mardi 27 mars 2012

Victoire

"A quelques années de distance et suivant, semble-t-il, des lignes identiques, [mon père et moi] nous sommes lentement désespérés jusqu'à ce que plus personne ne puisse nous aider.

Ma mère et ma femme, qui ne se ressemblent pourtant en rien, ont toujours vécu leur vie dans l'instant, elles sont donc restées vivantes, chacune a sa manière, pendant que [mon père] et moi nous nous enfermions dans une vision d'absolu qui arrêtait la vie.

Toujours avec un temps de décalage, lui et moi, un beau jour, nous avons tout oublié, sauf nous mêmes et nos rêves.

Il ne s'agit pas de l'égoïsme traditionnel, mais peut-être de quelque chose de pire. Notre pessimisme et notre nature nous donnant, à tous deux, une prescience relativement exacte des catastrophes qui ne cessent toujours d'advenir, nous voulions faire partager notre savoir a nos femmes afin qu'elles nous ressemblent : nous les avons désespérées.

Ma mère s'est exilée dans la méditation, ma femme a pris la porte avec nos deux enfants.

Comme l'éventualité du départ de ma femme était pour moi la pire, et qu'elle se produisit, j'avais en quelque sorte gagné de manière magistrale. Mon pessimisme était comblé. Je ne pouvais plus rien souhaiter de plus. J'étais au sommet. Ma solitude était parfaite. Elle le demeure.
"


- Pascal Jardin, dans Le Nain Jaune (Merci à gascagne)

mardi 13 décembre 2011

Six mois

Le mois d'octobre tirait à sa fin, et dehors il faisait froid. En tout cas plus froid que la journée de la veille, car tandis que je me tenais sur le pas de la porte à admirer la vapeur qui me sortait par les narines, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de rentrer pour troquer la veste contre le manteau, qui devait dormir dans un placard quelque part. Je ne sais pas pour vous, mais chez moi cette transition vestimentaire est toujours un moment plein de signification, de promesses d'ordre morose, principalement. Ça m'évoque des lumières qu'on va devoir allumer de plus en plus tôt chaque jour, des oreilles qui piquent et des lèvres qui se fendent, des rafales de vent qui vous font presser le pas sur le trottoir mouillé où se reflètent les réverbères, et des nuits bien trop longues.

Alors je suis rentré, j'ai retrouvé mon manteau, je l'ai décroché de la penderie et je l'ai enfilé. C'est un manteau en laine noire tirant sur le gris qui tombe très bas et dont les extrémités usées trahissent l'âge mais que j'aime bien, justement parce qu'il commence à se faire vieux et qu'on se sent toujours plus confortable dans un vieux vêtement. Dans une des poches se trouvait un ticket de métro usagé, qui datait vraisemblablement de la dernière fois où j'avais porté le manteau, et dont la date de compostage allait donc me donner une indication raisonnablement fiable de la durée de l'hiver à venir.

Ce ticket, il était daté du 18 avril. Six mois plus tôt, presque jour pour jour. Ainsi donc, j'ai songé, on était partis pour six mois de froid, tout du moins six mois où il ferait suffisamment froid pour que soit nécessaire le port d'un manteau. J'ai soupiré, et puis j'ai essayé de me rappeler ce que j'avais fait ce 18 avril, parce que je suis quelqu'un qui vit dans sa tête. J'ai trouvé la réponse à mon interrogation dans la poche intérieure du manteau, où traînait la facture d'un hôtel parisien où je passais du temps à l'époque, jamais plus d'une nuit à la fois mais je me rappelle de toutes. Dans la poche, il y avait aussi la carte de visite d'un restaurant que l'on m'avait donnée en me disant « C'est pas mal, on ira la prochaine fois si tu veux », mais au final on n'a pas été, et on n'ira pas.

Alors je suis resté là comme un con à contempler ces bouts de papier plus d'actualité, en me disant qu'on peut en faire et défaire des choses, en six mois, qu'on peut en foirer des trucs durant ce laps de temps, que sur le coup on pense que cela n'a pas d'importance, mais que sans s'en rendre compte on se fabrique sur mesure des regrets par dizaines et que tôt ou tard, il ne restera plus que ça, des regrets par dizaines. J'ai repensé à cette citation d'un célèbre écrivain que j'avais recopiée sur ce blog la veille de mon départ à Las Vegas, celle qui évoque ce présent qu'on traverse les yeux bandés et le fait qu'on ne peut comprendre ce qu'on a vécu qu'une fois qu'on a enlevé le bandeau, j'ai repensé à ce qu'il s'est passé avant que je ne parte au bout du monde, ce qu'il s'est passé pendant que j'étais au bout du monde, et tout ce qui est arrivé ensuite, quand je suis rentré à la maison avec un mois d'avance mais en fait trop tard, et cela ne m'a pas été difficile de me remémorer tout ça, parce que j'y pense tout le temps, c'est une douleur sourde et engourdie localisée dans le bas ventre, qui communique directement avec le cerveau et qui refuse de se reposer.

Je me suis dit que finalement, ce 18 avril là, les choses n'allaient pas si mal. Quelle idée stupide d'avoir choisi l'été comme moment pour déprimer ! Maintenant l'hiver, le froid et la nuit sont là, et je me retrouve à court de trucs à faire.

samedi 11 juin 2011

Contre la routine

Day 10

Les dix premières journées des WSOP sont passées à toute vitesse, comme chaque année. La vitesse de croisière est enclenchée désormais, et il est probable que les dix prochaines journées iront aussi vite, puis les dix suivantes, et ainsi de suite jusqu'à la cinquantième, la dernière. L'attrait de la nouveauté est passé : je purge ma "peine de prison" sans sourciller, je suis à 100% immergé dans les championnats du monde, mes pensées y sont entièrement consacrées, rien d'autre n'existe, pas la famille et les amis à des milliers de kilomètres de là, l'actualité quotidienne, celle du monde réel, a disparu, et mes passe-temps préférés sont presque entièrement mis de côté. Je peux faire le trajet entre la maison et le Rio les yeux fermés ou presque. L'Amazon Room est mon chez-moi familier, le bruit des jetons qui s'entrechoquent 24h/24 ne me choque plus, il est intégré au cortex, c'est la bande-son officielle de l'été depuis 2006. Moi-même, je fais partie des meubles, finalement. Je connais chacun des superviseurs par leur nom, je reconnais des dizaines de croupiers, aucune des caissières de la cantine ne m'est étrangère, quant à l'équipe de nettoyage de nuit, celle qui se pointe à trois heures du matin, ne m'en parlez pas : on est comme des frères.

Bref, la routine s'est installée. A partir de maintenant, les journées vont se suivre, à peu près toutes semblables les unes aux autres. J'ai une idée à peu près correcte de ce qu'on attend de moi, et je vais tâcher de m'y acquitter du mieux possible jour après jour. Je suis déjà passé par là, cela ne devrait pas poser de problème. Voilà. Mais...

"Je m'emmerde", me dit un confrère, quelqu'un de respecté dans l'industrie, exerçant un poste à responsabilité pour un magazine. Je lui réponds que je m'emmerde aussi, mais il convient de se poser la question : est-ce que l'on s'emmerde durant les WSOP 2011 parce que les WSOP 2011 sont emmerdants, ou est-ce qu'on s'emmerde parce que nous n'avons plus la force de trouver les parties intéressantes ? En d'autres termes, est-ce que c'est de notre faute à nous, journalistes blasés, où est-ce la faute des WSOP ? Surement que nous pourrions faire un peu plus d'efforts, creuser pour trouver les histoires, non ?

Là, à l'heure où je vous parle, 12 épreuves sont terminées (sur un total de 58). On a donc vu défiler autant de vainqueurs, et seulement cinq ou six ont eu droit dans mes colonnes à plus qu'une simple mention. Les autres, je les ai zappés. J'ai pris une photo si j'avais le temps, j'ai recopié leur nom et combien ils ont gagné, et voilà. A la fois parce que je n'ai pas forcément eu le temps de m'intéresser plus aux finales qu'ils ont jouées, et parce que ce sont des joueurs complètement inconnus.

Oui, la plupart des finales ont été chiantes jusqu'à présent, majoritairement dépourvues de joueurs reconnaissables, mais en réalité, je suis résolument contre cette idée que si la finale d'un tournoi de poker ne comporte aucune "star du poker", alors elle sera immanquablement chiante. C'est faux. C'est à nous raconteurs et écrivaillons d'y trouver de l'intérêt et de le transmettre aux lecteurs. Si l'on dispose d'un peu de temps et de talent, il est possible de rendre n'importe quelle truc passionnant. C'est vrai au poker comme ailleurs. Prenez la finale du France Poker Tour, par exemple. Que des "randoms" en finale, mais cela n'a aucune importance car nous prenons à chaque fois le temps de parler aux finalistes pour faire connaissance avec eux et ainsi leur faire prendre "forme humaine", pour qu'en retour les lecteurs se sentent un peu plus impliqués à la lecture du reportage. Et chaque année, la finale du FPT fait partie de mes reportages préférés.

