. Des conneries. L'Amazon Room est assez grande. Il leur suffirait d'agrandir le périmètre en utlilisant l'espace libre."

Je pointe du doigt la zone vide derrière nous, à côté de la quinzaine de tables en activité. Il y a bien 700 mètres carrés de vide : toutes les tables et chaises ont été retirées.


Comment ça, y'a plus de place ?

“Ils pourraient parfaitement écarter les tables pour donner plus d'espace. Mais c'est exactement ce qu'ils ne vont pas faire. Garder une zone de tournoi restreinte leur donne une excuse pour nous virer en invoquant le manque de place. Ils ne veulent pas de nous. Tant qu'il y a ESPN pour les belles images, et Bluff Magazine pour les articles consensuels, tout va bien. Les autres peuvent rentrer chez eux.”

Et evidemment, ce sera pareil pour la table finale mardi. Au lieu d'utiliser la totalité de la salle pour construire un podium géant, du genre combat de boxe, Harrah's va garder la configuration actuelle et limiter le nombre de spectateurs et de médias, bien sur.

Bref, tout cela ne fait qu'augmenter ma frustration et mon manque de motivation. Il faut que je discute avec Michel pour voir ce que je vais faire durant mes deux derniers jours à travailler pour WAM-Poker. Si Nicolas Atlan saute du tournoi, il n'y a plus grand chose que je pourrai écrire d'original par rapport au média officiel, Bluff/PokerNews, présents en nombre avec une logistique considérable. Qu'est-ce que je vais faire, me pointer au Rio pour observer l'action à 10 mètres de distance, pour ensuite retourner dans la salle de presse pour copier-coller les infos de PokerNews ?

Mes proches amis de BlondePoker, dégoutés, ont carrément laissé tomber à la fin du Day 3 et sont en ce moment en train de se livrer à des activités autrement plus interessantes que se battre constamment avec les costards de Harrah's.

Dieu merci, je n'aurai pas à couvrir la table finale et pourrai donc la regarder de loin, en spectateur, depuis la salle de presse ou sera installée un écran géant (enfin, c'était le cas l'année dernière.)

Du coup, je n'avais plus grand chose à faire à l'intérieur de la salle, et me suis contenté de suivre les progrès de Nicolas Atlan, lui parlant à chaque pause et l'encourageant en compagnie de Claude Cohen (qui s'est improvisé coach pour l'occasion) et de Stéphanie, une des croupières de l'Aviation Club de France (une fille très très très belle)


La veste fétiche "Italia" de Nicolas Atlan, qu'il porte depuis le début du tournoi (pareil pour le jean)

Dario Minieri a cramé son chip-lead dès le début, jouant comme un déglingo et perdant la moitié de son tapis de 2,5 millions durant les 3 premières heures, alors que le big blind n'était que de 10,000. Il s'est maintenu ensuite aux alentours de 1,4 millions tout au long de la journée.

A la place, c'est le jeune Scandinave de service qui a pris le chip-lead. Il y en a toujours un pour prendre la tête du classement dans ces tournois. Aujourd'hui, il s'agit d'un Norvégien tout timide et chétif, Dad Martin Mikkelsi, qui a remporté un pot de 3,5 millions peu après 22 heures avec une quinte au flop contre un mec avec top paire plus le tirage couleur. Le pot était tellement énorme qu'il a fallu au jeunot une bonne quinzaine de minutes pour empiler les centaines de jetons.

Aussitôt qu'il avait fini, les superviseurs sont arrivés à la table pour annoncer aux joueurs qu'ils étaient déplacés en table télévisée. Il fallait voir le regard de chien battu du Norvégien, qui allait devoir défaire ses belles piles toutes neuves pour les transporter en table télé. Il lui a bien fallu une dizaine de racks, qu'il a portés à bout de bras jusqu'au podium.

En parlant de la table télé, le processus est complétement ridicule. Les joueurs qui arrivent à cette table doivent transporter leurs jetons, signer des formulaires, se faire sonoriser avec des micros sans fil. Tout ce merdier prend 20 bonnes minutes, durant lesquelles les parties continuent sur les autres tables. L'horloge continue donc de tourner, et les blindes de monter.

Un procédé qui n'avantage pas les petits tapis, comme Claude Cohen, qui est arrivé à cette table avec 80,000 de tapis. Le temps que la table démarre, les blindes avaient grimpé à 8000/16000.

“Qu'est-ce que j'en ai à foutre de passer à la télé, moi. Ce que je veux, c'est me refaire un tapis avant de me faire bouffer par les blindes !”, a grogné, pas content, le Français, qui allait sortir une heure plus tard avec As-Valet de carreau contre une paire de six.

