mercredi 6 juin 2007

Décollage

Cette fois ca y est, les choses sérieuses ont commencé. Je suis arrivé hier à Vegas après environ 20 heures de voyage au total. Le vol Bruxelles-Philadelphie fut d'un calme plat, et c'est tant mieux, je n'en demandais pas plus. Pas de retard, pas d'annulation, pas de menace terroriste, pas de brouillard, bref aucun de ces tracas auxquels j'avais fini par etre habitué depuis deux ans.

L'avion était presque vide... 60 passagers à tout casser. D'ailleurs, nous n'avons pas voyagé dans un gros Boeing typique des vols transatlantiques, mais dans un 757 de taille beaucoup plus modeste (6 passagers par rangée seulement). Il n'y avait pas d'écran de télé personnel incrusté dans le siège. Ma rangée étant innocupée, je me suis contenté de m'allonger et suis tombé aussitôt dans un sommeil léger mais réparateur. Après cinq heures à pioncer, j'ai allumé le portable pour bosser un peu mes articles avant l'atterissage, qui s'est produit avec trente minutes d'avance.

Le redouté passage par l'immigration s'est passé comme dans un rêve. L'officier ne m'a pas demandé ce que je venais faire en Amérique, ce que je fais dans la vie ou combien d'argent je possède sur moi. Le genre de questions propices à rendre nerveux un journaliste dépourvu de VISA comme moi. Au lieu de ça, il s'est contenté de vérifier combien de temps j'allais passer au USA et de prendre mes empreintes digitales, et ce fut tout. Ouf.

Mes déambulations d'un terminal à l'autre dans l'aéroport de Philadelphie m'ont rappelé les moments d'horreurs que j'avais vécus içi l'an passé à la meme date. Je débarquais de Londres, où j'avais raté mon vol direct pour Vegas (la faute au site de réservation en ligne qui m'avais booké une connection impossible à attrapper) . Mon unique solution pour me rendre à Vegas avait été de débourser 1200 euros pour pouvoir attraper un vol en dernière minute. Une fois arrivé à Philly, je pensais etre tranquille. C'était sans compter sur diverses pannes techniques qui m'ont fait changer trois fois d'avion avant de finalement décoller avec 7 heures de retard.

Bon, fini de ressasser le passé. Aucun problème cette fois-ci, le vol pour Vegas décolle à l'heure, rempli de joyeux retraités excités à la perspective d'aller claquer leur pension dans les machines à sous ? Ou peut-etre envisagent-ils d'aller prendre de la cocaine dans les toilettes d'un strip-club ? Je n'en sais trop rien. A coté de moi, une touriste Hollandaise qui visite Las Vegas pour la première fois en compagnie de sa mère. Elle est emerveillée d'apprendre que je m'y rends pour la cinquième fois, et je passe la majeure partie du vol à la rencarder sur les choses interessantes à faire en ville.

Au moment où l'on commence à survoler les Montagnes Rocheuses, deux heures avant Vegas, le pilote nous prévient par l'interphone qu'il va y avoir des perturbations. En effet, le ciel se couvre en un rien de temps, le beau ciel bleu laissant place à des lourds nuages gris et un brouillard épais. L'atterrissage fut très sportif, avec un vent soufflant à plus de 100 km/h. Je ne suis jamais malade en avion, où dans les manèges, mais je dois admettre qu'içi j'ai bien failli gerber. Chapeau au pilote qui s'est demerdé comme un pro pour nous faire atterrir sans tous nous tuer. Joli dérapage sur la piste, d'ailleurs ! Le vent est impressionnant dehors, je n'ai jamais vu ça à Vegas. L'air est chargé en poussière diverses, et la plupart des touristes ont déserté le strip.

Fabrice Soulier m'attend dans sa voiture à la sortie de l'aéroport. Je vais travailler pour son tout nouveau projet, MadeInPoker (lien ci-contre). Vidéos, blogs, articles, ça s'annonce très bien, et j'en ferai partie intégrante. Fabsoul me met au courant des dernières nouvelles, en particulier David Benyamine, qui a terminé 5e du tournoi de Stud/Omaha. Il remporte 30,000$ à peine, qui ne seront pas de trop car apparemment notre meilleur joueur Français du monde qu'on a serait complètement raide et est obligé de se faire financer par d'autres joueurs.

Fabrice me dépose au Bally's, un hotel un peu daté (mais au thème futuriste) placé idéalement au milieu du strip, en face du Bellagio et à coté du Paris. L'enregistrement à l'accueil de l'hotel dure 30 secondes chrono, un record. Le truc, c'est que je ne suis pas vraiment client de l'hotel, je partage la chambre avec mon pote Australien Rayan Nathan, qui est arrivé la semaine dernière. D'où l'enregistrement ultra-rapide...

Notre chambre est au douzième étage (Room 1221), et Rayan en est absent quand j'y arrive. Je dépose mes bagages, et conclut rapidement que la meilleure chose est à faire est de foncer directement où Rio, pour avoir un premier apercu des World Series. Le chauffeur de taxi qui m'emmène est un pervers hilarant qui parle avec l'accent de Borat (et c'était son vrai accent). Il me fait part de son projet : monter au sommet de la Tour Eiffel (celle de Vegas) pour y baiser avec sa copine. Il me raconte ensuite comment il se rend chaque samedi sur le parking du Gold Coast, en face de la tour de 50 étages du Palms, pour regarder les couples qui baisent dans leur chambre (vitrée du sol au plafond) toutes lumières allumées. « Tu prends un pack de six, tu te trouves un coin tranquille pour te garer, et c'est parti pour une excellente soirée. » Very nice !

