vendredi 15 juin 2007

En plein rush

Mercredi fut la journée la plus calme des World Series depuis leur départ il y a 13 jours. Seulement un tournoi était au programme, et avec un buy-in de 5000$, il n'a pas attiré la foule d'amateurs habituelle. Cela ressemblait plutôt à une congrégation de pros, 640 d'entre eux pour etre précis : la plus grosse concentration de stars du poker au mètre carré que j'avais jamais vue. Pas besoin de citer de noms... Pensez juste à vos joueurs préférés apercus à la télé.... Oui, ils étaient là.

En parralèle se déroulaient trois tables finales : Stud, Shootout Hold'Em et No-Limit Hold'em. En résumé, dans l'ordre : Greg Raymer rate un 2e bracelet, Daniel Negreanu rate un 5e bracelet, et un type avec un nom Français en remporte un premier. Pour en savoir plus, dirigez vous vers mon compte rendu pour MadeInPoker en cliquant sur le lien suivant.

Le joueur espoir Français ElkY disputait l'une de ces finales, et j'avais été chargé par Fabrice de suivre ses progrès de près. Je n'étais pas sur d'avoir droit à un accès privilégié à la finale avec mon badge de journaliste de seconde classe. J'ai donc été voir le directeur Média des WSOP, Nolan Dalla, et lui ai demandé gentiment si je pouvais avoir un traitement de faveur en cette occasion spéciale, en lui disant : “les Français ne sont pas en finale tous les jours !” Quoique, quand on y pense, en ce moment, c'est plutot le cas. Il a été incroyablement conciliant, et m'a immédiatement répondu que je pourrai m'asseoir à la place qui lui est réservée derrière le podium, juste devant la table finale.Si tous les mecs au sein du staff étaient comme lui, ce serait le bonheur, mais malheureusement, Nolan est plutot l'exception qui confirme la règle, et à la fin du tournoi, pendant le tete à tete final, tandis que je m'étais un peu trop rapproché de l'estrade, un trou du cul avec un badge vert (i.e. un membre du staff) m'a littéralement attrappé par l'épaule et s'est saisi de mon badge pour en scruter la couleur. Wow. Ce mec venait de m'attraper physiquement. Je suis quoi, un clébard ? Ca m'a tellement soufflé que je n'ai meme pas pensé à m'enerver. Pourtant j'aurai du, bordel. Pour qui il s'est pris, ce connard ?

Ce qui est marrant, c'est que le lendemain, il a voulu me refaire le meme cinéma dans le 5000$ No-Limit avec 13 tables restantes, me sortant le bla bla officiel “Vous ne pouvez pas rester près des tables quand il y en a moins de 15, veuillez sortir, c'est la deuxième fois que je dois vous le dire, yada yada yada”. J'ai commencé à négocier, essayant d'etre diplomate, lui expliquant que je n'étais pas venu pour foutre la merde mais pour FAIRE MON TRAVAIL et couvrir un tournoi (les WSOP) organisé par la boite dont il est l'employé (Harrah's), et que vu qu'après tout j'étais là pour leur faire de la pub', il était dans son interet de me traiter correctement. Comme d'habitude, Harrah's continue de me laisser pantois avec leur politique consistant à chier sur tous les journalistes ne faisant pas partie de la compagnie ayant signé un deal d'exclusivité avec eux.

“Si la seule liberté que vous nous laissez se résume à aller sur pokernews.com pour suivre les résultats en direct, vous pensez pas que je serais resté en France, au lieu de faire ce long et couteux voyage uniquement destiné à couvrir votre tournoi ?”, je lui ai dit. J'avais piqué sa curiosité. Le costard se mettait à vouloir discuter : “Est-ce que le poker est un gros truc en France ?”

“Plutot gros”, j'ai répondu. “Mais les pouvoirs publics font tout pour stopper la machine, et le business est en train de s'assecher. Les magazines et sites web sont privés de source de revenus. J'ai de la chance d'avoir trouvé un budget pour me rendre à Vegas. Je suis le seul journaliste Français accrédité, et vous n'en verrez pas des masses durant les 5 prochaines semaines.”Avec cette phrase, je me l'étais mis dans la poche. Renseigné sur mon CV et sur mon pouvoir de nuisance potentiel (ainsi infime soit-il en réalité), il ne m'a plus emmerdé après.