Si l'on fait l'effort d'aller chercher les histoires, on finit toujours par les trouver. Mon problème c'est qu'une fois que j'ai fait le tour des tournois en cours pour trouver les français, parlé à plusieurs d'entre eux, écrire quelques articles à leur sujet, pris des photos, mis à jour la page "résultats" sur Winamax et dressé le programme de la journée du lendemain, il ne me reste plus beaucoup de temps et de motivation pour regarder les finales du jour (il y a en a 1, 2 ou 3 simultanément chaque jour), surtout si aucun joueur connu n'en fait partie.

Et j'ai l'impression que de votre côté, celui des lecteurs, vous vous en foutez pas mal aussi, de ce défilé de vainqueurs anonymes. Je ne sens pas une vague d'enthousiasme palpable quant à la victoire de Joe-La-Frite-Américaine dans le donkament à 1,000$, où celle de Popov-le-Ruskov dans le Omaha High-Low. Je pourrais écrire dix pages sur leur gueule, je ne pense pas que cela y changerait grand chose. Pour le meilleur et pour le pire, seules les victoires de joueurs connus semblent vraiment avoir une importance. Il faudrait que les pros médiatiques coopèrent et se mettent à gagner un peu, histoire de relancer l'intérêt. Et si seulement on pouvait revenir à un nombre d'épreuves un peu plus humain, une vingtaine, pas plus, deux tournois par variante maximum (un "cher" et un "pas cher")... Au lieu d'organiser une vingtaine de boucheries à 1,000 ou 1,500$ qui, s'ils remplissent les poches du casino - il est là pour ça ! - font chuter le prestige global des championnats du monde.

Maintenant que la machine est lancée, que l'on vient de passer dix jours de suite à écrire et/ou lire du poker, peut-être qu'il est justement temps de s'éloigner un peu des WSOP, et à, en vrac, aller faire un tour au Bellagio ou à l'Aria pour enquêter sur les cash-games, suivre les joueurs français pour voir ce qu'ils font quand ils ne jouent pas, recueillir des confidences autour d'une bonne assiette, ce genre de choses... Dézoomer un peu de ces résultats qui, finalement, n'ont que peu d'importance. Mais qu'est-ce qui a de l'importance, dans cet univers bizarre fait de cartes, de jetons et de pognon ?

En vrac

- Il semblerait qu'Harrah's n'ait que peu apprécié l'ambiance survoltée qui a entouré la victoire de Jake Cody lors de l'épreuve de Heads-Up, avec une décision visant directement les nombreux joueurs anglais présents pour soutenir leurs compatriotes en finale : interdiction de boire dans les gradins du podium télévisé ! Un surprenant ajout au règlement un tantinet rabat-joie, comme l'explique avec éloquence Pauly : "Si l'on veut traiter le poker comme un sport, alors il faut autoriser les spectateurs à boire des coups. C'est là dessus que sont basés des sports comme le base-ball."

- Hier, je n'ai pas fumé la clope d'après le petit-déjeuner. Je n'en ai pas allumé une en rentrant dans la voiture. Je ne suis pas sorti par la porte de derrière pour tirer trois taffes après avoir publié mon premier article de la journée. Je n'ai pas allumé une tige en compagnie des joueurs durant leur pause. J'ai pris le café sans l'accompagner d'une Marlboro. Après le dîner, je suis retourné directement travailler sans sortir, et en rentrant à la maison, je n'ai pas fumé de dernière cigarette avant d'aller me coucher. Je n'ai pas fumé hier, mais j'ai pensé très fort à toutes les clopes que j'aurais fumées en un jour normal, en songeant à quel point ma vie est centrée autour de cette activité, du matin au soir et du soir au matin.

- Au programme des WSOP jeudi : j'ai bien aimé le départ de l'épreuve de Deuce to Seven, l'un des fields les plus réduits de l'été, mais aussi l'un des plus prestigieux. Dans le second tour du Shootout, aucun de nos trois français n'a réussi à triompher. Benoît Albiges a réalisé sa deuxième place payée, tandis que Jean-Paul Pasqualini a échoué lors de l'ultime tête à tête contre Lars Bonding. ElkY, de son côté, a vite sauté et en a profité pour s'inscrire à l'épreuve de Deuce to Seven. Il a terminé le Day 1 avec un bon tapis. De toute façon, il faut n'avoir jamais joué de sa vie pour être favori dans cette épreuve (cf Matt Perrins dans la version à 1,500$), ElkY a donc toutes ses chances.



Doyle Brunson se fait de plus en plus rare chaque année...

La cagoule de l'été

- Chez les joueurs de poker, tous les prétextes sont bons pour mettre en jeu de l'argent, et nous autres médias ne sommes pas différents. A notre échelle, bien entendu. Ainsi, quand Frank (PokerNews Hollande) m'a proposé du 10 contre 1 pour envoyer une bouteille d'Ice Tea vide dans un poubelle remplie à ras bord, j'ai accepté. Un lancé plutôt difficile malgré la courte distance (trois mètres), car la bouteille avait toutes les chances de rebondir sur le tas de détritus pour atterrir à côté. 10/1 était donc une bonne côte, et j'ai crié "1 dollar !" en lançant le projectile à l'horizontale, le regardant se poser avec délicatesse sur un gobelet Starbucks. "C'est pas possible", a lâché Frank en me filant dix billets de un.

- J'aurais pu en rester là et afficher un profit pour la journée, mais j'ai fait l'imbécile en donnant un cote ridiculement généreuse à Remko pour un lancé qui n'était pas si difficile que ça : la grosse poubelle située devant le box réservé à la presse. Comme la cible n'était pas visible depuis le point de lancé (le siège de Remko, deux mètres plus haut et à cinq mètres de distance), j'ai un peu trop hâtivement fixé du 24 contre 1. Ce foutu hollandais a accepté pour 1$, et lancé sa bouteille à l'aveugle, qui a bien entendu atterri parfaitement au centre de la poubelle, dont l'ouverture était bien trop large. Grossière erreur de ma part, la vraie cote était plus du 5 contre 1.

Bilan pour la journée : moins 14$.
Total au 10/06/2011 : moins 202$, ce qui reste raisonnable. Note : je n'ai pas encore joué une main de poker depuis mon arrivée à Vegas.

Le Day 10 sur Winamax

jeudi 9 juin 2011

Cold Turkey

Day 9

C'est le truc que tout le monde reçoit dès son arrivée à Las Vegas... plus facile à décrocher qu'un jackpot aux machines à sous ou un rendez-vous concluant avec une strip-teaseuse : une bonne vieille toux qui vous colle aux bronches et vous serre la gorge comme un étau. Peu importe la quantité de sirops, pastilles et sprays que vous avec apportés avec vous dans votre trousse de toilette - car vous n'êtes pas né de la dernière pluie, cela fait sept ans que vous vous rendez à Vegas à raison d'un séjour tous les six mois, vous savez à quoi vous attendre - vous n'y échapperez pas. Deux ou trois jours passés à alterner entre le froid glacial et sec des casinos climatisés et le cagnard brûlant à l'extérieur suffiront pour que cette foutue bronchite de Vegas se rappelle à votre bon souvenir. Sans compter votre peau, qui va rapidement s'assécher et se tanner pour ressembler à celle du lézard.

C'est qu'à Las Vegas, ville plantée au milieu de l'un des déserts les plus arides du monde, on aime plus que tout son air conditionné. Sans sa présence, la vie serait à peu près impossible. Pourquoi l'homme se sent-il investi de l'autorité de forcer la nature à ses besoins quitte à lui faire du mal au passage, c'est une chose que je n'arriverai à comprendre. Pourquoi s'obstiner à vouloir implanter de la vie dans un endroit où l'homme n'est clairement pas fait pour vivre ? Tout cela a un coût. Bref.

Le truc, c'est que moi, je toussais déjà en arrivant à Vegas. Cela fait depuis Noël que je suis à peu près tout le temps malade, moi qui ai toujours bénéficié d'une santé de fer. Après une dizaine de jours à tousser de plus en plus fort dans l'Amazon Room congelée et épuiser différentes méthodes d'auto-médication sans succès, le point culminant a été atteint hier. Ma gorge s'est réduite à une tête d'épingle aux parois de papier de verre, je crache des omelettes grosses comme le poing, manger est devenu un supplice, et je tousse, tousse, et tousse encore, toute la journée et toute la nuit, sous l’œil interrogateur de mes confrères sur le banc de presser. Pire, en début de soirée, le simple fait de parler faisait doubler la souffrance, et ma voix n'émettait plus qu'un craquement rauque pareil à celui d'un vieillard.

