dimanche 5 juillet 2009

Take a sad song and make it better

Day 36 et Day 37

Liste non exhaustive des événements qui se sont produits durant mes deux journées de pause avant le Main Event :

- Une superbe prestation de mon ami Aurélien Guiglini, qui termine en 13ème place dans la très difficile épreuve de Short-Handed à 5,000 dollars. Bien entendu, c'est lorsque je m'absente pour la première fois du Rio que l'un de mes meilleurs amis dans le poker accomplit une performance. « Guignol » est mon collègue chez Winamax depuis un an et demi, mais je le connaissais bien avant de faire partie de la boîte. Sans doute la personne qui m'a appris le plus de choses au poker.

- Une énième visite au Red Rock Canyon avec mon amie Hilda de PokerStars. J'ai du faire découvrir cet endroit à une vingtaine de personnes en deux ans, et je ne me lasse pas d'y retourner encore et encore. Il y avait du vent, et un couple de jeune mariés venus en bus avec tous leurs invités. Hilda m'a dit que mon idole littéraire Jesse May s'était marié avec Mickey May au Red Rock, ce qui doit être la chose la plus cool à faire au monde.

- Un tour au Venetian en mode touriste, pour comparer avec la vraie Venise que j'ai visité il y a seulement deux mois. La fausse est trop propre, les rues sont immaculées et l'eau transparente.. On parle moins bien anglais dans la vraie. Les deux sont infestés de touristes. La glace est de qualité égale. Il fait toujours beau dans la fausse Venise, car elle se trouve à l'intérieur du casino, avec l'air conditionné et le faux plafond couleur ciel. La fause place St-Marc est beaucoup plus petite, et il n'y a pas de pigeons. Les orchestres classiques sont remplacés par des mimes du plus mauvais goût.

- Des mojitos au Mirage avec Hilda et Chris Hall (anciennement BlondePoker, maintenant PokerNews) pour fêter son 27ème anniversaire.

- Une virée à Downtown, le vieux Vegas, pour le gala de charité organisé par Howard Lederer au Golden Nugget, on m'avait mis sur la liste VIP – ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. Boissons à volonté, et un feu d'artifice sur le toit, qui a duré plus de vingt minutes. Un mec qui travaille dans la pyrotechnique m'a dit que ça avait du couter 200,000 dollars. Une paille quand on est l'un des actionnaires majeurs de Full Tilt Poker. Erica Shoenberg est de plus en belle, et en me voyant a dit « Hi, Benji. ». Est-ce que j'ai l'air gay si je dis que j'étais déçu que David Benyamine n'était pas présent ?

- Deux night-clubs dans la même soirée, on s'est fait virer deux fois pour cause de fermeture. D'abord le Ghost Bar, une lounge au dernier étage du Palms avec une vue incroyable sur le Strip. Puis le LAX, un club au Luxor, assez bien foutu mais à la musique complètement naze la moitié du temps (Dieu que je déteste le RNB lorsqu'il s'agit de danser) Je sue mais je m'en fous. Le plus gros débile de la planète fait partie de notre groupe de cinq personnes, et tente d'attraper une des filles du groupe. Ses manœuvres de séducteur tout droit sorties d'un séminaire de technique de drague échouent lamentablement, et il devient de plus en plus désespérément pathétique à mesure que les heures passent. Un spectacle extraordinaire. J'hésite à intervenir, mais il finit par comprendre le message et se barre.

- A cinq heures du matin, quand il ne reste plus aucun endroit où aller, on atterrit au Bellagio, dans le bar en face de la salle de poker. Arrivée surréaliste de Bobby Baldwin à la table d'à côté, le champion du monde de poker et accessoirement président-directeur-général du casino dans lequel nous nous trouvons. Une jeune blonde l'accompagne. L'autre fille de notre groupe commence a flipper – son père est un très célèbre joueur de poker ami de Baldwin, et n'a pas envie d'être vue par ce dernier à une heure si tardive. Elle se barre en rampant entre les fauteuils. Plus tard, le père en question se lève de son siège dans la salle de cash-game portant le nom du PDG, et nous salue. Je me prend un râteau par la fille de mes rêves – hé, au moins, j'aurai essayé. Un peu comme un mauvais joueur de 1$/2$ qui tente sa chance en 5$/10$.

- Observer le lever du soleil sur le Strip depuis le dernier étage du Encore. Winamax m'a reservé une chambre dans le dernier hôtel de luxe de Steve Wynn jusqu'à la fin du séjour. J'adore mes boss.

- Enfin, un peu de tennis, avec Nicolas Levi. Je menais 5-2. J'ai perdu 7-6 comme un nul. Mais Nicolas m'a dit qu'avec un peu d'entraînement, je pourrai battre tous les membres du Team. J'y compte bien, avec un entraînement intensif dès mon retour à Londres.

- Dans la soirée, spectacle au Mirage : « Love », l'hommage du Cirque du Soleil aux Beatles. Les danses restent assez conventionnelles par rapport aux autres shows de la troupe, mais quiconque étant sensible à la musique des Fab Four (c'est à dire à peu près la terre entière, sauf deux trois aigris) sera conquis.

- Et on termine avec la soirée organisée par Bluff Magazine... dans un strip-club, ces gens-là ne font rien comme tout le monde. Toutes les sociétés importantes de l'industrie organisent leur soirée à l'approche du Main Event : Ultimate Bet, PKR, 888, etc. Je ne me suis rendu qu'à celle de Bluff, car je fais un peu partie de la maison, maintenant. Je squatte l'espace VIP en compagnie des collègues. Je rencontre Eric Morris, le boss, qui me félicite pour mon article. J'envoie chier toutes les strip-teaseuses qui passent. Un groupe de ska-punk médiocre se produit sur la scène. On profite de l'open-bar. Et je rentre me coucher. Le grand cirque annuel commence le lendemain.

mercredi 1 juillet 2009

Sprint final

Day 33, Day 34 et Day 35

A quelques jours du Main Event, le rythme n'a pas faibli, et j'ai même bien l'impression que les trois dernière journées ont été les plus chargées de tout le mois.