Ed de Gutshot est arrivé dans la salle de presse vers 14 heures, complètement bourré. Il arrivait directement du Spearmint Rhino, un des strip clubs les plus fameux de Vegas. L'un de ses meilleurs amis, Soro, avait remporté le bracelet dans le 5000$ Limit la veille : ils ont célébré toute la nuit. Soro a quitté le Rhino à 6 heures du mat avec une strip-teaseuse au bras : Ed, lucide malgré les 5 bouteilles de Grey Goose qu'ils avaient sifflé, lui a vidé les poches avant qu'il ne disparaisse. “Bien vu,” lui ais-je fait remarquer. “Des histoires de mecs qui remportent un bracelet WSOP avant de partir faire la fete toute la nuit, pour se reveiller à poil dans un couloir le lendemain, je parie qu'il y en a des tas.”

Saro Getzoyan, vainqueur du 5000$ Limit
blanc
J'ai discuté avec les 2 mecs de Wicked Chops, des mecs à la coule. “Vous etes mes héros les mecs, continuez comme-ca”, que je leur ai dit. L'un d'eux m'a répondu : “Héros ? Voilà ou ca m'a mené, de poster des photos de nanas à poil sur Internet” Allez voir leur site web (lien ci contre), qui contient effectivement des photos de nanas à poil, mais pas seulement.

Rolf Slotboom est arrivé. Mon ami et collègue de PokerPages dispute les World Series pour la première fois. Il expérimente quelques stratégies originales – il n'est pas un joueur de tournoi, à la base, mais de cash-games. Stratégies qui le conduiront soit tout droit vers la gloire, ou vers la porte de sortie de l'Amazon Room. D'ici une semaine, je le rejoins comme prévu dans sa suite du Rio.

J'ai aussi croisé le directeur des relations publiques de PaddyPower, Brendan, que j'avais rencontré lors de l'Irish Open (sponsorisé par le bookmaker en ligne suscité). Enfin, ancien directeur, car Brendan va prochainement prendre la tete de Card Player Europe (remplacant justement Rolf Slotboom). Il m'a d'ors et déjà annoncé son projet de réduire la place accordé aux éditorialistes Européens (dont je fais partie), souhaitant réduire leur espace de 8 à 4 pages seulement, pour laisser de la place pour je ne sais trop quelle rubrique apparemment super géniale. Je m'abstiens de lui dire que je trouve cette idée complètement débile : la rubrique “European News” de Card Player Europe est la colonne vertebrale du magazine, et vaut à elle seule le prix d'achat du magazine. Retirez cette section, et vous obtenez une pale copie du Card Player US, qui est franchement pas terrible comparé à Bluff (par exemple) Franchement, je comprends pas. Rolf et Dominik (le mec chargé du developpement à l'étranger de CP) se cassent le cul pour monter une équipe d'éditorialistes venus des 4 coins de l'Europe (Angleterre, Scandinavie, Allemagne, France, Italie...), produisant du contenu informatif de qualité, et maintenant il faudrait tout foutre à l'eau. Je ne pense pas que ce soit pour des raisons budgétaires, car je ne reçois que 150 euros pour ma colonne mensuelle. Bref, on verra ce qui va se passer, mais je ne serai pas bien triste si je devais arreter d'écrire pour Card Player, qui continue de couler petit à petit (le naufrage a commencé lors des WSOP 2006). Qui sait, j'irai peut-etre voir du coté de Bluff Magazine, qui possède aussi une version Européenne.

A huit heures, les 3 finales étaient terminées, et il ne restait plus que le 5000$ No-Limit, avec encore plein de tables actives. Je n'avais plus grand chose à foutre au Rio. Pauly et sa copine Nicky avaient terminé leur journée de travail pour PokerNews, nous sommes donc allés au restaurant : j'ai choisi Italien car cela je n'avais pas encore mangé de pates depuis mon arrivé. Nous sommes allés dans un petit resto juste à coté du Bally's, le Battista. Le serveur était Français mais avait quasiement perdu son accent après 20 ans passés aux Etats-Unis. Enfin, je l'ai quand meme pisté en une seconde. On a parlé de tout et de rien, de l'ancienne carrière de Nicky (executive developper à Hollywood, en charge de lire des scripts), de l'écriture de Pauly (il a écrit un script de film qu'il n'a jamais osé montré à personne de son entourage, et à plusieurs romans à son actif, mais n'a pas encore été publié) et surtout du dernier épisode des Sopranos, dont tout le monde parle içi, à la télé le matin, et dans les couloirs du Rio.