Je ne sais pas ce qu'il m'arrive... mais il y a une chose que je peux faire, quelque chose que je n'ai jamais considéré en plus de dix ans et qui ne pourra que m'aider, c'est certain : arrêter de fumer. Hier soir, alors que je tirais sur ma dixième clope de la journée tout en toussant à même le sol des saloperies jaunâtres, je me suis projeté vingt ou trente ans dans le futur, et j'ai vu une version de moi toute ridée et tassée sur sa cann, en train d'aspirer la fumée par le trou qu'on lui a creusé par la gorge suite à son cancer du larynx, laissant échapper un croassement à travers l'appareil électronique lui faisant maintenant office d'organe vocal. Et je me suis dit... Est-ce que j'ai envie de devenir ce type là ?

Cela fait 24 heures que je n'ai pas touché à une clope, et si je tiens 24 heures de plus, cela serait la plus longue période passée sans fumer depuis que j'ai commencé pour de bon, à l'époque du bac, au début des années 2000. J'ai vu assez de fumeurs tenter vainement d'en finir pour savoir qu'il est inutile de crier victoire trop vite. Je ne me considère toujours pas comme non-fumeur...

Ma gorge me fait toujours autant mal, mais au moins je lui laisse une chance d'aller mieux, maintenant. Me priver de ce vice que j'aime tant en plein milieu du stress des WSOP : voilà une idée à la con que je ne pensais pas mettre en pratique un jour. Voilà qui devrait rendre les journées à venir intéressantes, c'est le moins qu'on puisse dire, d'autant que Vegas est l'une des dernières villes américaines où les fumeurs sont assez largement tolérés dans les bars, boîtes de nuits, casinos... Enfin, c'est dit : quiconque me trouvera en train de fumer cet été recevra un exemplaire gratuit de Lost Vegas !

En vrac

- Il y a deux soirs, problème lors de la finale du premier tournoi de No-Limit à 1,000$ sur le podium télévisé : Jon Turner se rend compte que le dos du 4 de trèfle est marqué. On ramène un nouveau jeu de cartes. Encore marqué. Très vite on se rend compte qu'il s'agit d'un défaut de fabrication présent sur toutes les cartes du casino, mais qui ne peut être détecté que sous les lumières sombres et bleutées du plateau télé. Solution provisoire : déménager les joueurs à une table des centaines de tables "normales" disponibles autour...

- Mercredi, j'avais le choix entre 6 tournois, dont trois finales. Au final, j'ai laissé tomber les finales (peuplées de randoms) et me suis concentré sur deux épreuves : le Day 2 du Triple Chance et le premier tour du Shootout. Dans le Triple Chance, trois français ont atteint l'argent, dont Antoine Amourette et Brian Benhamou, rencontré ici-même il y a exactement année et passé pro depuis (avec à la clé une récente finale au France Poker Tour). Brian a malheureusement subi une série de bad-beats invraisemblables pour sauter aux alentours de la 30ème place.



- Dans le Shootout, c'était l'overdose : j'ai compté pas moins de 19 français parmi les 1,440 participants à cette épreuve assez amusante (une enfilade de SNG). Au final, trois se sont qualifiés, mais on aurait pu faire beaucoup mieux : pas moins de sept tricolores ont atteint le tête à tête et échoué à remporter le dernier duel ! J'ai passé des heures et des heures à regarder des joueurs comme Benyamine et Mario Cordero affronter des joueurs plus faibles qu'eux, pour s'incliner au final. Sinon, c'est avec plaisir que j'ai vu l'amateur Benoît Albiges se qualifier pour le second tour et ainsi atteindre une seconde place payée en deux jours. Benoît est tétraplégique depuis un accident survenu durant l'adolescence, et c'est accompagné de son épouse qu'il joue au poker, elle l'aide à manipuler cartes et jetons, chose qu'il ne peut faire lui-même. (Si vous vous posez la question - oui, la pratique est autorisée par les organisateurs). De voir Benoît parcourir les allées du Rio sur son fauteuil roulant électrique me fait relativiser mes soucis à moi. Dans une époque où les moyens de communication modernes nous offrent des opportunités infinies de nous plaindre à longueur de journée à propos de tout et n'importe quoi, y compris les choses les plus futiles, il est rafraichissant de croiser des gens qui ont toutes les raisons de faire la gueule et essaient néanmoins d'avancer à travers la vie avec le sourire. Quel courage, tout de même.

- Normalement, vous devriez entendre parler de Lost Vegas vendredi soir dans le Grand Journal sur Canal+, une émission que j'aime pas trop, mais bon. Si cela vous prend de regarder, rapportez moi ce qui s'y est dit !

Le Day 9 sur Winamax

mercredi 8 juin 2011

Détour par le Sports Book

Day 8

Il y a une chose qu'il faut faire au moins une fois si l'on est de passage à Vegas : regarder une rencontre sportive dans la salle des paris sportifs de n'importe quel casino. Si possible une partie avec des enjeux, un truc important sur lequel les gens ont envie de miser, et qui va garantir une ambiance survoltée quel que soit le résultat. Rien de tel que la perspective de gagner ou perdre quelques centaines, voire milliers de dollars pour rendre un homme vraiment passionné par un match de basket ou de football. Je n'ai jamais visité Vegas durant l’événement sportif le plus important aux USA, le Superbowl, mais j'ai pu observer pas mal de matches de la Coupe du Monde au Rio l'année dernière, avant mes journées de boulot, en particulier la rencontre entre les USA et l'Angleterre. Et puis, chaque année, les WSOP sont contaminés par la fièvre des finales du championnat NBA, sauf que cette fois-ci Phil Ivey n'est pas là pour défrayer la chronique avec ses paris à plusieurs millions de dollars.

Avec Remko, on a profité du calme dans l'Amazon Room pour aller voir la quatrième manche de la finale, qui oppose cette année Miami à Dallas (avec un score provisoire de 2-1 pour Miami). La salle des paris sportifs du Rio était bien remplie. On a bouffé devant les écrans en compagnie d'un type à l'air mafieux qui prétendait avoir misé 3,000 dollars sur le match (et je l'ai cru), tout en essayant de nous convaincre de venir jouer la partie de poker illégale qu'il organise à l'arrière d'un bar, pendant que son neveu nous recommandait des adresses de strip-club, mais je ne pense pas avoir de conseils à recevoir sur ce sujet, même si ces endroits ne m'intéressent plus guère.

Après, on s'est posés au bar et Seth Palansky nous a rejoins pour le dernier quart-temps. "De toute manière", a t-il dit, "à quoi bon s'embêter à regarder tout le match quand seulement la fin est véritablement intéressante." Pour la plupart de mes amis joueurs, les paris sportifs ont ruiné leur appréciation d'une bonne rencontre. Maintenant qu'ils parient gros et régulièrement, ils sont absolument incapables de prendre du plaisir à regarder un match sur lequel ils n'ont pas mis d'argent. Moi, j'arrive encore à kiffer devant un bon match, car je n'ai jamais vraiment gagné aux paris sportifs, si ce n'est durant la Coupe du Monde 2006 où la France (honteusement sous-estimée cet été là) m'a fait gagner toutes mes mises, sauf la dernière.

Je n'avais donc rien mis sur le match, et si j'avais voulu, j'aurais été bien peine de choisir un camp. Pauly m'avait indiqué avoir misé sur Dallas, mais avec un écart de trois points. Traduction : pour que Pauly fasse pleurer le casino, il fallait que Dallas gagne par quatre points d'écart au moins. Deux points d'écart et il perdait son pari; trois points d'écart et c'était un "push" : il récupérait sa mise.

Comme prévu, c'est durant le dernier quart temps que les supporters massés dans la salle des paris sportifs ont commencé à véritablement s'exciter. Miami semblait bien parti pour gagner, avec jusqu'à neuf points d'avance à un moment donné. Mais Dallas est finalement revenu dans les deux dernières minutes pour finir avec une avance de... trois points. Push is a win ! "Dallas est une équipe qui aime gagner en revenant de loin", m'a expliqué Pauly.

Récemment, l'émission 60 minutes (l'équivalent de "Envoyé Spécial" aux States) a consacré quelques minutes à Billy Walters, le plus gros parieur sportif du monde :



En revenant dans l'Amazon Room, je me suis rapidement compte que quelque chose n'allait pas rond en me remettant au boulot. Littéralement, je ne pouvais plus marcher. Mon estomac était tellement noué que c'est comme si on m'avait fait avaler une brique de force. Pas besoin de chercher trop loin le problème : durant le match j'avais bouffé un hot-dog assez louche à la cantine du Sports Book. J'ai essayé de boire de l'eau, du thé, j'ai essayé d'aller chier, mais rien à faire, ça ne passait pas : mon bide était prêt à éclater.