J'arrive au Rio, hôte des World Series of Poker, pour me retrouver au beau milieu d'un putain de zoo. Je croise des dizaines de pros dans le couloir bondé David Levi, Annie Duke, Michael Mizrachi, entre autres Je penetre à l'intérieur de l'Amazon... J'étais là l'an passé, donc je savais à quoi m'attendre. Cela ne m'a pas empeché de me reprendre une claque en voyant le tableau : des tables de poker qui s'étalent jusqu'a perte de vue, le bruit des jetons et l'agitation générale. Un putain de zoo, oui, ça on peut le dire. De tous les cotés, action, action, action. Deux tables finales sont en cours du coté droit, l'une filmée par ESPN. Dans un autre coin, la zone de cash-game (avec une partie séparée pour les gros joueurs, et des cash-games de Poker Chinois), avec des listes d'attente frolant le délire. Les tournois satellites tournent 24 heures sur 24. Ailleurs, les deux dernières tables du très cher tournoi de Pot Limit Omaha avec rebuys (5000 dollars !). Je reconnais presque chacun des 18 derniers joueurs : Chip Reese, Robert Williamson, le DeviFish, John Juanda, Jeff Lisandro...



Le raz de marée

Au bout de 20 minutes, j'ai déjà serré la main à cinquante types que je connais : joueurs, touristes, représentants des médias. Paul Mc Guire assure la couverture pour PokerNews, qui à les droits exclusifs cette année. Cela fait une semaine qu'il bosse 18 heures par jour, et il me paraît déjà crevé. « Courage, Pauly », je lui dis avec un sourire en coin. « Plus que 45 jours à tenir. » Je finis par retrouver Rayan, qui s'apprete à sauter dans le 1000$ avec recaves. Ca me fait plaisir de le voir – il m'héberge gratos pendant deux semaines au Bally's. En échange, je me suis arrangé pour que PokerRoom lui paie sa chambre d'hotel pendant le Main Event le mois prochain.

Je viens à peine d'arriver et j'ai déjà la nausée. Trop de monde, trop de joueurs, trop de mecs en costard qui te demandent de te pousser. Trop de bordel. Il se fait tard, et j'ai la dalle. On prend un taxi jusqu'au Bellagio et son fameux restaurant chinois, le Noodles. Porc au soja, riz epicé, morceaux de canard et de poulet : c'est bon. La bouffe va etre un sujet de préoccupation important durant les six prochaines semaines. J'ai pour habitude de me nourrir presque exclusivement de hamburgers quand je suis à Vegas. Il va me falloir sérieusement songer à un autre régime cette année si je ne veux et rester en vie (et éviter de prendre 20 kilos au passage).



Mon pote Rayan Nathan, joueur pro Australien, pendant le 1000$ rebuy (palmarès)

On retourne à l'hotel, je veux apprendre à Rayan les subtilités du Pai-Gow, un jeu de casino, sorte de Poker Chinois en plus simple, qui a la particularité d'etre un jeu très lent à distribuer pour le croupier, ce qui est parfait pour ne pas perdre son argent trop vite en profitant des boissons offertes par la maison. Malgré nos bières à la main et notre barbe de trois jours, le pit boss refuse de nous laisser nous asseoir si nous ne montrons pas nos passeports prouvant que nous avons plus de 21 ans – il ne veut meme pas voir nos cartes d'identité. On se rend donc au Paris, juste à coté (pas besoin de sortir, un passage relie les deux casinos) où l'on nous laisse jouer sans nous emmerder. Il aurait été quelque peu paradoxal qu'on refuse ma carte d'identité Française dans un casino appelé « Paris », non ? Au bout de 45 minutes, j'ai perdu 5 dollars en misant par tranches de 15. Rayan a paumé 200, mais il misait beaucoup plus et a un peu tilté sur la fin en essayant de se refaire avec des mises de 100 dollars.

On se couche à une heure du mat' et je m'endors sans aucun problème. Demain, je me mets au boulot... pour 45 journées consécutives.

Bilan au jeu :
Pai Gow : -5$
Total : -5$

2 commentaires:

NOEGL a dit…

bonjour,

justement je me demandais si tu avais un blog pour raconter tes aventures à travers la planete...

et puis voila meme pas besoin de demander...

c'est bien, c'est intéressant.

ça manque de texte justifié mais finalement les longs textes sont + faciles à lire quand il y a des vagues plutot que quand c'est bien carré... donc il manque juste quelques photos de ce que tu vois.

J'adore le passage de l'atterrissage d'avion, ça fait peur, mais bon dans ton cas vaut mieux pas être phobique de l'avion.

bon séjour, éclate toi bien.

Biz

Eglante.

FrenchBullet a dit…

"où tu iras, je te suivrai" disait un certain Cabrel ! A défaut de le faire physiquement, je le fais via internet mon bon "pigeon" ;)

Ravi de constater que tu vis ta passion encore et encore, pour notre plus grand bonheur de lecteurs nocturnes !

Bon courage pour ces petites nuits qui s'annoncent et au plaisir de te lire :)

La Bullette...