J'ai ensuite retrouvé Rayan au Bally's. Il n'avait pas envie de jouer au Pai Gow. J'ai donc accepté de jouer au Black-Jack, un jeu dont je connais les principes de base, mais guère plus. Nous avons joué au Paris, vu que le Bally's continue de nous demander nos passeports (franchement, quel touriste étranger se ballade dans Vegas avec son passeport en poche en toutes occasions ? Tu parles d'un pratique.) On s'est assis à une table à 25 dollars la main. J'ai posé 400$ mais je n'étais pas du tout confortable avec l'idée de risquer autant. Rayan a accepté de prendre 50% de mon action (si je perds, il me rembourse la moitié, et inversement si je gagne) Rayan m'a filé une petite carte aide-mémoire indiquant les meilleures décisions mathématiques selon mon jeu et la carte que montre le croupier. De son coté, il essayait de compter les cartes (une forme de triche, selon les casinos) grace à un système basique, lui donnant une esperance de gain positive (entre 0,5 et 1,5%). Moi, je pouvais esperer un désavantage de 0,5% seulement en prenant à chaque fois la meilleure décision mathématique. Ce qui fait que, sur le long terme, chaque fois que je misais 25$, je perdais 12,5 cents en moyenne.

Mais hier soir, la logique mathématique fut loin d'etre respectée, puisqu'au bout d'une heure à peine, j'avais plus de 800 dollars devant moi – le double de ce que j'avais apporté à la table. Je ne savais meme pas ce que je faisais : Rayan me disait quelle décision prendre à chaque fois, meme pour les décisions évidentes où j'avais toujours peur de demander une carte quand il fallait rester, et inversement. J'étais en feu, je n'arrivais pas à perdre un coup. J'étais complétement choqué par ce qui venait de se passer. J'ai demandé à la croupiere de “color up” mon tas de jetons de 25 : elle m'a donné un pion rose de 500, et trois noirs de 100. Je lui ai donné un bon pourboire et nous nous sommes levés. La situation était ridicule. Je venais de doubler ma mise à un jeu de casino débile, tandis qu'a la table de poker, le seul jeu de casino où l'on a une chance d'etre gagnant sur le long terme, je n'avais jamais risqué – sans meme parler de gagner – autant d'argent en si peu de temps. J'ai échangé mes jetons contre du cash à la caisse, et donné à Rayan sa part : 200 dollars.

Je sais ce que vous pensez. “Benjo, ton blog sur les World Series est en train de se transformer en une confession de joueur dégénéré.” La vérité, c'est qu'avant mon dernier voyage à Vegas en avril, ou j'avais appris le Pai Gow et perdu une petite somme chez le bookmaker, je n'avais jamais risqué plus de 30 dollars au total dans les jeux de casino en 3 voyages à Vegas et des visites dans des établissements de jeux de places aussi différents que Stockholm, Niagara Falls, Deauville, Varsovie, Amsterdam ou Monte-Carlo J'avais perdu quelques euros/dollars/couronnes à chaque fois : l'expérience me suffisait.

Et me voilà aujourd'hui en train de jouer quasiment chaque jour, ressortant gagnant à chaque fois. Je ne me fais pas d'illusions : j'aime jouer en ce moment parce que je gagne. Quand la roue va tourner, je vais probablement redonner l'ensemble de mes profits au casino. Cependant, je ne suis pas pret de me pointer aux réunions des Joueurs Anonymes : une fois que j'aurai tout reperdu, j'irai voir ailleurs avec un haussement d'épaules, en me disant que j'ai passé un moment agréable.

Bilan au jeu :
Pai Gow en vitesse : +7$
Pari stupide avec Rayan : +50$
Black Jack : +200$
Total WSOP: +443$

3 commentaires:

Benjamini a dit…

Hi Benjo,

c'est très sympa de suivre les tribulations d'un Nordiste à Vegas. Ton blog est excellent de par son contenu qui nous livre la face cachée de cet événement et le rythme de barbare que cela impose.

J'ai adoré ta comparaison avec "un jour sans fin" même si j'imagine que tu as peu de chance de croiser une marmotte !

Allez courage pour la suite.

Benjamini from Lille

tom a dit…

Mais non Benjo, ton blog sur les World Series est bien le récit pas banal d'un gars un peu fou qui a décidé de suivre (à Las Vegas) d'autres gars - encore plus tarés - dans les plus beaux tournois d'un jeu suffisamment dingue pour filer des millions de dollars à à peu près n'importe qui.

Vraiment pas de quoi s'inquiéter donc !

Au plaisir de te lire,
tom

Anonyme a dit…
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