dimanche 17 juin 2007

Yet another day

Vendredi, j'était debout à 9 heures pour écrire le compte-rendu de la veille pour le site de Fabrice. Une fois terminé, j'ai pris un taxi avec Rayan, direction le centre commercial commun aux casinos Luxor/Mandalay Bay, au sud du Strip. Objectif : un peu de shopping en vitesse à l'Urban Outfitters, ma boutique préférée à Vegas. C'est une boutique pour djeunz' dans le vent, avec fringues branchées, accessoires de mode ultra-hype et gadgets débiles. J'y vais surtout pour la collection d'ouvrages délirants qui y sont proposés, des bouquins inutiles (et donc indispensables) aux titres tels que “1001 things to do before you die”, “How to survive a horror movie”, ou encore “How to pick up girls”. Généralement, je fais mon choix en me contentant de regarder le titre, sans prendre la peine de feuilleter. Ce coup-ci, j'ai acheté 3 bouquins, dont un intitulé “J'espère qu'ils servent de la bière en enfer”. J'y reviendrai surement à la fin de mon séjour pour acheter quelques T-shirts, s'il me reste encore de l'argent.

Autre passage obligé à Vegas pour nous intellos, “The Reading Room”, une librairie généraliste située à 100 mètres de l'Urban Outfitters (continuez tout droit en direction du Mandalay Bay, descendez l'escalator, c'est à gauche) Là, j'ai pris l'édition illustrée de Las Vegas Parano (“Fear & Loathing in Vegas”), sans doute l'un de mes bouquins préférés. Dans le passé, j'ai racheté par deux fois l'édition de poche en Français, mais il y a toujours quelqu'un pour venir me l'emprunter et ne jamais me la rendre. Sinon, j'achète aussi la suite de “Big Deal”, récit de poker culte d'Anthony Holden, intitulée fort à propos “Bigger Deal”.

Sandwich Italien, taxi, “to the Rio, please”, quelques bouchons plus tard et je suis en salle de presse à 15 heures. Les WSOP entament leur 15e journée, et l'action est repartie de plus belle.

La première journée du tournoi de No-Limit Hold'Em à 2000$ est l'occasion de croiser plusieurs Français. Pascal Barrault, un joueur amateur aux résultats plus qu'épatants ces derniers mois, vient d'arriver à Vegas et sa méconnaissance de l'Anglais va lui jouer un vilain tour. Son téléphone sonne au moment ou il retourne As-Dame. Il relance tout en prenant l'appel. Les autres joueurs lui font aussitot remarquer que l'usage du portable n'est pas autorisé, mais il n'y prete pas attention. Un joueur paie sa relance, et la croupière applique aussitot la règle en s'emparant des cartes et de la mise de Pascal, qui vient de perdre un coup de manière bien débile. Rien à faire, c'est la règle, et au moins, on ne l'y reprendra plus.

Pascal Perrault est arrivé, avec quelques longueurs d'avance sur l'autre chevelu du circuit, son copain Thomas “Fougan” Fougeron, dont le débarquement est prévu aux alentours du 26. Je renverse ma bouteille d'eau sur Nicolas Levi, et blemis de confusion. “Tant que c'est pas du vin...”, rigole t-il. J'aperçois Claude Cohen dans le tournoi de Stud Hi/Lo, malchanceux puisqu'il terminera en 26e place, il y avait 24 payés.

J'ai pris l'habitude d'aller prendre mes pauses cigarettes dehors, passant par la porte d'entrée des employés. C'est un coin secret, sans touristes qui viennent te faire chier, et cela me permet de discuter avec les croupiers et d'entendre leurs petites histoires, leurs anecdotes et leurs malheurs. Avec 6 dollars de salaire horaire, les croupiers comptent principalement sur les pourboires que donnent les joueurs pour payer les factures à la fin du mois. Je suis stupéfait d'apprendre que certains enfoirés ne donnent jamais un centime, meme après avoir ramassé un pot d'une somme à 4, 5 ou 6 chiffres. Je m'enquiers un peu plus de la situation. “Le casino nous paie donc le salaire minimum, et on garde tous nos pourboires. Mais ils procéde à ce qu'ils appellent une “tip tax”, une taxe sur les pourboires fixée à l'avance. Ils font une estimation de combien les joueurs nous donnent en moyenne, et prélèvent en fonction. Donc, quand les pourboires sont maigres, on se fait baiser !” Et pour les tournois, qu'en est-il ? “Nous changeons de table toutes les 30 minutes. Chaque fois que je m'assois à une table, je gagne 26 dollars.”

