vendredi 8 juin 2007

Entre potes

Debout tot ce matin après une courte nuit de 7 heures. Surprise, je suis en pleine forme et saute du lit pour aller prendre un petit déjeuner Français au Paris. Enfin, il faut le dire vite car il n'y a pas grand chose qui me rapelle mon pays au menu de “Le Boulangerie”. Pour donner un aspect Frenchy à leur hotel/casino, les décorateurs se sont contentés de rajouter “Le” devant le nom de chaque établissement, et d'ajouter 2/3 mots de français par ci par là. On a donc droit à des panneaux du genre “Le Car Rental”, “Le Hotel Desk”, ou encore “Le Toilettes”, qui amusent beaucoup les touristes Français de passage (Les Américains ne se rendent compte de rien et degustent, emerveillés, leur “Le Croissant Chocolate” en se disant que c'est vraiment chouette, la France). Avec tout le fric qu'ils engrangent, il n'aurait pas été de trop d'enagager un consultant pour verifier l'ortographe, mais bon. Bref, je ne trouve rien de bien folichon sur la carte (“folichon”, j'adore ce mot) et me rabats sur un le croissant accompagné d'un le jus d'orange et d'un le chocolate au lait.

Après un peu d'écriture et un passage au Caesar's pour acheter mon billet pour le spectacle de Jerry Seinfeld samedi soir (rhaa lovely), direction le Rio. Ambiance “rentrée des classes”, j'ai un peu d'apréhension en arpentant les couloirs du centre de convention. Le premier souci à regler est l'obtention du badge Media, qui me donne l'accès à la salle de presse et me permet de suivre l'action de près. J'échange des emails avec le responsable depuis une semaine, qui me repete qu'il n'a pas recu les justifications nécessaires de la part de Loic (de Poker.fr, pour qui je vais écrire d'ici 2 semaines). Finalement, tout s'arrange à la dernière minute et je récupère le précieux sésame. Le mien est de couleur violette : après renseignement, il s'agit de la couleur la plus basse. Il y a une bonne dizaine de couleurs différentes, chacun correspondant à un niveau d'importance spécifique. Avec mon badge du pauvre, je n'aurais pas (en théorie) d'accès privilégié à la table finale, et ne pourrai pas observer les tables de près une fois qu'il en reste moins de quinze encore en activité. Je survivrai sans problème à ces restrictions.

Je pénètre dans la salle de presse ou une trentaine de journalistes (en majorité Américains) sont déjà au travail. Je serre la pince aux potes : le Canadien Owen de Poker Listings, l'Allemand Emmanuel de HochgePoker (des petits nouveaux qui sont présents partout et font des videos de qualité). C'est mon premier jour de travail, et je n'ai pas de plan précis en tete. D'habitude, je n'ai qu'un seul tournoi à couvrir à la fois, avec au maximum 40 tables à suivre. Ce mois-ci, j'aurai à affronter jusqu'a 6 tournois simultanément, certains avec plus de 2000 joueurs. Un changement de stratégie est donc impératif. Mais lequel ?

J'ai décidé de commencer doucement : pas question de bruler les batteries trop vite, je vais devoir tenir pendant 45 jours. Je me suis contenté de prendre mon carnet et appareil photo, et de déambuler entre les tables à la recherche de quelques histoires et anecdotes interessantes. Pendant la journée, j'ai aussi pris le temps d'écrire un résumé des 5 premiers jours du festival pour MadeInPoker : c'est le premier texte que je publie sur le site de Fabrice et vous pouvez le lire en cliquant içi. J'y mentionne les 5 premiers vainqueurs et aussi les différents problèmes survenus depuis l'ouverture des WSOP.