C'est à cette occasion que je me suis rappelé que la cuisine américaine est difficile à digérer. Oui, je sais ce que vous allez me dire : en prenant un hot-dog au Rio, j'allais au devant des ennuis. Mais ce n'est pas ça que je veux dire : il y a quelque chose dans la bouffe ici qui la rend très difficile à apprécier pour l'européen que je suis. Mettez ça sur le compte de farines différentes, d'oeufs qui ne sont pas couvés pareil, de techniques d'élevage différentes, de la météo, peut-être des pesticides ou de je ne sais quoi, mais rien n'a le même gout, pas même les aliments de base tels que le lait, les oeufs, le pain et compagnie. A part quand on sort dans un restaurant chic (et cela n'arrive pas tous les soirs, loin de là), je passe mon temps à bouffer des trucs dont je n'aime pas le gout. Et ce même lorsque je commande quelque chose que je suis censé aimer. Entendez par là que même une bête omelette ou un sandwich au poulet n'aura jamais le même gout que ceux auquel je suis habitué chez moi. Dans un sens, ça me rassure : on a beau répéter à longueur d'articles et émissions télé que l'Europe passe son temps à vouloir imiter le mode de vie Américain, il faut se rendre à l'évidence : ces Yankees ne savent pas manger.

Maintenant vous comprenez pourquoi je retourne toujours au In-N-Out : il ne m'a jamais fait tomber malade, avec ses ingrédients garantis 100% frais du jour.

En vrac

- Très peu de choses à raconter mardi à propos des WSOP. Seulement quatre tournois au programme, et zéro finales. Du coup, aucun remords à rentrer à la maison à minuit, vu que j'arrivais à peine à marcher. Pauly a été me chercher un médicament contre le mal d'estomac (du Pepto Bismol, une sorte de pansement gastrique) et je me suis senti rapidement mieux.

- Le joueur Brandon Adams a répondu sur son blog a Jesse May, qui, relatant l'ambiance au Rio, faisait état des joueurs portant encore le patch Full Tilt Poker, en s'interrogeant sur la légitimité d'un tel geste dans la situation actuelle. Du coup, May répond à son tour à la réponse d'Adams. Heureusement, les deux hommes sont de vrais gentlemen, et la joute verbale reste tout à fait amicale. Une bonne lecture, donc, intelligente et réfléchie des deux côtés. Venant de quelqu'un qui passe une bonne partie de sa vie à jouer au poker, j'apprécie particulièrement les mots suivants, écrits par Adams :

"[...] Un monde où règne l'addiction et l'aveuglement ne pourront jamais ressembler au monde réel, et ne suivra jamais ses règles. C'est ce que n'ont jamais compris la plupart des articles des blogs, Twitter et les forums de poker. Le poker est un style de vie déguisé en choix de carrière. Et il ne s'agit pas vraiment d'un style de vie sain ou soutenable sur le long terme (même si c'est quelque chose de très amusant)."

- Toujours à propos de Full Tilt Poker, cet article de F-Train, un ancien juriste tombé dans les médias poker. F-Train défend la position de fuyard de Phil Ivey : vu la situation, il n'avait rien de mieux à faire.

- La prochaine rumeur concernant Ivey et Full Tilt, je vous la donne en exclu, elle va sortir d'ici quelques heures sur les sites habituels : il s'avèrerait qu'Ivey se serait pointé au QG de Full Tilt avec une solution clé en mains pour les sortir de la mouise : un investisseur prêt à mettre suffisamment de pognon sur la table pour effacer tous leurs problèmes, en échange d'un contrôle total de la boîte. Lederer et Bitar auraient refusé (égo ? cupidité ?), provoquant la colère d'Ivey et la décision capitale qui s'en suivit.

- On en parle pas des masses, à la fois par manque de temps et par manque d'accès, mais les gros cash-games tournent à plein régime à Las Vegas, y compris au Rio. Hier, j'ai observé Thomas Bichon jouer en Pot-Limit Omaha 50$/100$ en compagnie d'une bande de Scandinaves. Quoi, c'est pas assez cher ? OK : à côté tournait une 200$/400$ avec quatre joueurs assis à table, et je n'ai d'ailleurs reconnu personne. J'ai entendu parler d'une table en Limit à 1,000$/2,000$ les blindes, et l'on me souffle qu'au Bellagio, une table de PLO à 300$/600$ n'est pas un fait rare. A part ça, aucune info sur les joueurs, les gagnants, les perdants, etc. Forcément, vu les sommes impliquées (60,000$ au moins pour avoir un siège à table), les curieux n'y sont pas les bienvenus, et les joueurs ne laissent filtrer qu'un minimum de détails.

Le Day 8 sur Winamax

mardi 7 juin 2011

Lost in the zone

Day 7

Pour boucler la première semaine des WSOP, j'ai boycotté le Rio et pris une journée de pause. Il y avait seulement quatre épreuves au programme, et une seule finale (le Deuce to Seven à 1,500$), l'occasion était trop belle de s'éloigner un peu des tables. Il n'y aura pas beaucoup de journées aussi peu agitées jusque le 19 juillet, mais j'espère tout de même réussir à m'arrêter une fois par semaine.

Bon, au final, je n'ai pas fait grand chose. Je m'étais couché à six heures du mat'. J'ai émergé vers midi et le temps de prendre une douche m'occuper de deux ou trois trucs relatifs au boulot, il était déjà deux heures. J'ai rejoint Nicolas Levi et sa copine Émilie à leur hôtel, le Cosmopolitain, qui fait partie du gigantesque complexe City Center. Un machin énorme, boursouflé, ultra-luxueux qui apparemment peine à convaincre les clients, du coup les prix sont cassés et pas mal de joueurs en ont profité. J'ai visité la suite de Nico... Pour 129 dollars la nuit, on peut dire que le rapport qualité/prix est imbattable dans tout l'univers. On a passé un peu de temps à la piscine, mais les piscines d'hôtel de luxe c'est pas trop mon truc, alors j'ai rapidement suggéré de nous rendre à mon spot préféré de tout Las Vegas... Le musée du flipper.



J'ai déjà parlé de cet endroit, mais je ne vais pas me priver d'en remettre une couche car l'opération est à but non lucratif. Situé près de l'aéroport sur Tropicana, le musée est en fait un entrepôt où ont été installées plus de 150 flippers et jeux vidéos divers, ainsi que plein de machines à bonbons, farce et attrappe et autres jouets pour ducasses. L'entrée est gratuite, mais chaque machine dispose de son propre monnayeur, comme à la bonne époque où il fallait s’incruster dans un bistro pour jouer, au risque de se faire virer (je parle pour moi, là) Les bénéfices sont régulièrement reversés à l'Armée du Salut du Nevada. Je ne sais pas quel est/ a été le métier de Tim Arnold (propriétaire du musée), mais ce monsieur est très généreux... Pour preuve, accroché au mur, le dernier chèque qu'il a envoyé : 100,000 dollars. La soixantaine bien tassée, Arnold est le plus grand collectionneur de flippers du monde. Il possède assez de machines pour remplir l'Amazon Room, et passe ses journées au musée à réparer des machines tranquillement.

Bref, tout ça pour dire qu'à Las Vegas, ville typiquement chère et dépourvue de morale, il est possible de passer du bon temps sans se ruiner, et contribuer à une bonne cause au passage, pièce par pièce. C'est con, tout de même : avec toutes les machines disponibles, depuis les vieux coucous mécaniques des années 50 jusqu'aux dernières monstruosités de Stern, je me suis au final retrouvé à jouer une bonne heure sur la machine que j'ai chez moi : le Twilight Zone. Mettez ça sur le compte du mal du pays... Le high-score était pratiquement inatteignable, mais je m'en suis bien tiré avec 1,5 milliards qui m'ont permis d'écrire mon nom en quatrième place.