Dimanche, j'ai suivi de près quatre épreuves en simultané. D'abord le HORSE, avec une déception côté tricolore : la troisième journée a été fatale aux trois derniers français Benyamine, Soulier et Bueno. Les scandinaves ont pris le pouvoir, avec la montée en flèche de Gus Hansen et du moins médiatique Erik Sagstrom, pourtant l'un des premiers vrais héros du poker en ligne. L'un des premiers joueurs a avoir gagné un million de dollars sur Internet en une année, à l'époque (2002/2003) où la plus grosse table du net était la 300/600 en Limit Hold'em. C'est ce que Renaud Desferet m'a raconté – le Local Hero de Winamax, l'un des plus gros gagnants du site, a choisi son pseudo « Renaud123 » en hommage à Sagstrom (« Erik123 ») Greg Mueller est devenu le quatrième multiple vainqueur des WSOP 2009, après Brock Parker, Phil Ivey et Jeff Lisandro. Déception pour mon ami argentin José Barbero, première éliminé de cette finale. Dans la Miranda Room, le finaliste de l'EPT de Dortmund Thibaut Durand est sorti de nulle part pour se constituer un tapis de chip-leader. Et le gros morceau : une bonne quinzaine de français à suivre dans le Triple Chance à 3,000 dollars. Après dix heures de jeu, trois joueurs Winamax étaient en course, dont Patrick Bruel avec un gros tapis. J'ai réalisé ma première interview de la superstar, dernière « recrue » du Team Winamax quelques semaines après que sa participation au capital de la société soit devenue officielle. Je me suis même pris pour un journaliste en lui posant une question sur son prochain album. Il est de bonne humeur, en ce moment, le Patrick. Malgré son statut particulier, il est désormais bien intégré dans le Team, qu'il regarde avec un œil de papa fier de ses rejetons, et l'on partage de bons moments ensemble durant les pauses.

Le lendemain, on repart de plus belle avec la suite des épreuves en cours. Thibaut atteint la finale du donkament à 1,500 dollars, et dispute une partie tendue sur le podium ESPN. Il termine en sixième place, et remporte assez pour entrer directement en second place du classement des gains français. Patrick atteint les places payées dans le Triple Chance, et saute sur un coin-flip. La table finale du HORSE est décidée, et malgré son casting poids-lourd, elle ne possède pas le potentiel pour exciter les foules. Les bons joueurs sont là, mais pas les joueurs médiatiques. Un allemand gagne le bracelet dans le donkament, et quand on lui demande de sourire pour la photo, il répond avec l'accent de Terminator : « I. Don't. Smile. » Il ne plaisantait pas, le mec.

Mardi était le dernier jour de cirque avant le Main Event. L'ultime épreuve préliminaire a démarré, l'une des plus belles : le Short-Handed à 5,000 dollars, tournoi de prédilection des joueurs online de la nouvelle génération. Des tas et des tas de joueurs à suivre : le Team Winamax presque au complet, l'équipe des Limpers, des qualifiés Club Poker, plus des tas d'autres français présents à Vegas. Dans la Brasilia Room, une petite dizaine de français atteint l'argent dans le dernier donkament des WSOP, et Gabriel Nassif fait la bulle dans le Deuce to Seven. Deux randoms sont couronnés dans les épreuves de Stud High-Low et Triple Chance, et quand je quitte le Rio à une heure de matin, la finale du HORSE est toujours en course devant dix spectateurs à tout casser.

Bref, pour résumer ces trois inutiles paragraphes : des types jouent aux cartes. Certains gagnent de l'argent, d'autres en perdent. Fermez le ban.

J'en ai presque terminé avec les World Series of Poker édition 2009. Pas trop tôt. Durant les 35 derniers jours, je suis venu tous les jours à l'Amazon Room. Je n'y mettrai les pieds ni demain, ni après-demain. Au programme : du repos, de l'air frais, et des sorties. L'avant Main Event réserve toujours quelques juteuses soirées organisées par des joueurs, des magazines ou des sites de jeu en ligne : je suis sur la guest list de deux d'entre elles.

On peut voir le bout du tunnel, désormais. Le plus dur est passé : les longues journées à courir entre six épreuves réparties dans trois salles, c'est terminé. Il reste seul un tournoi au programme, le Main Event, le plus gros et le plus long de tous avec ses 6,000 joueurs. Mais à côté du mois que l'on vient de subir, cela va presque ressembler à une promenade de santé. Je compte les jours qui me séparent de la délivrance. Quatre journées de départ, deux Day 2, et ensuite six jours pour arriver jusqu'à la table finale, qui ne sera jouée qu'en Novembre, et à laquelle je ne suis pas sur d'assister. Douze journées au total. Les premières seront les plus difficiles, quand la salle est remplie et les français nombreux. Puis la charge de travail va progressivement diminuer durant la seconde partie du tournoi, pour devenir quasiment nulle le dernier jour.

En d'autres nouvelles :

- Un accord verbal a été conclu entre Pauly, Jerôme Schmidt (mon ami rédacteur en chef de 52) et moi. Je vais traduire en français le bouquin du premier, pour le publier sous la maison d'édition du second. Pauly m'a remis son manuscrit de 120 pages, que je dévorerai dès mon retour en Europe, pendant les vacances. Ensuite, il me faudra trouver du temps libre pour me mettre au travail. On aimerait publier pour le printemps. L'idéal serait de bosser dessus intensément chaque week-end (pas facile avec tous les tournois qui s'annoncent avant décembre), puis de passer deux ou trois semaines enfermé avec l'auteur en février pour réviser les passages difficiles du texte. On a déjà évoqué quelques destinations pour cette retraite littéraire : Amsterdam (évidemment), Paris (mouais), où chez lui à Los Angeles. C'est la première fois que je vais m'attaquer sérieusement à un excercice de traduction de cette taille. J'aborde le challenge avec anxiété : il s'agira de ne pas trahir le matériel original d'un auteur dont j'admire le style et les mots. A défaut d'écrire mon livre, je vais écrire celui d'un autre.



- La dernière édition de Bluff Magazine vient d'inonder les couloirs de l'Amazon Room. Cela fait bizarre de voir à chaque table ou presque quelqu'un en train de lire mon article. Je suis fier, j'avoue. Et content que le sujet de mon article m'ait remercié pour ce que j'ai écrit. Je ne sais pas si mon histoire est meilleure que la dizaine d'autres qui ont été consacrées à ElkY ces quinze derniers mois. Mais je peux vous assurer qu'on y trouve deux ou trois trucs qui n'ont jamais été imprimés ailleurs.

Le Day 33, le Day 34 et le Day 35 sur Winamax



Mon collègue Guignol fait son apparition annuelle aux WSOP



Interview avec une star : du journalisme total



Jamais vu un type aussi malheureux de remporter 660,000 dollars et le trophée le plus convoité du poker...



Rui Cao a dominé le premier jour du Short-Handed à 5,000$

mardi 30 juin 2009

The Hangover

Day 31 (deuxième partie) et Day 32

OK, alors j'avais commencé mon post précédent en mentionnant une soirée soirée de type divertissant.