J'ai maté la finale du tournoi de Pot-Limit Omaha à 5000$ avec recaves (ouch !), elle était pleine de stars. J'aurais aimé que le Devilfish remporte son deuxième bracelet, ou que le Québécois sympa Erik Cajelais remporte son premier. Mais c'est finalement Burt Boutin, un type que je connaissais pas, qui les coiffe au poteau pour rafler la mise. Evidemment, comme il s'agissait de Omaha, les tapis ont volé au flop sur des gros tirages à 15 outs et plus, donc la chance aurait pu facilement basculer de l'autre coté.
La table finale du PLO 5000$ recaves

Le tournoi de Stud à 5000$ a commencé à 17 heures. C'est le tournoi le plus cher de cette variante cette année, il a donc le label “World Championship”. Appellation qui n'est pas galvaudée : seuls 180 joueurs étaient au rendez-vous, mais la plupart d'entre eux étaient des joueurs de très haut niveau, des World Class champions comme on dit. Fabrice Soulier a joué le tournoi, mais n'a pas eu de succès et fut éliminé assez rapidement.

Au plus fort de la journée, six tournois de déroulaient en simultané : deux finales, deux Day 2, et deux Day 1. Sans compter les cash games et sattelites qui eux tournent 24/24.

Cette journée a aussi et surtout été l'occasion de reprendre contact avec des potes que je croise régulièrement. Au fil des rencontres, certains deviennent des amis, voire meme parfois des super potes, mais c'est plus rare.

Thomas Wahlroos jouait le 2000 No-Limit. “Une semaine à peine de passée et j'en ai déjà marre. Ils vont etre longs, ces WSOP.” Je lui ai fait remarquer que beaucoup d'Européens rentrent à la maison quelques jours au milieu du festival, pour prendre une pause. Il approuve l'idée. Tout roule pour lui, en tout cas. Il vient de signer un contrat de sponsoring avec Full Tilt Poker. Parmi les avantages que cela apporte : un salaire horaire quand il joue le site, un rakeback de 100%, et un gros bonus chaque fois qu'il apparait en finale d'un tournoi télévisé.


La Finlande est bien représentée avec Thomas Wahlroos

Les Français arrivent petit à petit à Las Vegas. Gabriel Nassif, qui m'avait donné de précieux coups de main lors du Grand Prix de Paris, a déjà joué 4 tournois, et s'est “fait plomber” à chaque fois, selon ses propres termes. Nicolas Levi, finaliste à Dortmund, est un excellent joueur avec la tete solidement vissée sur les épaules. Il reste pour l'entiereté du tournoi, il a loué un appart avec son partenaire Arnaud Mattern.

J'ai aussi passé du temps avec Fred Le Roux, un joueur que vous ne connaissez probablement pas, étant donné sa discretion. Fred fut un temps modérateur sur le forum du ClubPoker. Il s'est distingué en étant l'un des premiers joueurs français à faire une perf' sur Internet : en 2003, sous le pseudonyme de “FLNC” il s'était classé second du Sunday Million de PokerStars, empochant 30,000 dollars (il est amusant de noter qu'une deuxième place aujourd'hui rapporte quatre fois cette somme) Nous discutons de tout et de rien autour d'une Stella au Tilted Kilt, un Pub Irlandais niché dans un coin du Rio, loin de l'agitation des WSOP – les serveuses sont extremement sympathiques. Je suis emerveillé de découvrir que l'on puisse trouver de la Stella à Vegas, mais apparemment c'est une des bières les plus importées de par le monde.

Isabelle Mercier me reconnait quand je passe devant sa table du tournoi de Stud, qu'elle partage avec Layne Flack et Bill Chen. “Ah, tu es venu pour les 6 semaines ?”, qu'elle me demande. Elle est resplendissante et j'ai du mal à ne pas avoir un petit faible pour la Québécoise. Elle me confie un apercu de sa stratégie : “chanter des chansons idiotes pour mettre la table en tilt.”

Isabelle Mercier

Il y a aussi Oriane dans ce tournoi de Stud, la fille qui s'occupe du Cercle Gaillon à Paris. Je suis doublement étonné de la voir içi (qu'est-ce qu'elle fout dans un tournoi de 7 Stud, jeu qui n'existe plus en France, qui plus est à 5000 dollars l'entrée ? Ca gagne tant que ça un responsible de cercle ?) Mais apparemment c'est une experte, en tout cas elle termine la journée avec plus de 2,5 fois son tapis de départ. Par contre, elle ne m'a pas reconnu, nous avons pourtant été présentés à Monte Carlo. Il est vrai que j'avais fait un ou deux commentaires desobligeants sur son cercle (par ailleurs extrement agréable).