Après, j'ai été au Border's acheter des bouquins, au Fry's pour une course rapide (combien de fois cet été je vais perdre mon chargeur d'appareil photo ou le capuchon de la lentille ?), et il était déjà temps de penser au dîner. J'ai retrouvé ma confrère Michelle (from Texas) à Downtown, le vieux Vegas. Un séjour à Vegas doit toujours comporter au moins une visite par là où tout a commencé. On a mangé dans un italien pas terrible au Golden Nugget avant de parcourir en long et en large Fremont Street, l'ancien centre de Vegas désormais entièrement réservé aux piétons. On s'est mélangé aux touristes. Loin des complexes gargantuesques du Strip, le vieux Vegas est resté modeste, certains diront même craignos. C'est le bon endroit pour choper un cocktail de crevettes à deux dollars, où se faire tirer son portefeuille si l'on a le malheur de se perdre dans les rues adjacentes en allant chercher sa voiture. Mais c'est aussi le bon endroit pour marcher dans des rues à taille humaine. On a descendu la rue jusque l'hôtel El Cortez, le plus vieux de Las Vegas, si je me souviens bien il date du début du siècle dernier et n'a guère changé depuis. Il y a avait des bagnoles de flic un peu partout, et on a pas continué plus loin, on arrivait à la frontière entre le Downtown des touristes et le Downtown des gens qui habitent vraiment là, les macs, les putes, les clodos et les camés. Une ville dans la ville, plus ou moins laissée à elle-même : tant qu'un touriste n'est pas blessé, les condés ne prennent pas la peine d'intervenir.



J'avais prévu de jouer un peu au poker, pourquoi pas au Binion's, le casino des championnats du monde depuis les débuts jusque 2005, mais j'ai laissé tomber, il était déjà tard. On a observé de près les belles photos qui ornent la salle de poker. Sur l'une d'entre elles, on voit Doyle Brunson de marbre alors qu'il vient de miser son tapis sur un gros pot. Le cliché date des années 70, et parmi le tas de spectateurs massés derrière la table, il y a un type en train de prendre des notes sur son carnet : l'ancêtre du blogueur poker !

J'ai fait un détour par Walmart avant de rentrer à la maison. Ce supermarché géant ouvert 24h/24 me déprime fortement. Tout est trop grand et trop gros, je me perds dans les rayons à la recherche d'une bouteille de jus d'orange, et je me retrouve à devoir choisir entre 257 marques de jus d'orange. Et puis il y a ce concept d' "employé d'accueil" : c'est quelqu'un qui est payé pour se tenir à l'entrée du magasin pour dire "bonjour" et "au revoir" aux clients, et rien d'autre, c'est pas des conneries. Ce sont souvent des gens avec un handicap, où des grabataires ne disposant pas d'une retraite suffisante, ils se tiennent là accrochés à leur canne où cramponnés à leur fauteuil roulant en feignant un sourire et le désespoir que l'on peut lire dans les yeux est insoutenable. Cachez cette misère que je ne saurais voir.

La cagoule de l'été

- Sans transition aucune... Avec un bonne grosse dose d'hypocrisie... il me faut continuer à rester honnête sur mes habitudes aux tables de jeu : j'ai perdu 105 dollars comme une merde à la table de Black Jack du Binion's, et nous avons ensuite fourré 20 dollars dans une machine à sous, en pure perte bien entendu, mais je partageais avec Michelle. Résultat : moins 115 dollars, et moins 188 dollars pour l'été.

- J'ai aussi bouffé un In-N-Out il y a deux jours que j'ai oublié de comptabiliser... Donc on en est à 3 en 10 jours à Vegas.

- Je n'ai pas couvert le Day 7 des WSOP mais cela peut être sympa de jeter un oeil à mon reportage vu que j'ai publié deux articles qui étaient déja écrits depuis longtemps : un guide à l'attention du qualifié débarquant pour la première fois aux WSOP, et un mini-guide touristique où je recense quelques unes de mes adresses préférées :

Le Day 7 sur Winamax

lundi 6 juin 2011

Boys on the Bus

Day 6

Puisque je suis en pause aujourd'hui (enfin, plus pour longtemps, on y retourne dans quelques heures), je vais parler un peu des confrères. Je suis (pour l'instant) le seul français présent aux WSOP, et quand on y pense, les américains ne pas très nombreux, faute de budgets suffisants. Le banc de presse est pour l'instant assez vide, mais devrait se remplir tout au long du mois avec l'arrivée progressive des sites européens. Bref, si vous voulez suivre les WSOP et que le contenu proposé sur Winamax ne vous suffit pas, voici les sites que je vous recommande (en anglais, donc) :

Poker News : Le leader mondial de l'information poker dispose une année de plus des droits de couverture exclusive des WSOP, c'est le cas depuis 2007. Un partenariat qui leur permet de déployer un arsenal humain des plus conséquents. Toutes les épreuves sont couvertes en direct, avec une équipe dédiée par épreuve pour raconter les mains, prendre des photos, compter les jetons des joueurs, écrire des compte-rendus, etc. Poker News est donc la principale source pour suivre ce qu'il se passe au Rio. Et leur travail est excellent, grâce notamment à la présence d'excellents couvreurs comme mon ami anglais Chris Hall. Ceci dit, cette année, beaucoup de mes amis qui travaillaient pour eux les années précédentes n'ont pas été invités à revenir, on les a remplacés par des petits nouveaux. Bien entendu, le contenu étant mis à la disposition de tous gratuitement, il faut bien que quelqu'un finance tout cela (et ça coute une tonne). Pour l'édition 2010, c'est PokerStars qui réglait l'addition (comme c'est le cas pour les reportages des EPT). Je crois que c'est encore le cas cette année. On peut penser que le Black Friday aura aussi des conséquences négatives sur le fonctionnement des médias poker, et je me demande si l'admirable opération mise en place par Poker News sera encore possible pour l'édition 2012 des WSOP.

WSOP.com : Le site officiel des WSOP reproduit mot pour mot les reportages de PokerNews, mais il mérite quand même une visite pour les compte-rendus quotidiens des finales (les finales, seulement) par leur responsable média Nolan Dalla. De véritables mines d'or. Honnêtement, si je restais à la maison et recopiais les communiqués de l'excellent Nolan, personne ne verrait la différence sur mon reportage.

Tao of Poker, par Pauly : Si je dois encore vous présenter le roi des bloggueurs poker, je ne puis plus rien pour vous. Pauly est l'un des seuls journalistes présents aux WSOP qui va au delà des faits pour raconter des vraies histoires, des tranches de vie qui donnent au lecteur l'impression d'être transporté dans la salle. On ne le surprendra pas à raconter un coin-flip entre As-Roi et deux Dames où à donner la hauteur du tapis d'un joueur, ce qui ne l'empêchera pas de rédiger jour après jour les meilleurs compte-rendus des épreuves, et ce depuis 2005. Si mo, blog existe, c'est un peu grâce à Pauly. Mon intention de départ quand je l'ai lancé (il y a cinq ans, jour pour jour !) était de suivre la même route que lui...

Pokerati : Pour suivre la situation légale, se tenir au courant du fonctionnement interne de l'industrie du poker et lire quelques rumeurs, c'est sur Pokerati, le site de Dan, qu'il faut aller. Tenu par un vrai journaliste, qui a entre autre couvert des campagnes présidentielles et s'est incrusté à Cuba pour y réaliser un reportage clandestin (chose impensable pour un américain !)

Tao of Pokerati : L'extension audio de Pokerati, Tao of Poker et ce blog. Dan, Pauly et moi glosons à tour de rôle à l'intérieur de l'Amazon Room au micro de notre dictaphone. J'ai vraiment un accent anglais de merde mais ça vaut le coup d'oreille.

Jesse May sur ThePokerFarm : Jesse May est un peu le Saint Patron des couvreurs. L'ancien pro (qui a raconté son expérience dans un livre inoubliable, "Shut up and Deal") a couvert les WSOP en 2003 et 2004 pour un obscur site aujourd'hui disparu. A l'époque, ils n'étaient qu'une poignée à raconter ce qu'il se passait aux championnats du monde C'était l'âge d'or du coverage : pas de couverture en direct, pas de coin-flips toutes les cinq minutes, juste un article par jour, mais un article que je peux encore lire aujourd'hui avec la même fraicheur. C'est aussi grâce à Jesse May que j'ai été inspiré à couvrir des tournois de poker : je frissonne encore à la lecture de ses récits à propos des grands de l'époque. Du très très haut niveau littéraire, et c'est un bonheur que de voir Jesse faire son retour aux WSOP cette année. J'attends avec impatience son prochain article sur le site anglais ThePokerFarm.

Bluff Magazine : Le meilleur magazine de poker publié sur le continent Américain. C'est là que j'ai publié mon portrait d'ElkY en juin 2009, c'est la seule fois qu'un français avait eu l'honneur de la couverture. Une bonne adresse si vous voulez juste lire les compte-rendus des épreuves et le portrait des vainqueurs.



Wicked Chops Poker : Une autre bonne source pour des résumés quotidiens, pas mal de rumeurs et scoops en exclusivité, et des photos de belles nanas. La fameuse rubrique "Girls on the Rail" est de retour, et en fait, c'est moi qui en est responsable, cette année, avec mon confrère WhoJedi. Les mecs de WCP dont du genre cool, alors quand ils m'ont demandé un coup de main pour cette rubrique mythique, je n'ai pas pu refuser. Je passe donc une partie de mes journées en train de reluquer les nanas de l'Amazon Room comme un pervers de base. Hé, monsieur l'agent, je ne fais que mon travail !