On y arrive. Après avoir observé le débâcle de l'hymne national anglais et le départ de l'épreuve de HORSE, j'ai quitté le Rio vers 17 heures. Il était temps de prendre une pause, et s'amuser un peu. J'ai mangé, je me suis changé, et ai retrouvé Yuestud et quelques autres sur le Strip. Taxi: direction un hôtel grand luxe récemment inauguré, et sa boîte de nuit dont la construction a coûté plusieurs dizaines de millions de dollars (à la demande de mon avocat, certains détails de l'histoire devront rester flous)

Devant les portes, on retrouve dans la file d'attente Arnaud Mattern et quelques uns de ses amis allemands, des joueurs de poker bien sur. Et, plus étonnant, une célèbre star du poker qui ne pourra pas disputer les WSOP avant 2010, en raison de son âge. Les lois régissant l'âge minimal étant les mêmes en ce qui concerne le jeu et la consommation d'alcool, je sursaute : comment cette star du poker va t-elle réussir à rentrer ? Fausse carte d'identité ? Non : c'est bien son propre passeport qu'elle présente au vigile. A l'intérieur, à la page où figure la photo et la date de naissance, plusieurs billets de cent dollars. Je regarde mes chaussures en anticipant un scandale. La baraque regarde la pièce d'identité dans tous les sens, regarde la star du poker dans les yeux, puis encore le passeport, et... Rien. Il empoche les billets. On a passé le contrôle. Soulagement. Ah non, pas encore : le mec revient cinq minutes plus tard. Il veut revoir le passeport. Il y a d'autres vigiles autour. « Je ne peux pas faire ça... » Puis sont échangés quelques mots dont je ne discerne pas la teneur. Je me dis que c'est foutu, mais encore une fois, non : on passe. Un autre vigile nous tamponne le revers de la main : on est dans la boîte. Wow. Je suis bluffé.

L'établissement est gigantesque. Haut de plafond, musique RNB à fond, des bouteilles et des serveuses à gros seins et des minettes à jupe courte et des débiles en provenance de Los Angeles un peu partout. Pas de doute, on est bien dans une boîte branchée typique de Vegas. Jan Heitman nous conduit au fond, et l'on se retrouve dehors, en terrasse. Elle aussi gigantesque. Piscine au milieu. On arrive dans une section un peu plus privée, à l'abri sous une tente, où est massée une quantité d'alcool largement suffisante pour rendre saoules quatre équipes de rugby. A peu près l'intégralité des joueurs allemands que je connais sont là, tous les vainqueurs EPT, WSOP, les finalistes, les joueurs sponsos, ils sont tous là. Aparemment, la branche allemande du Team PS avait décidé de mettre en commun une fraction de leurs gains des EPT de San Remo et Monte Carlo pour organiser cette soirée. Sympa.

La fête bat son plein, les verres s'entrechoquent, et j'ai l'impression bizarre d'être un repris de justice fêtant sa sortie de prison, ou un truc dans le genre. C'est ma première sortie en boîte depuis que je suis arrivé à Vegas. Je quitte la fête teutonne et inspecte les environs. Je tombe sur la table des joueurs scandinaves, Johnny Lodden, William Thorson et compagnie. On trinque à nouveau. A l'intérieur, je trouve la table des français – décidément, on dirait que chaque nation du poker européen a crée sa petite enclave dans la boîte : Antony Lellouche, David Miara, Cyril Bensoussan, Ludovic Lacay, et Régis, le caméraman de Winamax. Téquilas frappées et vodka tonic sont de rigueur. Bensouss' me fait une blague typique de boîte, et je tombe dans le panneau comme un bleu (« Benjo, appelle la nana là bas de ma part » - je refuse, il insiste, je m'exécute, et quand je me retourne il s'est barré, ce con – un grand classique paraît-il).

Ma copine Hilda de PokerStars (en vacances) se pointe, et l'on se dirige vers la piste de danse. Un allemand gagne un pari en plongeant dans la piscine, complètement à poil – bien entendu, il s'est fait jeter dans la minute qui a suivi. Très vite il est déjà temps de partir pour la seconde partie de soirée – après trois heures du mat', c'est au Drais que ça se passe, une boite mythique réputée pour ses « after hours », située dans un casino pourri en face du Caesar's, mais à la musique et l'ambiance imbattable.

Tous bien éméchés et d'humeur joyeuse, on s'entasse dans une limousine. Dans la boite, plus petite, plus intime, à la musique cent fois meilleure, une nana venue du Wisconsin se jette sur moi, et nos bouches ne vont plus décoller l'une de l'autre durant les quatre heures suivantes. Devant tout le monde, rien à foutre. Hé, j'ai le droit de chatter aussi, des fois. Le saviez-vous ? Je suis bon danseur. Enfin, je crois.

Je n'étais même pas mécontent quand Elaine (je crois que c'est comme ça qu'elle s'appelait) est repartie avec sa copine sur le coup de sept heures du matin. Je n'étais pas en état de faire quoi que ce soit en position horizontale autre que dormir, et je repensais déjà aux WSOP, qui reprenaient dans cinq petites heures.

EXIT, soleil dans la gueule, sensation désagréable bien connue (« Argh, de la lumière naturelle, achevez-moi »), je m'écroule, et quand le réveil sonne, je l'envoie valser à travers la pièce. J'arrive au Rio avec quatre heures de retard, et je me sens comme la dernière des merdes. Travailler un lendemain de cuite, c'est pas drôle. J'aimerais bien rester au lit, mais pas le choix.

Otis, mon voisin sur le banc de presse, me sauve avec deux cachets d'aspirine, que je descends avec une fiole "5-hour energy boost". La tête serrée dans un étau, et les jambes flageolantes, je vais galérer toute la journée à suivre les progrès des français dans le HORSE et dans l'épreuve de Pot-Limit Omaha, où un régulier des cercles parisiens à effectué une très belle prestation. Mais qu'importe, ça valait le coup. Quand-est-ce qu'on recommence ?

Le Day 33 sur Winamax



Révélation française aux WSOP : le parisien Mathieu Jacqmin, sur le podium de l'épreuve de Pot-Limit Omaha High-Low



Mathieu fait partie de toute cette bande de talent français ayant commencé le poker à la même époque : Guillaume Cescut, Benjamin Pollak, Arnaud Esquevin, Rémy Biéchel...

lundi 29 juin 2009

Incident diplomatique

Day 30 et Day 31 (1ère partie)

Quand patriotisme, poker et humour douteux se rencontrent

L'avantage, quand on passe autant de temps la tête dans le guidon jour après jour, sans faire attention au monde extérieur, c'est lorsqu'on finit par trouver un créneau pour se divertir, on en profite à fond.

Vendredi soir, j'ai pu pour la première fois faire une sortie dans les règles à Vegas. Tous les potentiomètres à fond. La tête à l'envers jusqu'au petit matin. Mais, évidemment, tout à un prix, j'en étais bien conscient. Mais revenons un peu en arrière.



