jeudi 28 juin 2007

Juste un peu fatigué

Mardi marquait ma huitième journée consécutive passée à écrire pour Poker.fr, ainsi que le début de ma quatrième semaine aux WSOP. En plus de poker.fr, je continue d'écrire un papier quotidien pour le site de Fabrice, MadeInPoker, que je dois envoyer chaque matin à 10h30 pétantes, ce qui m'oblige à me lever vers 8 heures quoi qu'il arrive. Je me suis rendu compte en me levant que depuis mon arrivée au Rio, je n'ai pas mis les pieds une seule fois hors du casino, à part pour sortir fumer une clope à la cachette des croupiers.

Les jours passent, chacun ressemblant comme deux gouttes d'eau à l'autre, et mon humeur se détériore progressivement. Je me demande à quoi ça rime, toute cette histoire... Quel est le but ? L'argent ? J'aimerais bien pouvoir dire que je vais m'enrichir sur ce séjour. S'amuser ? Pour l'instant, on est loin du fun des trips précédents. Se faire des contacts utiles pour l'avenir ? Ouais, peut-être.

Le problème principal, c'est que les World Series of Poker sont un véritable marathon, avec des journées s'étirant de midi jusqu'à parfois quatre heures du mat'. Les couvrir en solo est une tâche très demandeuse. En observant les collègues des autres sites travaillant comme des fourmis dans la salle de presse, je ne peux m’empêcher de constater que je pourrais faire un bien meilleur boulot si je faisais comme eux partie d'une équipe structurée. Mais hélas, ce n'est pas le cas, et je me dois d'assurer en solo, et d'effectuer un travail moyen, au mieux.Chez mes amis de PokerListings, par exemple, ils sont six à se relayer. Ils ne travaillent jamais plus de 8 heures par jour, et on une journée de pause tous les trois jours. Et ils font un boulot fantastique. J'attends avec impatience le jour où il y aura assez d'argent en France pour monter de beaux budgets et de belles équipes. Mais avec les récentes dispositions légales mises en place, ce moment viendra t-il un jour ? Il n'y a pas de secret, pour monter une belle plate-forme telle que PokerListings, il faut des rentrées publicitaires venant des sites de poker en ligne. Et ça, pour l'instant, on peut s'asseoir dessus. Je suis content de faire ce que je fais en ce moment, et je ne compte pas changer de vocation de sitôt, mais un changement de tactique s'impose dans les mois à venir.

Bref, où est-ce que je veux en venir ? Aucune idée.... Ca fait déjà quelques jours que j'ai renoncé à mes capacités d'analyses et à mon esprit de synthèse. Enfin, Mardi fut, disons-le net, une belle journée de merde. De mauvaise humeur toute la journée, j'ai passé mon temps à raler et balancer des commentaires sarcastiques en salle de presse, et c'est un miracle que personne ne m'ait collé un pain. Je me sens fortuné d'avoir pour collègues de véritables amis qui passent outre mes débordements, et semblent sincérement s'inquiéter de mon état. Vous êtes trop chous, les amis.

Faut dire que j'ai pas eu de cul. Les petites situations énervantes se sont enchaînées toute la journée jusqu'au bouquet final vers une heure du matin. Un exemple. A l'ombre du Day 3 du HORSE se déroulait, commplètement inapercue, une table finale d'un 1500 dollars, le Mixed Event en Hold'Em, alternant Limit et No-Limit. Michael Craig s'y trouvait. C'est un écrivain de talent qui a pondu l'un de mes bouquins préférés, “The Professor, the Banker & the Suicide King”, racontant des parties de folies entre un milliardaire Texan et les meilleurs pros de Las Vegas (histoire vraie, bien sur, sinon ça n'aurait pas de sens).