RISE Poker Blog : RISE, c'est un nouveau site de poker en ligne à destination du marché américain. On ne peut donc pas jouer en argent réel, donc... Le modèle par abonnement mensuel est privilégié pour rester dans le cadre de la loi. Les mecs de Wicked Chops sont derrière le projet, et le site dispose d'un blog où écrivent quotidiennement Pauly et Change100. J'apporte la main à la pâte avec quelques photos.

PokerListings : J'ai toujours pensé que les "coverages" de Listings étaient meilleurs que ceux de PokerNews... Et fut un temps où ils auraient pu définitivement prendre l'avantage en récupérant les droits de couverture exclusive des WSOP. Mais depuis, les canadiens ont revu leurs priorités en matière de budget, et c'est une équipe réduite de 4/5 personnes qui s'est pointée à Vegas. Ce qui ne les empêche pas de faire un très bon taf malgré d'évidentes limitations en matière de contenu.

ESPN Poker : L'institution sportive américaine diffuse les WSOP depuis 2003 et dispose de sa rubrique poker (vous imaginez la même chose en France dans l'Equipe ?). Les articles d'Andrew Feldman et Gary Wise sont un must.

Quads Jacks Radio : comme son nom l'indique, une émission radiophonique qui tourne de manière régulière. On y voit défiler pas mal de monde, depuis le lampiste de l'industrie jusqu'à la star du poker. Énormément de rumeurs non vérifiées sont relayées.

Forums Two Plus Two : La meilleure adresse pour prendre le pouls de la communauté, amateurs et pros mélangés. Le plus gros forum de poker du monde, et de loin. La section "News, Views, Gossip" est un délice.

Hard Boiled Poker
: Shamus n'arrivera à Vegas que pour le Main Event, mais il reste l'un des blogueurs les plus prolifiques et talentueux. Impossible, donc, de manquer son opinion quotidienne sur le festival.



En vrac

- La grosse affaire du Day 5 : la première table finale française de l'été. Pour la troisième fois en quatre éditions des WSOP, c'est Nicolas Levi qui a ouvert le bal, terminant en sixième place de l'épreuve de Pot-Limit Hold'em à 10,000 dollars. Je suis très content pour Nico, qui s'améliore graduellement avec les années, et a vécu douze mois splendides avec plusieurs résultats énormes dans des tournois très difficiles.

- J'y fais allusion en début d'article : dimanche, mon blog a fêté ses 4 ans. Bonne anniversaire, Las Vegas, Off the Record ! Pour fêter ça, rien de mieux que de relire l'intégralité des 300 et quelques articles postés depuis le 5 juin 2007, en commençant par le premier. Non, je déconne. Continuez de le lire si cela vous plaît, c'est tout ce que je demande !

Le Day 6 sur Winamax

dimanche 5 juin 2011

Le château de cartes

Day 5

Cinq jours ont passé aux WSOP, et il est peut-être de temps de s'éloigner des coups de cartes, des finales et des vainqueurs, dé-zoomer pour parler un peu de l'ambiance globale. Je dois avouer que j'ai un peu du mal à me faire idée sur l'effet qu'a eu le Black Friday du 15 avril dernier sur le plus gros festival de poker du monde. C'est peut-être encore trop tôt. D'un côté, l'affluence à la plupart des tournois est en hausse, ou en légère stagnation. Aucune baisse drastique constatée sur les huit premières épreuves. C'est bon signe, non ? Pas forcément. Pour continuer avec mon thème favori du moment ("Il est trop tôt pour tirer des conclusion, on est encore en plein dedans, etc, etc") je pense que les vrais effets de la mort du poker en ligne en argent réel aux USA ne se feront pas sentir tout de suite.

Deux de mes confrères et amis bénéficiant d'un peu plus de plomb dans la tête et de temps libre pour prendre de la hauteur ont publié des tribunes plutôt négatives sur cette première semaine des WSOP...

- Pour Katkin ("Off to a Slow Start", chez Pokerati), les couloirs du Rio manquent de l'excitation des années précédentes. "Les chiffres sont bons, mais personne ne semble réellement s'amuser", dit-il. L'organisation est sans faille, le staff est aux petits soins, mais rien à faire, quelque chose semble manquer.

- Plus intéressant encore, l'avis de Change100 ("Apocalyspe Now", chez Tao of Poker). Change100 a passé du temps dans les salles de poker du Rio et du Venetian ces derniers jours, jouant des satellites à une table et des cash-games aux petites tables. "Toute la chance du monde ne pourra pas sauver l'économie mondiale, et ici à Las Vegas, cet été pourrait bien être celui de la fin du monde pour une grande majorité de la communauté du poker." Change décrit des salles de poker remplies à craquer de joueurs d'un type bien défini : casques sur la tête, sweats à capuche, air sérieux. Où sont les touristes ? Où sont les joueurs en quête de bon temps, plutôt que d'un salaire ? "Pour nombre de pros Internet américains, c'est l'heure du quitte ou double", poursuit t-elle. "Un gros résultat, et tu pourras survivre une année de plus. Une feuille de résultats vierge et ce sera la fin." Elle conclut en citant un confrère : "Les chiffres sont en hausse, mais c'est parce que personne ne s'est encore broke."

Je ne sais pas trop quoi penser de tout cela. Les premiers WSOP d'après le Black Friday viennent de commencer. Aux Etats-Unis, on ne peut plus jouer au poker en ligne pour de l'argent. On ne peut plus gagner sa vie depuis chez soi, confortablement installé dans le canapé. Retour à l'âge de pierre, celui des casinos. Difficile d'estimer combien de millions de dollars ont disparu de l'économie du poker depuis que la justice américaine a décidé de s'attaquer à Full Tilt Poker, Poker Stars et Ultimate Bet, entre les bankrolls bloquées et les budgets marketing et sponsoring, qui représentaient un joli paquet d'argent.

Pour nombre de pros américains, le sponsoring représentait une béquille précieuse, un moyen de tenir sans forcément être un joueur de poker hors-normes. Des dizaines et dizaines bénéficiaient d'arrangements enviables : un salaire horaire pour jouer sur le site, un rakeback de 100%, et des bonus en cash lorsqu'ils participaient à des tables finales télévisées. Dans ce contexte, quelques places payées chaque été leur suffisaient à se maintenir à flot, et entretenir un style de vie rendant la vie de pro plus amusante que celle de salarié dans n'importe quelle boîte. Mais tout cela, s'est terminé, et je me demande si on ne va pas passer les prochains mois à dénombre les nouveaux chômeurs du poker. C'est que maintenant, sans le sponsor faisant office d'assistante sociale, il faut vraiment gagner. Il faut sortir son propre argent de la poche, ou trouver un investisseur privé, et ces gens-là n'ont pas pour habitude de faire œuvre de charité en misant sur des canassons pas rentables. Les vrais pros, ceux qui n'ont pas besoin de sponsor pour vivre, vont s'en aller à l'étranger (Canada, principalement) pour continuer leur vie pépère. Mais beaucoup ont conscience que leurs jours sur le circuit sont comptés.

Nous n'en sommes qu'au début des WSOP. Il reste encore plus de 40 jours. Probable que d'ici le 21 juillet, on en aura déjà vu quelques uns tomber, réévaluer leurs ambitions, ou tout simplement quitter le milieu. Et dans un an, lors de l'édition 2012 du festival, surement qu'un tri considérable aura été effectué parmi les rangs des professionnels du poker.

En vrac

- Ah, enfin, une journée pas trop chargée. Tout est relatif, mais j'ai moins bossé samedi, il était temps. La première boucherie de l'été (c'est comme ça que j'appelle les tournois à 1,000 ou 1,500$ avec plusieurs milliers de joueurs) a débuté, et je n'ai pas l'intention de les suivre avant qu'il ne reste plus que, disons une centaine de joueurs, et encore. Il y avait la fin de l'épreuve de Omaha High-Low, qui s'est terminée par la victoire d'Eugene Katchalov, un excellent pro qui squattait déja les premières places des classements du genre "Joueur de l'année" avant le début des WSOP.

- J'ai suivi avec plaisir la suite des progrès de Jonathan Durand et Marc Delimal dans le 5,000$ No-Limit : tous deux se sont hélas arrêtés avant la table finale, aux alentours de la vingtième place. Jonathan, a gagné aux alentours de 27,000$, une somme qui ne fera pas sauter de joie la plupart des pros, mais lui est un amateur complet, et le voir presque sauter de joie en apprenant combien il allait ramener en France faisait plaisir à voir.