En fait, j'avais prévu de prendre une pause dès jeudi. Mais la table finale de Davidi Kitai dans l'épreuve de Pot-Limit Hold'em à 10,000 dollars est venue contrecarrer mes plans. C'est sur le champion du monde belge et sa table finale extrêmement chargée en poids lourds que j'ai consacré la plupart de mes efforts lors de cette trentième journée des WSOP. Autour de Davidi, il y avait une belle bande de joueurs expérimentés, des serrures, mais des bonnes serrures : Kirill Gerasimov, Jason Lester, John Kabbaj... Et aussi Eugene Todd, Isaac Haxton, JC Alvarado.

Observer Davidi autour du podium ESPN avec un gros tapis m'a évidemment rappelé des souvenirs très vifs des WSOP 2008. Et c'est pour ça que j'ai été le premier surpris quand mon ami a du s'incliner en quatrième place. Je n'avais sincèrement imaginé aucun autre scénario que la victoire. Mais Davidi n'était guère amer après son élimination : il avait très bien joué, sans faire d'erreur, et à ce stade de la partie, c'est plus la chance qu'autre chose qui a départagé tous ces bons joueurs. Avec 200,000 dollars de gains, il repassait dans le vert après un été où les défaites s'étaient enchaînées de manière presque quotidienne. Pas de second bracelet, mais pas de regrets non plus.

Le lendemain, j'étais bien décidé à lever le pied, mais il me fallait tout de même aller au Rio. Pas question de manquer l'une des épreuves les plus importantes des WSOP. La grande question concernant le HORSE à 50,000 était toute simple : combien de joueurs allaient se pointer ? Je tenais de source sure qu'ils n'étaient que 17 inscrits la veille au soir. Le lendemain, quand je suis arrivé dans l'Amazon Room à midi, heure théorique du départ, la salle était vide. Le nombre d'inscrits avait péniblement monté jusque 35. Pas questions pour les organisateurs de démarrer le tournoi : il n'y avait tout simplement pas assez de joueurs. Consternation chez les quelques joueurs qui étaient là à l'heure, mais il n'y avait pas vraiment d'autre solution. Deux heures plus tard, l'épreuve commençait avec une soixantaine de joueurs. Les inscriptions sont restées ouvertes trois heures après le départ, permettant d'atteindre une participation finale de 95 joueurs. Une baisse de presque 33% par rapport à 2008 et 2007. Pas un succès, mais pas un camouflet non plus. La décision d'ESPN de ne pas diffuser le tournoi a compté pour beaucoup dans cette désaffection. Et la crise économique sans doute un peu. Et enfin la présence d'un autre tournoi très cher au programme, le tournoi anniversaire à 40,000 dollars que beaucoup de joueurs ont préféré, puisqu'il s'agissait de No Limit.



Dans le même temps, j'ai aussi pu assister à ce qui restera peut-être comme le plus grand couac des WSOP cette année. A 14 heures, John Kabbaj était sur le podium au centre de l'Amazon Room pour se voir officiellement remettre son bracelet, remporté la veille (la même épreuve où Davidi Kitai a terminé quatrième). Une consécration méritée pour ce joueur gagnant calmement et discrètement sa vie au poker depuis plus de quinze ans, sans sponsor ni médiatisation. Un mec sympa, régulier de l'Aviation Club de France où il est apprécié par la communauté des joueurs high-stakes parisiens, Antony Lellouche en tête. Bref, comme chaque jour depuis quatre semaines, le commissionnaire des WSOP Jeffrey Pollack a présenté à la foule le vainqueur, et a lancé le bal : « Mesdames et Messieurs, en l'honneur de John Kabbaj, voici l'hymne national de la Grande-Bretagne, God Save the Queen ! »

Et là, j'ai cru que j'hallucinais. La musique qui s'est échappée des hauts-parleurs n'était pas le traditionnel hymne de la couronne britannique. Non, il s'agissait de la reprise des Sex Pistols, bordel de merde ! Un brûlot anarchiste censuré à l'époque de sa sortie en 1976, complet avec guitare agressive et langage plus qu'ordurier envers la Reine, le drapeau et toute la famille royale !



Alors, évidemment, j'ai tout de suite cru que ce farceur de Kabbaj faisait une petite blague typiquement british, et avait spécifiquement demandé à ce que l'on joue une version décalée de l'hymne de son pays, histoire de détendre un peu l'atmosphère parfois inutilement solennelle qui plombe un peu les cérémonies des bracelets.. Après tout, on avait souvent blagué entre collègues là-dessus : « Ce serait bien qu'ils nous passent l'hymne américain version Hendrix, pour changer. J'en ai marre d'entendre tout le temps la même chose. » Mais non. Sur le visage de Kabbaj, la consternation. Poli, il n'a rien dit. A côté, Pollack n'était pas au courant non plus, et, plutôt que de tout arrêter, a préféré – c'était peut-être mieux – jouer le jeu. Alors que la plupart des hymnes durent une minutes à tout casser, ici, il s'agit d'une chanson pop en bonne et due forme : couplet, refrain, couplet, pont et coda, étalée sur quatre minutes. Quatre minutes durant lesquelles l'Amazon Room entière est restée debout en silence, comme le veut la tacite tradition. En se demandant s'il fallait rire ou huer. A la fin de la chanson, Kabbaj est descendu du podium sans piper mot. Non, il me confirme, ce n'est pas lui qui a demandé à ce que l'on joue les Sex Pistols. Il n'a pas l'air content. Et plusieurs joueurs anglais présents hurlent leur mécontentement, tel Jon Shoreman : « C'est une honte ! Cette chanson n'est pas un hymne, c'est un anti-hymne ! Vous imaginez le tollé si l'on vous avait fait ça chez nous ? » D'autres savouraient le moment, comme mon collègue briton Chris Hall : « J'arrive pas à croire qu'une salle entière s'est levée pour écouter un hymne anarchiste. Chapeau ! »

Peu après, Pollack est passé en salle de presse la queue entre les jambes, tentant une explication embarrassée. Il n'était pas au courant. Apparemment, les techniciens qui s'occupent du système sonore en coulisse avaient cru comprendre que plusieurs joueurs anglais avaient demandé à ce que soit joué la version décalée des Pistols plutôt que l'originale. La boutade a été prise au sérieux, et la décision a été prise (sans doute par une seule personne) sans que personne d'autre ne soit mis au courant. La moindre des choses aurait été de prévenir le principal intéressé. Pollack s'est excusé auprès de Kabbaj, qui a ensuite exprimé son mécontentement en privé, lui offrant même de rejouer la cérémonie le lendemain, avec le bon hymne. Mais le mal était fait. Le lendemain, quand God Save the Queen, l'originale, a retenti dans l'Amazon, John Kabbaj ne s'était pas donné la peine de monter sur le podium.

