samedi 16 juin 2007

High-Stakes

Jeudi, j'ai joué au poker depuis la première fois depuis mon arrivée à Vegas. Le poker, le vrai, pas le pai-gow des dégénérés. La première main que j'ai eu entre les doigts, après 10 jours passés debout à regarder des types jouer aux cartes : 9-3 de carreau, en début de parole. J'ai jeté, bien sur.

Comme j'avais déjà écrit mes résumés pour MadeInPoker la veille, je me suis réveillé plus tard que d'habitude, à 10h30, et suis immédiatement descendu au rez-de-chaussée, au casino, pour m'inscrire au petit tournoi quotidien du Bally's : un freezeout à 65 dollars (pas de recaves, donc) La variante : No-Limit Hold'Em, bien entendu. Après une douche en vitesse, je m'asseyais à la table avec quelques mintues de retard.

47 joueurs étaient au départ pour un tournoi à la structure ultra-rapide. Je compte mes jetons : j'ai 2,000. Un coup d'oeil a l'écran de télé suspendu au mur indiquant le décompte : les blindes sont de 25/50, les niveaux durent 15 minutes. Ouch ! Après 40 minutes à peine, mon tapis est tombé à 1400 sans jouer un coup, ou presque. Je suis le premier à parler (“Under the Gun”, comme on dit) et je retourne une main de départ plutot bonne : As-As (non, en fait, après vérifications, il s'agit bien de la meilleure main de départ possible). Je fais mon malin et choisis de ne pas relancer, me contentant de payer la grosse blinde de 200. Mon voisin de gauche fait de meme, et tout le monde passe jusqu'au petit blinde qui complète. Le gros blind checke son option.

Je commence à pester intérieurement, me demandant pourquoi je n'ai pas relancé : en laissant 3 adversaires s'embarquer dans le coup pour pas cher, je viens de tripler mes chances de me faire défoncer par un main à la con genre Valet-4. Mais mes craintes s'envolent rapidement quand le flop tombe As-6-3, me donnait la main max de chez max, pour l'instant tout du moins. Comment gagner des sous sur ce coup ? Il ne reste plus qu'un As dans le paquet, il va me falloir un peu de coopération de la part de mes adversaires. Les blindes checkent, et je fais de meme, laissant à mon voisin de gauche aggressif le soin de tenter un bluff. Il mise 400. C'est le moment que choisit le petit blind pour check/raiser à tapis. Le gros blind passe et je paie en faisant la grimace (un vrai pro Hollywoodien, le Benjo). Mon voisin de gauche jette, et j'aurai du mal à perdre ce coup puisque le petit blind était en plein bluff avec Roi-9.

Je double mon tapis (et meme un peu plus, avec les mises des 2 autres joueurs), et le tournoi devient rapidement du grand n'importe quoi, la majorité des joueurs n'ayant que 6 ou 7 big blinds d'avance en guise de tapis. Je trouve As-Roi dépareillés et surrelance à tapis un mec ayant la facheuse tendant à relancer dès qu'il avait un As en main. Il me paie avec 99, c'est donc un coup de pile ou face. Trois piques tombent sur le flop : j'ai l'As de pique, et ai donc 15 cartes me donnant la victoire. Le turn me donne un tirage de quinte par le ventre, faisant passer mes “outs” à 18. La rivière est un petit pique de fort belle facture, et je double à nouveau, approchant des 10,000. Je shoote deux joueurs qui n'avaient moins de 1 blinde de tapis : j'étais derrière sur les deux coups (défavori à 60%), mais les coups se sont produits dans les blindes, et je n'avais que 100 à rajouter dans un pot de 2000.