Bref, j'aime bien le type et m'approche de la table – quasiment désertée par les médias – pour chopper une petite photo du jovial bonhomme. Se trouve là l'un des photographes officiels, un trou du cul avec lequel j'avais déjà eu affaire lors d'un WPT au Bellagio. Je l'observer en train d'aller chuchoter à l'oreille du superviseur en charge de la table – Chris, un type pas désagréable. Chris se pointe aussitot à ma rencontre : “Désolé, tu n'as pas l'autorisation de rester autour de la table. Faut que tu te mettes derrière le cordon.”

La plupart du temps, les superviseurs du casino nous laissent tranquille. Je demande :

“C'est le photographe derrière toi qui t'a demandé de faire ça ?”

Le photographe en question vire au cramoisi et tourne son visage de crapaud vers le plafond.

“Ils ont payé très cher pour avoir l'exclusivité. Je dois faire respecter les règles.”

C'est vrai qu'avec mon Sony numérique format “paquet de cigarette”, je fais vachement de la concurrence aux photographes officiels et leur téléobjectifs de la taille d'un canon. Le monde entier envie mes photos floues. Anyway... Passons. Un combat de plus perdu d'avance.

Occurrence rarissime, toutes les parties de la journée sont partie en pause-diner en même temps. Impossible de louper ma chance de foncer jusqu'à la chambre et de pioncer un peu. Rhaaaa. Sommeil. Deux heures. Bonheur. Réveil pateux. Brossage de dents. Retour dans l'arène.

Mon attention était bien entendu entièrement tournée vers la troisième journée de l'épreuve de HORSE à 50,000 dollars. De 50 joueurs, on est passé à 21. Bruno Fitoussi a effectué une journée sensationnelle en table télévisée, gagnant tous les coups qu'il jouait. C'était beau à voir. Il termine en 3e place au classement. Pour un récit plus complet, cliquez içi et içi.

J'ai passé la deuxième partie de la journée (la nuit, donc), dans un état de nervosité extrême, me disant que bon Dieu j'ai vraiment besoin d'une pause avant de commencer à perdre mes cheveux, mes dents et ma santé mentale. Quand Ed a renversé un verre de vin entier sur mon futal, je ne me suis même pas énérvé. J'étais insensible. Un zombie sur pattes.

Fitoussi m'a confié ses impressions après la conclusion du Day 3 du HORSE, et je me suis aussitot attaqué à la rédaction d'un résumé/interview. Une heure et demie plus tard, j'avais terminé un beau texte de 6500 signes : un article de bonne taille auquel j'ai consacré un temps non négligeable et dont j'étais plutot content – c'est pas si fréquent.

Vous voyez le bad-beat arriver ? Oui, j'ai cliqué sur “envoyer” dans l'éditeur HTML de Poker.fr, et.... rien ne s'est passé. Ecran blanc. Fausse manip'. Mon texte a disparu. Impossible de le retrouver. Bien entendu, je ne l'avais pas rédigé sous Word et il avait vraiment disparu pour de bon.

J'étais plus bas que terre. Misérable. Mais j'ai eu beau taper sur les murs, fumer 15 clopes au balcon, secouer la tête jusqu'à en avoir le tournis, j'avais toujours un compte rendu à écrire.

De retour à la case départ, il m'en a pris trois bonnes heures pour tout réécrire, et bien entendu, le deuxième jet était 10 fois moins bien que le premier. Je me suis couché à cinq heures, tremblant, pleurant maman, et n'ai trouvé le sommeil que bien plus tard.


Qu'est-ce que c'est chiant, le poker

3 commentaires:

Anonyme a dit…

courage Benjo, tu peux peut-être relacher un peu maintenant que le HORSE est terminé...

tonio

Anonyme a dit…

courage benjo, si tu savais le nombre de gens qui t'envient, à commencer par moi... :)

Salsac a dit…

Dur métier parfois !!!

J'imagine ta frustation légitime aprés ce "bad beat" journalistique...

Moi dans ta situation j'aurai pu sauter de la tour eifel du casino Paris !!!

Pierre