Alors bon, il ne s'agit que d'un hymne. Plus grand monde n'attache une grande importance au patriotisme, ces jours-ci, surtout en Europe. Et l'humour, j'ai rien contre. Mais si j'avais été à la place de Kabbaj, sur le podium devant des centaines de joueurs, et que, sans me prévenir, on avait mis la Marseillaise de Gainsbourg (une chanson que j'adore par ailleurs) à la place de l'originale de Rouget de L'Isle, j'aurais eu du mal à ne pas avoir l'impression qu'on s'est un peu foutu de ma gueule.

La journée n'est pas finie, loin de là. A suivre.

Le Day 30 et le Day 31 sur Winamax



Jeffrey Lisandro : mais où s'arrêtera t-il ?

vendredi 26 juin 2009

The mark has been made

Day 28 et Day 29

Amazon Room, jeudi, 20h45. Pour la première fois ou presque en quatre semaines, cette chose qu'on appelle le « monde extérieur » est venue s'immiscer au milieu des World Series of Poker, faisant dériver les conversations des sujets habituels, plus ou moins toujours en rapport de près ou de loin avec des cartes, des jetons, de l'argent, et des rivières. A 14 heures 26, heure de Los Angeles, Michael Jackson a été prononcé mort par les services de l'hôpital de l'université de Californie. Arrêt cardiaque. Le Roi de la Pop avait cinquante ans. En ces temps où Facebook, Twitter et Blogger sont rois, l'information s'est propagée comme un boulet de canon, tandis que j'étais occupé à suivre les exploits de Davidi Kitai en table finale de l'épreuve de Pot-Limit Hold'em à 10,000 dollars, presque un an jour pour jour après sa victoire dans une épreuve presque identique (même variante, prix d'entrée différent)

Mon meilleur souvenir de Michael Jackson ? Son apparition dans un mémorable épisode des Simpsons en septembre 1991, et l'été qui a suivi, durant lequel j'avais écouté ma cassette de Dangerous jusqu'à épuisement, le jour, la nuit, en jouant à Super Mario Bros 3 avec mes cousins. Et ABC, I Want You Back, et Thriller, découverts bien plus tard. Mon plus mauvais souvenir ? Le reste... Etant l'un de ces rares chanteurs dont l'ensemble de l'humanité a entendu au moins une fois dans sa vie l'une de ses chansons, tout le monde aura son opinion sur la vie et la mort de Michael Jackson. Génie ? Sans doute. Torturé ? Assurément. Ombrageux ? Pas de doute. On dissertera probablement ad nauseam sur les effets néfastes de la starification dès l'enfance, le rôle des parents, la pression médiatique, etc, etc. Assez pour remplir tous les journaux télévisés d'Amérique et d'ailleurs durant les deux prochaines semaines, et oublier un peu l'Iran.

Pour en revenir à nos moutons, mardi fut une journée des plus intéressantes, et le reportage a un peu rebondi à cette occasion. Régis a publié sa première vidéo (une partie de tennis qui m'a fait baver d'envie), tandis que je couvrais la grosse épreuve de Pot-Limit Hold'em. Cinq membres du Team Winamax au départ, dont un certain Patrick Bruel, un petit jeune qui débute, et faisait ses premiers pas en tant que membre officiel de l'équipe. Le quatorzième membre : ça tombe bien, 14 est son jour de naissance, et son chiffre porte-bonheur depuis ses débuts dans le show-biz.

Dans la Brasilia Room débutait une épreuve de Omaha High-Low à 2,500 dollars, avec une nouvelle fournée de joueurs français arrivés il y a peu à Vegas : Paul Testud, Serge SMC, Claude Cohen, mon pote Fred Le Roux... A côté, dans l'épreuve de Razz, gros barnum avec la chute – littérale – de Miami John Cernuto, victime d'une hémorragie interne. Le tournoi s'est arrêté une bonne demi-heure le temps que les ambulanciers arrivent. Tout le monde a eu très peur – on a cru à une crise cardiaque, mais le légendaire Cernuto, bien que livide, arrivait à respirer et à parler, et, aux dernières nouvelles, se porte bien en convalescence. Plus de peur que de mal, donc. Mais il fut intéressant d'observer la réaction médiatique à cet épisode. Comme beaucoup d'autres, je me suis contenté d'observer la scène, sans chercher à prendre de photos ni à exploiter l'incident en quête d'un scoop à deux balles. Mon ami Dan Michalski, lui, s'est pris une volée de bois verts de la part des collègues en sortant son appareil photo pour saisir quelques clichés, avant de se faire vertement tancer par la sécurité entourant Cernuto et les premiers secours. Je sais que Dan voulait d'abord rendre-compte en images de l'efficacité avec laquelle l'incident a été géré plutôt que de jouer les paparazzi, et la fine ligne qui sépare l'information du sensationnalisme a été longuement discutée par les collègues sur Pokerati.

Pendant ce temps, deux français rentraient dans l'argent du tournoi réservé aux Seniors, dont Jacques Zaicik, qui allait atteindre le top 40 de cette épreuve qui comptait tout de même 2,700 joueurs au départ.

Pauly était de retour à Vegas après trois semaines d'absence, passées sur la route à visiter vingt états américains pour assister à douze concerts de son groupe favori (Phish), dont il m'a ramené un joli T-Shirt souvenir... Nos retrouvailles se sont déroulées pendant la pause-dîner... Au In-N-Out Burger bien entendu...

Beaucoup de situations intéressantes ont emergé dans l'épreuve de Pot-Limit, et quand les superviseurs ont déclaré une trêve, Davidi, Ludovic et Patrick avaient survécu parmi les joueurs du Team, en compagnie d'ElkY. J'avais assez d'histoires à raconter pour me tenir éveillé jusque trois heures du matin.

Bien entendu, après une très longue journée comme celle-ci, il est difficile d'être aussi en forme le lendemain, et j'ai un peu galéré à suivre les fantastiques progrès de Davidi lors du Day 2. Le champion du monde belge du Team est allé jusqu'au bout, terminant à trois heures du matin avec un bon tapis. Encore une nuit très courte en conséquence.

Et là, tandis que je termine cette page mal dégrossie, Davidi est en train de faire des merveilles en table télé. Je suis de la partie depuis la salle de presse, sur mon écran. Ils ne sont plus que cinq sur le podium ESPN. Si Davidi va jusqu'au bout, et remporte son second bracelet en un an (je l'espère, et je suis d'ailleurs certain que cela va arriver), je serai bon pour une nouvelle longue nuit d'écriture... Beat it !