Hal Lubarsky, l'aveugle qui disputait le tournoi avec l'aide d'un assistant pour regarder ses cartes et commenter l'action à la table, a été éliminé aujourd'hui, dans l'argent, sous un tonnerre d'ovations.

Le nombre de stars du poker présentes s'est considérablement réduit. Sont encore en course quelques tête connues telles que Gus Hansen, l'Anglais Julian Gardner, les champions du monde Scotty Nguyen et Huck Seed, ainsi que le très énérvant Humberto Brenes, dont il faut tout de même bien reconnaitre les talents. Mais qu'est-ce qu'il est énervant, bon Dieu, avec son sketch du requin usé jusqu'à la corde, qu'il enclenche chaque fois qu'une caméra se pointe à moins de 100 mètres à la ronde. Les touristes adorent. C'est nul, nul, nul. Un personnage sans personnalité.

Au total, seul 112 joueurs ont survécu au Day 4. La partie s'est terminée assez tôt, vers minuit, ce qui nous à permis à Ed et moi de foncer au Bellagio pour suivre les progrès de Rayan, toujours en course dans la Bellagio Cup, étape du World Poker Tour programmée cet été pour concurrencer directement le Main Event des WSOP. Tout le monde avait prédit qu'ils allaient se planter, en fait pas du tout : ils ont eu plus de 500 joueurs, avec un casting de qualité comprenant les meilleurs joueurs de Vegas et d'ailleurs, en tout cas tous ceux qui avaient sauté du Main Event.

En arrivant dans la salle du tournoi, je réalise à quel point le WPT me manque, après 5 semaines non stop à souffrir au Rio. La partie a lieu dans une petite salle isolée, au calme. Les reporters sont assis à quelques mètre à peine de l'action, et peuvent circuler tranquilement entre les tables. La compétition est de qualité, je peux reconnaitre à chaque table la moitié des joueurs. J'ai tout de suite été voir Béatrice, la fille qui s'occupe des relations presse, pour lui dire à quel point couvrir les tournois WPT était cent fois mieux que les WSOP. Elle m'a répondu que j'étais le dixième à venir lui dire ça.

Rayan est parmi la cinquantaine de joueurs restants, dans l'argent. Il va remporter au moins 15,000$. Après avoir payé les taxes, il lui restera un peu plus de 10,000$ : le prix d'entrée du tournoi ! Il faut vraiment être sur de son talent, ou débile, pour être un joueur de tournoi pro aujourd'hui. Rayan est de la première catégorie. (l'Australie n'a pas d'accord avec les USA concernant les impôts, au contraire de pays comme la France.)

On a pris un verre près de la salle de poker. A quelques mètres, Bobby Baldwin était assis au big game avec un tapis de 1 million de dollars, à l'intérieur de la salle qui porte son nom : la “Bobby's Room”. Ca fait un peu bizarre de voir le boss du Bellagio (entre autres propriétés de Vegas) jouer à l'intérieur de son propre casino, mais toujours est-il que la partie avait de la gueule, avec Patrick Antonius, Freddy Deeb, Brian Townsend et Minh Ly. Tout simplement la plus grosse partie du monde.

Townsend a perdu un pot de 1,8 millions de dollars après s'être fait prendre la main dans le sac en train de bluffer par le Baldwin suscité. Ce vieux renard a peut-être quitté le monde du poker pro pour celui de l'industrie du jeu il y plus de 20 ans, il n'en pas moins l'un des meilleurs joueurs du monde. Townsend, la dernière sensation en date dans le milieu des parties high-stakes, en était littéralement malade et s'est aussitôt enfui sans prendre la peine de ramasser ses jetons.

J'ai gagné 30$ au black-jack electronique, le temps de boire une vodka-tonic et une Heineken. On a vu passer Noah Boeken en compagnie de deux charmantes demoiselles, l'une d'entre elles n'était autre que Shannon Elisabeth. Romance en vue ?

En rentrant, j'ai fait un peu de lessive dans les lavabos de la salle de bain. La femme de ménage a du halluciner en voyant les sous-vetements pendus un peu partout à travers la chambre, se demandant surement pourquoi diable des gens qui peuvent se permettre de payer une chambre d'hotel à 180$ la nuit ne peuvent s'offrir le service nettoyage.

La diffusion des World Series à déjà commencé aux USA sur ESPN. Pour la première fois, les parties ont été filmées en Haute Definition. Comme j'ai la chance de passer la semaine dans un hôtel pour riches, la télé dans ma chambre est équipée HD. La qualité de l'image est assez mpressionante. Le rendu des couleurs et la finesse des détails est à tomber par terre. Objectif en rentrant à la maison : se remettre activement au poker en ligne et se payer une télé HD gratos avec les points de fidélité.

Bilan au jeu :
Vidéo Black-Jack : +30$
Total WSOP : réponse plus tard, mais pour l'instant c'est pas beau

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