- Dans la très difficile épreuve de Pot-Limit Hold'em à 10,000$, Nicolas Levi s'est hissé parmi les 27 derniers joueurs (et vous savez probablement déjà ce qu'il s'est passé le lendemain, je tape cet article avec un peu de retard), tandis que Gabriel Nassif enregistrait sa première place payée de l'été.

- Je me suis encore barré du Rio à l'aube, mais j'avais la pêche. Merci Antony Lellouche pour l'invitation à dîner qui m'a permis de terminer la journée avec le sourire. Antony m'avait confié à son restaurant favori, l'un des meilleurs de Vegas : l'Atelier de Joël Robuchon, au MGM. Un restaurant gastronomique cher, mais où on ne se fait pas arnaquer, tant l'expérience est un bonheur pour les papilles. La plupart des couverts du restaurant sont installés le long d'un bar faisant face à la cuisine : tous les plats sont méticuleusement préparés devant nos yeux. Il y en a des dizaines dans le menu de dégustation, et certains fanas n'hésitent pas à commander tout ce qu'il y a au menu. Pour mes vieux jours, j'ai documenté l'expérience avec mon Blackberry :



Première entrée, dans le menu de dégustation : la daurade, plongée dans une sauce tomate avec des olives et des trucs croustillants que je n'ai pas réussi à identifier. J'ai aussi goûté les huitres chaudes avec du beurre et des herbes, je n'avais jamais mangé d'huitres de ma vie. "Moi aussi, qu'il m'a dit, avant que Cyril le Frenchman ne me force à gouter un soir ici." Je me suis executé, et c'était bien bon, ma foi.



Deuxième entrée, la caille. J'ai foiré la photo, j'avais déja touché au plat. Il y avait du fois gras à l'intérieur, et de la purée à côté.



Plat principal : l'onglet à l’échalote, là aussi avec sa purée. Un délice.



Pour le dessert, je n'ai pas eu le droit de choisir, Antony a directement commandé la Framboise. Le serveur apporte le machin, et m'explique que la boule est faite de chocolat blanc. Puis il verse un liquide dessus, et la boule s'ouvre pour révéler la glace à l'intérieur, j'étais comme un gamin :



Pour le digestif, Anto a demandé du rhum, un peu par hasard, et le maître des lieux nous a épatés en apportant une jarre de Rhum Impérial de l'Armée Britannique. Il n'y en a plus que quelques centaines de bouteilles dans le monde, le prix court autour de 5,000/6,000$ la barrique. J'ai bu une gorgée, les vapeurs d'alcool me remontaient par la gorge. Les tuyaux étaient nettoyés. Antony connaissait bien tout le personnel, qui est en partie français, et avant de partir, il a fait savoir qu'il reviendrait dès le lendemain. J'ai promis de lui rendre la pareille en l'invitant au In-N-Out, mon resto gastronomique à moi.

Le Day 5 sur Winamax

samedi 4 juin 2011

Les hooligans du poker

Day 4

Le genre de journée où il faudrait une équipe de cinq ou six pour véritablement rendre compte de ce qu'il se passe. Sur le podium ESPN, un jeune anglais accomplit un exploit rare sous les cris féroces d'une armée de ses compatriotes. Non loin, dans un tournoi de No Limit, deux français, un amateur et un pro, ouvrent le bal des résultats tricolores. Et dans la Pavilion Room, un casting de rêve pour débuter une épreuve à 10,000 dollars.

L'ambiance dans l'Amazon Room était juste extraordinaire. Une finale, sur place, c'est généralement chiant à regarder. C'est long, on ne voit pas grand chose, et surtout pas les cartes des joueurs, on est assis loin, bref, mieux vaut lire un bon compte-rendu que de s'endormir sur les gradins. Mais quand un ou plusieurs des finalistes disposent de leur propre groupe de supporters, c'est autre chose.

C'était le cas avec la fin du tournoi de tête à tête à 25,000 dollars. Plus que les autres nations, les pros anglais forment un groupe soudé, et c'est comme un seul hommes qu'il assistent aux tables finales des leurs. Ainsi, Jake Cody était soutenu par une bonne cinquantaine de britanniques dont le taux d'alcoolémie ainsi que le volume de décibels est allé croissant au fur et à mesure de la journée.



L'histoire retiendra que Jake Cody est devenu vendredi le troisième membre d'un club très fermé - les triples vainqueurs EPT, WPT et WSOP. Moi, ainsi que tous les gens présents dans l'Amazon, retiendront surtout le bruit, digne d'un stade de football.

Les anglais avaient d'ailleurs commencé comme ça leur soutien à Cody - par des chants issus des stades. Puis, quand les américains soutenant Yevgenyi Timoshenko (né en Ukraine mais passeport US) se sont réveillés et ont commencé à gueuler "Pas de Coupe du Monde, pas de bracelet", les britons ont aussitôt répondu en chantant "On a cashout de Full Tilt, nous !". Voilà de quoi mettre en tilt une nation entière.

A partir de là, les vannes étaient ouvertes. On a eu droit à "Gus Hansen en prison, Gus Hansen en prison" tandis que le Hansen en question était en train d'essayer de se concentrer pour gagner son match, et "Si tu peux jouer au poker en ligne tapes dans tes mains". Les américains ont essayé de répliquer par des "VPN ! VPN ! VPN !", mais le coeur n'y était pas vraiment.

Et puis il y eu tout un tas d'autres moments marrants, comme lorsqu'ils pointaient du doigt des personnes au hasard : "Elle a pas bu ! Elle a pas bu !" où quand ils ont repéré dans les gradins Norman et Lon, les deux commentateurs d'ESPN. Nouveau chant : "Hé ! Y'a Norman et Lon ! Hé ! Y'a Norman et Lon !" Jake Effel a été obligé d'intervenir : "Les gars, je veux que vous chantiez quand votre pote gagne un pot, mais pas quand vous remarquez que Norman et Lon sont là !"

Vers la fin de la partie, je me suis faufilé au milieu des gradins anglais. Ça puait la bière et le sol collait. Toutes les dix minutes, quelqu'un se pointait avec un nouveau pack de bière, et j'ai même aperçu un mini-fût rouler sous les chaises, laissé pour vide. La sécurité à du intervenir à de nombreuses reprises, et un technicien a du courir pour empêcher que le mur d'enceinte séparant le public de la table ne s'effondrent : les anglais poussaient comme au Parc des Princes. Le poker a la télé, une fois qu'on a regardé trois tournois, ça n'a plus aucun intérêt, mais pour le coup, le montage final devrait être plutôt amusant. Je regrette la sobriété de l'ancien plateau ESPN, mais il faut avouer que celui monté cette année se prête bien à de belles ambiances comme celles-ci. A quand la même chose avec un joueur français ?

Dans le tournoi de No-Limit à 5,000$, deux français que je ne connaissais pas ont suivi un parcours similaire, bien qu'ayant des profils différent. Marc Delimal est un pro des grosses tables d'Internet, tandis que Jonathan Durand est un amateur complet, qualifié sur Winamax via un championnat organisé par son club local, Alsace Poker. Tous deux ont signé les premières places payées françaises de l'été.

Avec ces deux tournois, que j'ai observé durant de longues heures, j'ai complètement négligé la première journée du Pot-Limit Hold'em. Dommage car on pouvait reconnaître presque tous les joueurs à toutes les tables. Pas étonnant pour un tournoi à 10,000$ rassemblant seulement 250 joueurs.

J'ai quitté le Rio à cinq heures du mat. J'aime bien l'ambiance dans l'Amazon Room après que tout le monde soit parti, sauf les quelques derniers journaleux essayant de boucler leurs papiers avant l'aube. Il y a toujours un grain de folie dans l'air à cette heure ci. C'est le moment où on peut entendre des trucs comme "Il est deux heures trente du mat. Je devrais être en train de me masturber, pas de travailler."

Sinon... Vous le savez peut-être, le vénérable casino Sahara a fermé ses portes il y a quelques mois. L'un des derniers vestiges du Vegas d'avant, celui de Frank Sinatra, des mafieux du film Casino, et des joueurs de poker comme Johnny Moss et Doyle Brunson. Comme souvent lorsqu'un établissement de jeu ferme boutique, tout son mobilier va être mis en vente, depuis les lits des chambres d'hôtel jusqu'aux énormes fours des cuisines, en passant par les tables de jeu, chaises, décorations diverses et même le gros néon posté dehors. Tout doit disparaître ! La vente sera publique, elle aura lieu dans une dizaine de jours. Avec Pauly, Jesse May et d'autres confrères, on a décidé d'y aller, histoire de choper un souvenir unique. Il n'y avait qu'un seul Sahara et il n'y en aura jamais d'autres. Avec Remko, mon pote de PokerNews Hollande, on s'est pris à rêver de posséder une vraie machine à sous des années soixante. On a déjà regardé les tarifs pour l'expédier en Europe par cargo. Ouais, il se peut que je craque !