Le Day 28 et Day 29 sur Winamax



Davidi a construit son tapis patiemment durant le Day 2 de l'épreuve de Pot-Limit Hold'em



Fabrice Soulier dans l'épreuve de Omaha High-Low (une photo prise spécialement pour WickedChops)



Mon ami Matt Graham remporte son second bracelet dans l'épreuve de PLO à 10,000$



Meet the new boss...

mercredi 24 juin 2009

Hitting the wall

Day 26 et Day 27

J'imagine que ça devait arriver. Trop de travail, trop de stress, de fatigue, trop d'heures passées au Rio, trop de merdes qui viennent s'empiler les unes après les autres, personnelles et professionnelles : j'ai atteint mon point de rupture quelque part entre dimanche et lundi. J'ai passé la majeure partie de la journée assis sur le banc de presse, regardant au loin dans le vide, incapable de bouger ou de répondre quoi que ce soit de cohérent aux gens qui venaient me dire bonjour. Je ne sais pas, il était temps que cela arrive, peut-être. 24 jours de suite sans trouble majeur, c'était surement trop de bonne fortune.

La journée de la vieille avait été plutôt correcte, pourtant. Je suis arrivé au Rio pour observer l'épreuve de Shootout à 5,000 dollars. Après trois heures, il ne restait plus que trois joueurs Winamax en course, et j'avais expédié les tâches quotidiennes (mettre à jour la page des résultats des WSOP, en particulier). J'ai donc décidé de profiter du relatif calme dans l'Amazon Room pour m'échapper avec Cuts. On s'est rendu au Fry's pour acheter quelques DVDs. Après, détour au supermarché d'à côté pour faire quelques provisions de nourriture. Mon téléphone a sonné : Tallix venait de sauter. On s'est retrouvé, et on s'est mis en route vers le meilleur endroit possible pour s'éclaircir les idées vite et bien : le Red Rock Canyon, bien entendu. Cuts et Tallix n'y étaient pas allés depuis un an, et encore, les conditions n'étaient pas propices à la relaxation puisqu'il s'agissait d'une séance photo avec un professionnel. Moi, j'y suis déjà allé trois fois cet été, avec Pauly puis avec Freeman. On a escaladé les rochers, et on s'est assis pour contempler le vide et écouter le silence. On a pique-niqué en buvant des Coronas. On a croisé un peu trop de touristes français à mon goût.



Quand on est sorti du canyon, le soleil se couchait il était trop tard pour aller au tennis. Le complexe où l'ensemble du Team passe la plupart de ses après-midis libres est ouvert 24 sur 24, sauf le dimanche où il faut prévenir à l'avance si l'on veut jouer. Bad-beat et gros tilt, moi qui ait envie de taper la balle depuis un mois. Je me suis affalé sur le canapé du salon devant un concert de Led Zeppelin sur l'écran géant, et j'ai ensuite passé les deux heures les plus drôles du séjour jusqu'à présent au ciné du Palms, en regardant le chef d'oeuvre de Todd Philips, The Hangover (plus à ce sujet à la fin du post)



Après, Régis nous a rejoints directement depuis l'aéroport, ses bagages sous le bras, et bon sang que ça faisait plaisir de le retrouver. Il va rester jusqu'à la fin des WSOP pour filmer les joueurs Winamax, et cela redonnera sans doute un peu de tonus à mon reportage.

Et lundi est arrivé, et j'avais le moral à zéro. Je sais pas, la goutte d'eau qui fait déborder le vase, où un truc dans le genre. Tout plein de trucs qui s'empilent, et à la fin, ça devient trop. Trop de temps passé dans le même espace confiné, un marasme, un cloaque où barbotent toute une galaxie de gens malhonnêtes et menteurs. Ça tape sur le système au bout d'un moment. Bref, le coeur n'y était pas. Aucune envie de bosser. Grosse envie de me casser le plus vite de possible, de prendre un taxi pour l'aéroport, et prendre le premier vol pour Londres. Je voulais être seul et ne parler à personne. Et 24 heures plus tard, le sentiment n'a pas beaucoup changé. Je suis cramé pour de bon, et vais attendre la fin de ce bordel avec impatience, maintenant.

Mais qu'importe, je n'ai guère envie de rentrer dans les détails. Parlons de choses un tant soi peu joyeuses. The Hangover, donc. La comédie américaine du moment, le carton de l'été. Les bases du film sont archi-simples, et ont déjà été battues en brèche maintes et maintes fois dans le passé : quatre potes fêtent l'enterrement de vie de garçon de l'un des leurs. Le décor n'est pas nouveau non plus : Las Vegas, ville tout à fait propice à ce genre d'activité.

Mais le réalisateur du film, Todd Philipps (déjà derrière d'autres trucs rigolos du genre Old School ou Road Trip, et par ailleurs fin joueur de poker, avec un money finish au Main Event 2007), a l'intelligence de ne pas plonger dans les clichés. Il n'est pas intéressé par ce qui se passe pendant la fête (ce dont finalement le spectateur se fout – il n'y a rien de moins amusant que d'observer passivement des gens en train de s'amuser, non ?) Non, le film commence après la fête. Quand trois des protagonistes se réveillent dans leur suite dévastée, avec un tigre dans la salle de bain, une dent en moins, un bébé hurlant dans le placard, une gueule de bois carabinée, et absolument aucun souvenir de ce qui s'est passé. Et, problème majeur : le futur marié manque à l'appel.



A partir de là, le film ne peut-être que génial, grâce à la minutie avec laquelle les gags sont exécutés, la précision chirurgicale des dialogues, et le talent des trois acteurs, qu'on croirait amis de trente ans pour de vrai. L'intrigue suit le déroulement d'une partie de Cluedo. C'est la reconsitution du puzzle de cette nuit agitée par les trois fêtards qui fait le génie de l'intrigue. Peu à peu, la mémoire leur revient, à la faveur de nouvelles rencontres à travers Vegas, et tandis que de nouveaux obstacles viennent de se mettre dans leur passage. C'est trash, c'est cru, et cela ne s'arrête jamais, les situations à la cons tombent avec la régularité d'une horloge suisse. Ce n'est même pas une comédie à un rire par minute, bon Dieu. Non, je parle là d'un rire constant, qui commence dès les premières images, et ne s'arrête qu'au milieu du générique (car même le générique vous fera exploser de rire, c'est peut-être même là que se situe le point culminant du film, alors ne vous barrez pas trop vite de la salle) Bref, la meilleure comédie depuis Superbad, et ça veut dire beaucoup. J'y retournerai, bien entendu.

Le Day 26 et Day 27 sur Winamax



Second bracelet de l'été pour Tony Soprano : c'est l'année des doublés !

dimanche 21 juin 2009

What a beautiful face I have found in this place

Day 23, 24 et 25

A human odyssey

Wow. Il est 22 heures 50 dans l'Amazon Room, nous en sommes au 25ème jour des World Series of Poker, et une bien belle aventure humaine a trouvé il y a quelques heures sa conclusion sur le second podium ESPN.