Pendant un break, Mike Matusow fait bruyamment par de son insatisfaction à Jesse Jones, un joueur qui a monté le WPA, une association qui défend les interets des joueurs. “C'est n'importe quoi, cette année ! Les prévelements sont énormes, et pendant ce temps la publicité est partout dans la salle. Ils se font des millions, et ne reversent rien au joueurs ! Ils nous prennent pour des pigeons. Ce ne serait meme pas grave si les tournois étaient bien organisés : c'est loin d'etre le cas. Les structures sont pourries et l'on enferme les finalistes dans une boite interdite aux spectateurs.”

Je regarde le très difficile tournoi de HORSE à 5,000 dollars, bourré de pros. Je repère Gavin Griffin, le vainqueur de l'EPT de Monte-Carlo il y a deux mois, facilement reconaissable avec sa crête rose. Derrière le cordon, sa copine Kristen. Elle scrute mon badge. “French press”, je l'informe. Leur histoire à eux deux est tout à fait épatante. Kristen a été diagnostiquée à 21 ans du cancer du sein. Deux ans plus tard, elle a combattu avec succès la maladie, et mène une vie normale à nouveau. “Mais je suis toujours considérée par les médecins comme ayant un risque modéré/élevé de rechute”, dit-elle. Gavin, en signe de soutien, se teint les cheveux en rose/jaune, les couleurs de l'association qu'il supporte, “Avon Walk For Cancer” Tandis que Gavin dispute sa partie, je discute de tout et de rien avec Kristen pendant un temps anormalement long – je viens à peine de faire sa connaissance mais c'est comme si je retrouvais une vieille amie. La situation est pour le moins bizarre, Gavin nous jette des regards mauvais, et je laisse donc la charmante Kristen, m'éclipsant sans bruit pour aller manger avec Rayan au resto Italien du Rio.

C'est la journée de repos d'Owen de Poker Listings, je le retrouve à minuit au Gold Coast, petit casino familial situé de l'autre coté de la rue. Ils ont 60 pistes de bowling à l'étage : le bonheur. On joue deux parties en compagnie de plusieurs membres des médias ayant échappé le temps d'une heure à l'agitation des WSOP. Le Gold Coast propose la partie à 1$ les vendredi soirs à partir de minuit. Cependant, la règle est à prendre à la lettre : il est présentement Vendredi soir, et quand nous arrivons, notre billet de un à la main, la caissière nous informe qu'il est passé minuit, et que donc la promo n'est plus valable. Ha ha. En plus, c'est la soirée “Disco Bowling” ce qui signifie que la salle est plongée dans le noir, éclairée par les spotlights et boules à facettes, tandis que les hauts-parleurs crachent du hop-hop à plein volume. Je score un ridicule 98 sur la première partie, juste derrière Owen, mon concurrent le plus sérieux, qui remporte donc les 5$ mis en jeu. Sur la deuxième partie, je joue un peu moins mal et score un sympa 123 – Owen fait là encore un chouia mieux avec 126, et remporte à nouveau la mise.

Je retourne au Rio vers 2 heures, pour boucler la journée. Scott Clements, ce gros frimeur, a complétement dominé la finale du Pot-Limit Omaha, et remporte donc son deuxième bracelet. La table finale du Stud Hi/Lo est remplie de stars. Rien à signaler dans le HORSE à 5000$ qui s'est déroulé assez lentement.

Quand je termine mes résumés pour MadeInPoker, il est 5 heures du matin. L'Amazon Room est une zone morte, avec seulement quelques cash-games fatigués. Dehors, dans le coin fumeur, des gens dorment par terre, pour de vrai. Bon dieu, ces gens n'ont-ils pas de chambre d'hotel où passer la nuit ? La salle média est complètement vide. J'ai envie de dormir, et marche dans les couloirs en titubant. Je sors du Rio : il fait déjà jour.

Bilan au jeu :
Bowling -10$
Total WSOP : +413
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Photos en vrac :
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Scott Clemens, vainqueur du Pot Limit Omaha
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Doyle Brunson et Rayan Nathan dans le HORSE
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La salle média à 5 heures du matin

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