J'ai mangé un hamburger (pas terrible) vers 14 heures, ce fut le dernier aliment solide que j'ai avalé de la journée. J'ai tendance à oublier de manger quand je travaille, malgré les appels desespérés de mon estomac.

Rayan a terminé dans l'argent sur le 2000 No Limit. Il y avait 1500 joueurs au départ, et la journée s'est arretée à 2 heures du matin, au moment ou les 153 joueurs restants sont entrés dans l'argent. Il avait une table très difficile avec deux joueurs Internet super aggressifs directement à sa gauche (dont Justin Bonomo avec un gros tapis.) Il n'a donc pas eu beaucoup de jetons à empaqueter quand la partie s'est arrété, mais il est toujours en course, c'est l'essentiel.

Dans le meme tournoi, j'ai retrouvé Brandi Hawbaker, plus sexy que jamais. J'ai fait sa connaissance en Octobre dernier aux Chutes du Niagara (lors du WPT). Elle m'avait sauté dessus à l'aéroport de Buffalo, je la trouvais plutot sympa. Ca, c'était avant qu'elle pète un plomb et devienne une celebrité sur Internet après differentes histoires à dormir debout.. Je ne vais pas élaborer à ce sujet, Google peut vous renseigner. Depuis, j'essaie de l'éviter. Bref, elle est superbe aujourd'hui, et a une montagne de jetons. J'essaie de l'ignorer, mais elle me reconnait quand meme et me fait de grands signes. “Good luck to you”, je marmonne avant de m'éloigner.

Le Français ElkY est aussi en course, et a fait péter un plomb à Phil Hellmuth (assez facile me direz vous) Là ou ca devient interessant, c'est que lors du coup en question, Phil, avant de jeter ses cartes (sans les montrer aux autres joueurs), les relève ostensiblement pour que je puisse les voir – une paire de Valets – j'étais debout juste derrière lui. Derrière moi, je commence à entendre une voix disant “Il regarde, il regarde.” Aussitot, un gros type avec un badge de presse “Bluff Magazine” surgit : “Eh, vous n'etes pas censé regarder les cartes cachées des joueurs”Je pouffe, et sors un truc du style : “Ha ha, très drole.” Il insiste : “Non, sérieusement, vous n'avez pas le droit.” Mais de quoi je me mèle ? Je n'ai pas trop interet à m'enerver, vu qu'il travaille pour Bluff, il pourrait obtenir mon renvoi sans problème. “Mec, comment veux tu que je ne vois pas ses cartes, il me les a montré exprès. C'est pas comme ci j'avais du me pencher pour les voir” Mais ce que j'ai vraiment envie de dire, c'est : “Mais putain, t'es qui, toi ? Un flic ou un reporter ? Nan, t'es un reporter, alors fais ton boulot au lieu de me dire comment faire le mien.” Ca m'enerve toujours quand des mecs que je n'ai jamais vu à aucun tournoi vient m'expliquer ce que je dois faire. Mais là où ca devient plus fort, c'est quand ce connard reproche à Hellmuth de m'avoir montré ses cartes ! La scène est comique : “Monsieur, il ne faut pas montrer vos cartes aux reporters.” La réponse d'Hellmuth fuse “Mais qu'est ce que j'en ai à foutre, qu'il les voie. Au contraire, je veux qu'il les voie”. Et de toute manière, Hellmuth passera les dix minutes suivantes à expliquer qu'il a passé une paire de valets, rendant la réprimande du mec complètement inutile.

Elky et Phil Hellmuth dans le 2000 NL

A trois heures du mat', je décide de mettre un terme à la journée, ca fait 15 heures de suite que je suis au Rio. Je manque juste la fin du Stud qui se prolonge une heure de plus. Arrivé au Bally's j'achète un paquet de M&M's que je dévore avant de m'endormir aussitot. C'est mon repas du soir : comme vous le voyez, je mène la grande vie...

Bilan au jeu :
Poker Chinois avec Rayan : - 12$
Total WSOP : - 17$

Photos en vrac :

Erica Shoenberg dans le 2000 NL




Owen de Poker Listings en salle de presse



Brandi Hawbaker



Fred Le Roux devant la finale du PLO 5000$

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