J'ai passé les trois jours qui viennent de s'écouler à suivre les progrès du Team Winamax dans l'épreuve de No-Limit Hold'em à 2,000 dollars. Ils étaient sept joueurs de l'équipe au départ, perdus parmi 1,700 joueurs. Quand la table finale s'est constituée après 24 heures de poker étalés sur trois journées, ils étaient encore deux survivants. Un exploit de taille, rarissime si l'on considère la taille énorme du field, la structure, la variance et le facteur chance, etc, etc.

Le premier jour, il n'en restait rapidement plus que quatre du Team, seulement quelques heures après le départ. Dans ce genre de tournoi où l'on se retrouve rapidement short-stack si l'on n'arrive pas à trouver des situations favorables, j'ai l'habitude de voir les joueurs du Team sauter assez vite. Pas qu'ils le fassent exprès, ou qu'ils ne soient pas assez talentueux, bien au contraire. C'est juste qu'il y a une raison pour laquelle je surnomme ces tournois « donkaments » : l'aspect « loterie » y est plutôt accentué. Il n'y a pas vraiment de temps à perdre : la machine à élimination tourne à plein régime, sans relâche. Et regardez les débuts des reportages de PokerNews : les grands noms américains et européens sautent par dizaines et dizaines durant les quatre premières heures. Y'a pas de honte à avoir.



Mais cette fois, j'ai senti qu'il était possible que les choses se passent mieux que d'habitude pour mon équipe quand est arrivée la pause-dîner après six heures de jeu : quatre des sept joueurs Winamax étaient en course. Mieux : ils avaient tous des tapis allant de « confortable » à « énorme, presque chip-leader ».

Après dix heures de jeu : la situation n'avait pas changé, et j'enregistrais une conversation de vingt minutes avec Johny, Almira, Anthony et Manub, tous heureux d'avoir passé le premier jour, tous avec un gros tapis, sauf Manu, qui possédait tout de même la moyenne. J'espère avoir réussi, dans l'interview, à retranscrire avec justesse la bonne humeur, l'esprit de camaraderie et d'équipe qui régnait entre les quatre joueurs. Je les aime.

Le lendemain, au départ du Day 2, l'argent était tout proche. Manub, loin de vouloir rester assis en laissant mourir son tapis pour rentrer dans l'argent, a très vite mis ses jetons au milieu pour doubler, puis quadrupler son stack.



Après deux-trois heures de partie, la bulle avait éclaté, et nos quatre joueurs Winamax étaient encore en course. A ce stade là, j'étais déjà très content. Pas que j'avais placé mes espérances le plus bas possible, mais juste que l'on avait déjà là un beau ratio entre les joueurs du Team payés par rapport à ceux qui avaient participé au tournoi.

Johny fut le premier éliminé des quatre W, aux alentours de la 100ème place. Sur un move un peu bizarre que je n'ai pas compris au premier abord, mais qui a pris un peu plus de sens quand il a pris le temps de me l'expliquer le lendemain.

Le nombre de joueurs restants à diminué à rythme régulier durant le reste de la soirée. Quand on est tombé sous la barre des 50 joueurs, les trois survivants du Team avaient tous un gros tapis. Ils étaient tous passés par d'importantes fluctuations, mais ils tenaient la cadence. J'ai eu un peu peur quand Almira s'est plain de douleurs au ventre, elle avait l'air sérieusement mal en point. Cela aurait été trop bête de gâcher son plus beau tournoi pour un bête malaise. Avant même que Yuestud n'ai eut le temps de foncer jusqu'à la boutique pour trouver des médocs, un superviseur apportait des cachets à Almira. Un vrai ami du Team Winamax, ce gars-là, dont je tairai le nom, car il m'a dit que ce genre de faveur ne rentrait absolument pas dans le cadre de son job, et qu'il pourrait se faire engueuler par ses supérieurs si cela venait à se savoir.

C'était le moment du tournoi où de vraies opportunités se créaient. On pouvait martyriser les petits tapis, et intimider les joueurs faibles. On pouvait tenter sa chance sur des coin-flips tant qu'ils ne coutaient pas trop cher. Bref, on pouvait jouer au poker.

Passé une heure du matin, après beaucoup beaucoup de mains, et beaucoup beaucoup de tension, on était tombé à 25 joueurs. Manuel avait sauté près de la trentième place après avoir tenté un joli move avec un tirage couleur. Seuls Tallix et Almira demeuraient en course.

Pour connaître tous les coups en détails, je vous invite à lire mon reportage. Pour résumer, ces deux-là ont passé le cap de la seconde journée. Il restait 17 joueurs et la finale n'avait jamais été aussi proche.



Après deux journées consécutives de quinze heures, je suis rentré me coucher, et après six petites heures de sommeil, j'étais de retour dans l'Amazon Room. Au terme du Day 1, Johny avait estimé les chances qu'un des quatre Winamax arrive en finale à 25%. Allait-on dépasser ses espérances ?

La partie a démarré lentement. En 90 minutes, trois joueurs seulement ont sauté. Puis Tallix et Almira ont doublé chacun à leur tour. La table finale était à portée de main. Deux éliminations plus tard, elle était une réalité.

Un certain Doyle Brunson a privé le Team Winamax d'une double apparition en table télévisée, en direct sur Internet... « Big Papa » était en finale de l'épreuve de Stud High-Low, poussant ESPN et Bluff a changer leurs plans en dernière minute. Si ce n'avait été pour le légendaire possesseur de dix bracelets, potentiellement en passe d'un décrocher un historique onzième, Almira et Tallix auraient évolué sur le podium principal, et une légion de fans aurait pu suivre leurs exploits en direct. Heureusement qu'il y a eu Manub, accroché à son téléphone tout l'après-midi pour envoyer en temps réel les dernières news.



En table télé, nos joueurs ont pris un départ canon. Un short stack a sauté très vite, et l'on est passé à neuf joueurs. A nouveau, Tallix et Almira ont immédiatement trouvé une situation favorable pour doubler leur tapis.

Et puis est arrivée la pause-dîner. Il ne restait plus que sept joueurs. Je suis parti manger avec une charmante collègue dans le quartier chinois de Vegas, juste à côté du Rio. J'avais à peine vingt minutes de retard à mon retour dans l'Amazon Room. Stupeur en arrivant sur le podium : c'en était fini du Team Winamax. Almira avait pris un méchant bad-beat pour sauter en septième place, et Tallix s'était pris le mur lors d'une bataille de blindes, pour être éliminé cinquième.