On arrive en finale (10 joueurs), et je jette un oeil à l'écran : 5 places sont payées, avec un sympathique billet de 1000 pour le vainqueur (enfin, 10 billets de 100, pour etre précis.) Deux joueurs sautent sur les deux premiers coups, il n'avaient plus que 3000 et quelques avec un gros blind à 2000. La stratégie à ce stade est simple : si j'ai du jeu, je dois faire tapis, sinon, je dois passer. Pas de place pour des mouvements intermédiaires, mais à ma grande surprise, mes adversaires, clairement inexpérimentés, continuent de limper ou faire des petites relances à 3 big blinds comme si ils étaient en finale d'un WPT. Je trouve As-Dame de trèfle en début de parole, et envoie le tapis pour 5,5 big blinds (un “move” archi évident). Je suis payé par As-As, fuck ! Deux trèfles sur le flop me font esperer, mais le turn et la rivière ne m'améliorent pas, et je tombe à 3500. Le coup suivant, je suis de gros blind à 2000, et paie donc mon tapis sans regarder mes cartes quand le bouton relance. J'ai Valet-Dix, il a Roi-Dix, et je suis déjà debout quand le Valet tombe sur la rivière, me sauvant d'un cheveu. Je remonte à 8500, puis à 10,000 quand deux coups plus tard je fais tapis au bouton avec Roi-Dix, faisant passer les blindes. Deux joueurs sautent ensuite, et le croupier annonce : “Bubble time, gentlemen” : le prochain sortant repartira les mains vides. Je passe mes jeux jusqu'à arriver Under the Gun : j'ai 10000, et les blindes vont passer à 2000/4000 le coup suivant. Je suis le plus petit tapis de la table, et ma décision est évidente quand je trouve une paire de Dix : “all-in !”. Enfin, je n'annonce pas tapis à voix haute, je me contente de poser ma pile de jetons au milieu du tapis. Le bouton annonce instantanément “I call”, et le ton de sa voix ne peut signifier qu'une chose : il a un bien meilleur jeu que moi. Il retourne effectivement deux Dames, et aucun miracle ne vient me sauver : je sors en 6e position après deux heures de jeu, pour un gain de que dalle, que tchi, nada, nid de nib, zéro. En remontant dans la chambre, je donne quelques coups de pieds dans la porte de l'ascenseur, pour la forme, mais je sais que je n'ai rien pu faire. J'étais aisément le meilleur joueur de la table (ce qui veut dire beaucoup, car je suis vraiment pas bon en général), mais la structure Méga-Turbo ne me donnait pas un avantage très significatif sur les pigeons que j'affrontais.

Rayan est debout, et nous nous rendons à l'un des restos Français du casino Parisien, le fameux “Mon Ami Gabi”. Ca fait longtemps que j'avais envie d'y aller : la dernière fois, en Avril avec Pauly, il y avait trop de monde et on avait été voir ailleurs. Cette fois-ci, il n'y a personne, et nous nous installons à une table sur la terrasse, au pied de la fausse Tour Eiffel, en face du Bellagio. Il fait très chaud, mais des vaporisateurs d'eau ont été montés pour rafraichir un peu l'atmosphère. Mon choix est vide fait : je commande un plat de moules-frites, ça me rapelle la maison (j'habite à Lille). C'était tout à fait mangeable, voire meme très bon – mais quand meme très loin des brasseries Belges. Le serveur m'a dit que j'avais été servi généreusement : en fait, pas vraiment : je n'ai reçu qu'une toute petite marmite, comparé aux assiettes qu'on reçoit dans les restos Nordistes. Je me demande comment il font pour importer les fruits de mer tout en gardant la marchandise fraiche. Les frites étaient bizarres, très fines et grillées, presque comme des chips. Bref, pas des vraies frites, et je ne peux pas les faire tremper dans la sauce, à mon grand regret. Snif. Quand l'addition est arrivée, j'ai été agréablement surpris : je m'attendais à une note un poil élevée, vu la classe du resto. Eh non, je m'en suis tiré pour 20 dollars le plat. Bref, “Mon Ami Gabi”, c'est bon, mangez-en, surtout si vous avez un penchant pour les fruits de mer.


En terrasse chez l'ami Gabi
blanc
Ensuite, détour obligé par la table de black-jack, où je gagne un petit 5 dollars après trente minutes de mises à 25 dollars la main. Mon rush de chance continue : je n'arrive toujours pas à perdre depuis mon arrivée à Vegas. Pas que j'ai envie de m'en plaindre... J'arrive au Rio vers 15 heures. Les couloirs sont déserts, et un calme Olympien résonne dans l'Amazon Room : c'est la journée la plus lente depuis le début des World Series of Poker. Seulement trois tournois étaient au programme, et aucune finale. Mon résumé de cette petite journée peut etre consulté sur MadeInPoker en cliquant içi.

J'ai passé le diner-break avec Baron et Ed de Gutshot, leur apprenant au passage les subtilités du Pai-Gow. Après quelques minutes passées à miser 25$ la main, je me lève en empochant un profit de 40$. Mon rush ne veut toujours pas s'arreter...

A minuit, j'ai plié bagage et mis un terme à une journée de travail assez pauvre en évenements fracassants. J'avais appris par Fred LeRoux qu'Anthony Lellouche était arrivé à Vegas. J'ai donc demandé au taxi de me déposer au Bellagio, par l'entrée Nord, la plus proche de la salle de poker. Bingo, Anthony est là, comme je l'avais prévu, assis à une très grosse table de cash-games, dans la section “High-Stakes”, qui surplombe de deux marches le reste de la salle. Il lève la tete et sourit en m'apercevant : “Assis-toi !” Il attrape un siège vide (il ne sont que 3 joueurs à la table) et je m'assois derrière lui. Ils sont en train de jouer à 3 jeux, en rotation toutes les 8 mains : 2 to 7 Triple Draw, Badugi et Omaha high/low, le tout en limit 400/800 (les blindes sont donc de 200/400 dollars). Bref, des variantes de spécialistes, propices à donner de l'action et à faire cracher les pigeons.