Le Day 4 sur Winamax

La cagoule de l'été

- Non, rien de spécial, mais j'ai mangé mon deuxième In-N-Out des WSOP, et ça compte aussi dans la rubrique "cagoule". Sinon, je n'ai pas joué depuis le début des épreuves, donc le total reste le même : moins 73$.



Nicolas Levi tombant par hasard sur la retransmission des WSOP-Europe, où l'un des finalistes n'était autre que Nicolas Levi

vendredi 3 juin 2011

Dans la tête d'un couvreur

Day 3

10h15 – Debout ! Je prends mon petit-déjeuner devant la télé. Céréales avec du lait ( dégueulasse aux USA) et pain (idem) avec du Nutella, Pauly m'a offert un pot, mais le goût n'est pas pareil, il y a plus de noisettes, surprenant quand on à l'habitude du Nutella européen. Pauly et Change se foutent de ma gueule parce que j'ai zappé sur Sex & the City 2, mais est-ce de ma faute s'il n'y a que de la merde au menu sur les 200 chaînes du câble ricain ?

10h45 – Douche, vaisselle, je me casse.

11h30 – J'arrive au Rio. Il y a avait un peu d'embouteillages sur l'autoroute 15. Je me gare au fond du parking, entre dans le centre de convention par la porte de derrière, traverse le couloir de service, et entre directement dans l'Amazon Room par une porte secrète.

11h45 – Consultation des e-mails, notifications Facebook, messages Twitter, et les dernières nouvelles. Je me renseigne sur les classements des épreuves du jour, et publie mon premier article de la journée : le programme du Day 3.

12h45 – Je tombe sur Gabriel Nassif dans le couloir, qui vient d'arriver en ville. D'autres joueurs français passent, des poignées de main et des « bonne chance » sont échangés.

13h00 – J'entre dans la gigantesque Pavilion Room pour jeter un premier coup à l'épreuve de No-Limit à 5,000$ qui vient de démarrer. Il y a plus de 800 joueurs, les chiffres de 2010 sont dépassés. Je dis bonjour à tous les français que j'arrive à trouver : Manuel Bevand, Hugo Lemaire, ElkY, Ilan Boujenah, Nicolas Levi, Tristan Clémençon, qui dispute son tout premier tournoi à Las Vegas. Il me faut une demi-heure pour faire le tour de toutes les tables, je croise tout ce que le circuit américain compte de jeunes « grinders ».

13h45 – Je trie toutes les photos que j'ai prises dans la Pavilion Room, et commence la rédaction de deux articles à propos du No-Limit à 5,000$.

14h00 – Je déménage mes affaires, quittant le banc de presse pour m'installer sur le podium télévisé principal. Il y a de la place pour les médias, et nous sommes gracieusement invités à nous y installer. J'ai une belle vue pour voir débuter un duel à caractère nostalgique : Phil Hellmuth et Johnny Chan ont été invités à rejouer leur célèbre confrontation du Main Event de 1988, qui avait tourné à l'avantage d'Hellmuth et empêché Chan de remporter un troisième titre de champion du monde consécutif.

14h43 – Je publie le premier article sur le No-Limit à 5,000$, à propos de la participation record au tournoi.

15h05 – Je publie le second article, à propos du field et des français engagés.

15h15 – Je prends un max de photos du match Hellmuth/Chan et commence à rédiger quelques impressions. Si j'avais été l'organisateur, j'aurais exigé que les deux joueurs portent les mêmes vêtements qu'en 1988. Hélas, Chan a délaissé son survêtement rouge pour une chemise multicolore absolument hideuse. « Il l'a piquée dans le placard de Kadafhi », souffle Pauly.

16h – Johnny Chan bat Phil Hellmuth : 22 ans plus tard, il obtient sa revanche.

16h21 – Je publie un article sur le match Chan/Hellmuth.



16h24 – Avec Pauly, on s'incruste sur le plateau télé pour prendre une photo à la table télé, faisant péter un plomb aux techniciens. Ils sont toujours un peu nerveux, ces gens de la télé. Hé, détendez vous les gars, c'est pas le Superbowl.

16h56 – On croise Erik Seidel près du plateau télé. Je lui demande s'il compte porter sa fameuse visière rouge (immortalisée dans « Les Joueurs ») pour sa revanche contre Johnny Chan. Il nous répond que le match ne se jouera pas aujourd'hui : Seidel est encore en course dans le tournoi de Omaha.

17h30 – Conférence de presse sur le plateau télé ! Les WSOP annoncent la tenue d'un tournoi à 1 million de dollars l'entrée pour l'édition 2012. Ah ah, chaque journée apporte son lot de nouveaux développements fracassants. C'est drôle, quand les premiers tournois à 100,000$ sont apparus il y a un an (deux ans ?), on s'est moqués en disant « à quand les tournois à un million, hein ? ». On ne rigole plus, maintenant. L'affaire est chapeautée par le milliardaire Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil et joueur de poker (gros perdant) à ses heures perdues : il s'agit d'un tournoi de charité, un peu plus de 10% du prize-pool sera reversé à sa fondation œuvrant pour une meilleure distribution de l'eau potable à travers le monde. Le québécois est là, et fait entrer sur le podium quelques uns des joueurs ayant confirmé leur participation : Gus Hansen, Patrik Antonius, Tom Dwan... Mais pas Phil Ivey. Bobby Baldwin est là aussi, et on annonce la participation d'Andy Beal, ce qui fera à coup sur saliver les fans qui n'ont jamais eu l'occasion de voir jouer en public le milliardaire.




18h54 – Je publie un article à propos de la conférence de presse, et fonce au Palms pour rejoindre le Team Winamax au restaurant. L'épreuve de No-Limit à 5,000$ est en pause pour 90 minutes. Le menu n'est pas folichon (je suis difficile avec les sushis), alors je me contente du limonade et discute avec Tristan Clémençon à propos de son arrivée à Vegas. Toujours un grand moment pour un joueur de poker !

20h01 – Retour au Rio. Chris Moneymaker et Sam Fahra disputent un remake de leur mythique confrontation du Main Event 2003. La troisième manche est en cours.

20h38 – Les quart de finale de l'épreuve de Heads-Up à 25,000$ sont terminés. Comme je n'ai rien vu, je n'ai pas grand chose à écrire à part le résultat.

21h30 – Moneymaker vient à bout de Fahra. L'amateur a encore triomphé du pro. J'interview les deux joueurs. Fahra est très cool mais nous dit que Moneymaker est toujours aussi mauvais, et Moneymaker est toujours aussi humble. Il nous avoue que pendant deux ans, il ne savait pas où il avait mis son bracelet de champion du monde, avant de le retrouver au fond d'un carton lors d'un déménagement !

22h40 – Je publie un petit topo sur les débuts de Tristan Clémençon à Las Vegas.

23h – Pause cigarette dehors, dans le coin où se regroupent les croupiers. Je croise Carol, une grande dame blonde qui travaille chaque été aux WSOP depuis 1977. « Un jour, Stu Ungar m'a tellement poussée à bout que j'ai menacé de l'étrangler. Il s'est calmé aussitôt. » « Ah, c'est vous, la croupière dont on parle dans tous les bouquins ! », lui dis-je. « Oui, c'est moi. » Carole me raconte plein d'anecdote sur la vie des croupiers. Il faudra que j'en fasse un article.

00h30 – Je reviens dans la Pavilion Room pour observer la fin du Day 1 de l'épreuve de No-Limit à 5,000$. La plupart des français ont sauté. Je parle un peu avec Manuel Bevand, croise Jonathan, un qualifié Winamax, et Marc, un joueur que je ne connais pas mais dont j'ai entendu le plus grand bien.

01h15 – Je publie enfin mon article sur le match Moneymaker/Farha. Il m'a pris du temps, ce papier, mais j'en suis pas trop mécontent. Je glose notamment sur le fait que huit ans plus tard, Moneymaker n'est toujours pas respecté pour son titre de champion du monde, alors que si on regarde bien les images de sa victoire, il n'a pas joué si mal que ça.

02h10 – Je publié un compte-rendu rapide de l'épreuve de No-Limit à 5,000$.

02h17 – Je fais le point sur les épreuves du Day 3, et annonce celles du lendemain.

02h18 – J'écris mon compte-rendu du Day 2 pour ce blog.

04h00 – Je quitte enfin le Rio. A gauche sur Twain, à gauche sur Decatur, tout droit jusque Warm Spring, à droite sur Eldorado, et me voilà à la maison. Je mange un bout de fromage devant la télé (Pauly a mis un DVD de Phish).

05h00 – Je vais au lit. Dehors il fait déjà jour.

Le Day 3 sur Winamax