Anthony Lellouche est l'un des joueurs les plus sympathiques que je connaisse. Au fil des rencontres, lui et son pote Cyril Bensoussan, qui voyagent toujours ensemble, sont devenus des amis. Enfin, c'est mon sentiment, et je pense qu'il est réciproque. Ils ont pris une suite au Bellagio pour un mois. Cyril joue en 40/80 limit, sous la tutelle d'Anto. Benouss' ne pouvait pas rever mieux comme mentor : Anthony est l'un des rares Français qui gagnent de l'argent en jouant au poker, pour de vrai. Je vais l'interviewer d'ici peu pour poker.fr. Il faut que je trouve de bonnes questions – je suis nul en interviews. Mais là, je pense qu'il y a moyen de réaliser un article sympathique : les discussions avec Anto sont toujours agréables, il parle ouvertement et répond à toutes mes questions, me révélant parfois des petits secrets sur tel ou tel aspect de sa carrière, ou sur certains de ses collègues joueurs. Des révélations que je garde donc pour moi, car il me fait confiance et je ne voudrais en aucun cas briser cette confiance juste pour écrire un papier “tabloid”.

Anthony a posé 150,000 dollars sur la table, et au moment où j'arrive, il est revenu à jeu après une journée de méforme. En examinant ses piles de jetons, il annonce, à moitié sérieux : “A partir de maintenant, ce que je gagne, j'irai l'investir à la table de craps.” La section “High-Stakes” du Bellagio est un univers à part, l'épicentre de la planète poker et le rendez-vous des plus gros joueurs de poker de la planète. En observant les parties autour de moi (Des tables de no-limit à 100/200, et des grosses tables de limit), je constate tristement que c'est lors de ces parties que se jouent les plus beaux de poker imaginables, mais que je n'ai malheureusement jamais l'occasion d'écrire dessus : à l'inverse des tournois qui sont publics, télévisés et donc largement commentés, les parties de cash-games sont strictement privées (à l'exception d'une émission de télé, High Stakes Poker), et les journalistes n'y ont que rarement accès. En ce sens, j'ai de la chance d'etre assis là, mon carnet et stylo à la main, en train d'observer l'un des tous meilleurs joueurs Français, un de ces rares types avec assez de talent et de folie pour aller risquer des fortunes à une table de poker.

Je reste deux heures, pendant lesquelles Anthony joue quelques très beaux coups de poker, notamment un coup de Badugi ou il surrelance depuis le big-blind avec J222, change une carte, et mise chaque tour pour faire passer son adversaire après le 3e tirage, remportant un gros pot avec une main poubelle (pour les néophytes, le Badugi est une variante ou l'on recoit 4 cartes fermées. Le but est d'obtenir la main la plus faible possible, avec 4 couleurs différentes, en 3 tirages. Ainsi, la meilleure main à ce jeu est A-2-3-4 dépareillés) Anto me décrit ses adversaires, il connait presque tout le monde parmi les gros joueurs du Bellagio. Il est chez lui là bas, les croupiers et floor-men le reconnaissent et l'apprécient. Avec Bensouss', ils discutent de leurs plans pour les joueurs à venir : pas trop de tournois WSOP, et beaucoup de sorties en boîte. Ca me fait un peu chier de voir arriver les potes en masse, sachant que je ne passerai que très peu de temps avec eux, avec tout le travail que j'ai au Rio. Chacun son métier, j'imagine...

Bilan au jeu :
Tournoi au Bally's : -65$
Black Jack : +5$
Pai Gow : +40$
Total WSOP : +423$


Moules-frites chez Gabi



Après deux semaines passées à me bagarrer avec les restrictions imposées au Médias aux WSOP, le Bellagio et ses tournois WPT réglés comme des horloges me manquent...

3 commentaires:

THX a dit…

Sympa, t'as quand même touché du jeu et sacrément chatté à ton petit tournoi turbo :D dommage de finir à la place du mort ...
En tout cas tiens bon, c est toujours un plaisir de te lire et de vivre - un peu - l'ambiance des WSOP...


Si t'as besoin de caisses de vrais bières belges fais signe :D!!

Anonyme a dit…

Ouais, ça fait pas lourd en moules... ;)

Benjo a dit…

Bof, une paire d'As et un 50/50 gagné, j'appelle pas ça avoir eu énormément de jeu ! :)