J'étais très déçu, mais la déception a très vite laissé place à de la fierté. Les deux joueurs du Team qui avaient rencontré le moins de succès en tournoi en 2008 avaient enfin fait leur « break-out », la grosse perf' qu'on attendait depuis longtemps. Personnellement, je savais bien depuis longtemps que Tallix avait un talent fou, l'observant presque tous les jours écraser la compétition autour des grosses tables de cash-game de Winamax. Almira, elle, est une experte mondiale dans un autre domaine, les échecs. La transition vers le poker a été naturelle, et son talent a muri depuis presque deux ans au contact des experts du Team. Elle méritait quelque chose aussi.

L'exposition médiatique intense à laquelle nous avons choisi de soumettre les membres du Team fait que parfois, ce sont plus leurs échecs que leurs victoires qui sont mises en avant. Il suffit de deux ou trois mois sans grosse performance, et certains observateurs malicieux ont vite fait d'oublier les nombreuses victoire et finales EPT, WSOP et WPT que le Team a collecté depuis sa naissance (sans compter les prouesses en cash-games de certains) pour les qualifier d'un seul bloc de pigeons, de nuls, de faux pros surestimés. Les commentaires sur les forums sont parfois décourageants, et viennent souvent de personnes n'ayant pas la moindre idée de la vraie nature du poker de tournoi. Sans doute que j'y suis pour quelque chose, sans doute que je n'arrive pas vraiment à expliquer, à faire comprendre aux gens que non, on ne peut pas gagner tous les tournois, ni même gagner de l'argent à chaque fois, et que oui, 90% du temps en moyenne, on repartira les mains vides, peu importante que l'on soit le dernier des amateurs, où le meilleur joueur de tournoi du monde.

Ces 13 joueurs ne vont pas toujours être rentables sur une période donnée, une période qui peut parfois être longue. Le fait que certains aient eu énormément de succès en une période très courte peut parfois donner l'impression aux gens que cela va continuer indéfiniment, que celui qui a gagné 1,5 millions de dollars en six mois en prendra autant durant la seconde moitié de l'année. Ben non. Les comparaisons avec les joueurs ayant eu le plus de succès m'insupportent particulièrement. En deux minutes, je peux, parmi les joueurs les plus titrés du monde, constituer une équipe virtuelle de 13 joueurs qui n'ont jusqu'à présent rien fait de notable aux WSOP cette année, en ayant joué un nombre similaire d'épreuves. La conclusion : même si vous êtes un joueur de talent, la victoire n'est garantie que sur le long terme, et pas sur 10, 20 où même 50 épreuves. Et les WSOP ne comportent que 57 épreuves...

Je n'ai pas encore parlé à Almira et Tallix depuis leur élimination. Je suis sur que Tallix s'est déjà remis de sa déception. Pas le genre à s'éterniser sur les défaites, surtout que cette cinquième place est loin d'en être une, quand on y songe. Almira, elle, s'est retenue de verser des larmes. Des larmes de tristesse qui se sont rapidement transformées en larmes de joie : tout le clan français était autour d'elle pour l'aider à relativiser son élimination. Un beau moment. Un vrai esprit d'équipe.

Bon, je n'ai parlé que d'une seule épreuve, alors que ces trois derniers jours ont été riches d'autre événements : l'énorme déception d'ElkY dans le 1,500 (13ème place après une rencontre KK contre AA, ca aurait donné tellement de pub à ma couverture pour Bluff s'il avait été jusqu'au bout, ha ha), l'épreuve de Pot-Limit Omaha où Antony Lellouche a cashé pour la deuxième fois, tandis que Fabrice établissait son propre record avec six, le vainqueur le lendemain qui refuse de sourire, faire des interview et participer à la cérémonie et se barre sans demander son reste, etc.

Quelles journées ! Je crois que je vais prendre une pause, moi.

Le Day 23, le Day 24 et le Day 25 sur Winamax

vendredi 19 juin 2009

En titubant

Day 21 et 22

Après les deux journées mouvementées racontées dans le post précédent, j'ai eu un peu de mal à me remettre dans le rythme. Ce qui tombait un peu mal, car le rythme a été plutôt effréné, tandis que j'essaie de reprendre la voie d'un reportage normal, libéré de la pression que m'a imposé l'article pour Bluff. Mardi, il y avait du résultat français à tous les étages, avec Jean-Phillipe Léandri (patron du Gaillon) en finale dans le PLO à 2,500$, Fabrice Soulier et Sébastien Sébic en demi-finales dans le HORSE, ainsi que Rui Cao et Antoine Amourette dans le Day 2 du No-Limit à 2,000 dollars. Sans oublier le tournoi de Limit à 10,000 dollars, et l'épreuve de Heads-Up, dont l'ultime match voyait évoluer un type que j'apprécie beaucoup : John Duthie, qui, en créant l'European Poker Tour un beau jour de 2004, m'a en quelque sorte donné un job – les EPT représentent plus de la moitié des tournois que je couvre sur une année donnée. Et je ne suis pas le seul dans ce cas.

Assez crevé, j'ai évolué comme un zombie au milieu de toute cette agitation. J'avais besoin d'une pause, qui est venue sous la forme d'une longue, très longue pause-dîner avec Al, Jen et Gene (à nous quatre, on forme un carré solide sur le banc de presse depuis le début des WSOP) dans l'un de mes restos préférés de Vegas, Mon Ami Gabi. Une « steakhouse » au thème français, un mélange un peu bizarre (ce genre d'endroit n'existe pas chez nous, après tout) mais ça marche. Le cadre est superbe, contrairement au reste de l'hôtel « Paris » où se situe l'endroit, on se croirait vraiment dans un vrai resto français, et les portes sont grandes ouvertes pour donner une vue imprenable sur le Strip, et en particulier le Bellagio, dont nous avons pu admirer les fontaines au rythme d'un show tous les quart d'heure. Je suis quelqu'un d'assez conservateur en ce qui concerne la bouffe au resto, et ceux qui me connaissent savent que je finis généralement avec l'une des trois options suivantes dans mon assiette, mes favorites : hamburger (huit visites au In-N-Out en trois semaines, et c'est pas fini), pâtes, n'importe quelle type et n'importe quelle sauce (pas si facile de trouver des bons italiens à Vegas), et moules-frites, ben oui, il faut respecter ses origines. Si aucun de ces trois plats n'est disponible, je grogne et me rabats sur un steak. Là, j'étais venu spécialement pour les moules, donc je ne me suis pas privé. Il y avait un peu trop d'ail dans la sauce et les frites étaient bizarres (plutôt des chips que des vraies frites bien épaisses à la belge), mais on est à Vegas, je n'avais pas trop à me plaindre. L'ambiance était bonne, les blagues fusaient, et avant que je ne m'en rende compte, on avait pris entrée, plat, dessert, fromage, café, et deux bouteilles de vins. Ca ne m'a pas aidé à bosser par la suite, mais ça vaut le coup de se lâcher de temps en temps. Après, on s'est plantés devant les fontaines (un peu un bad beat : la chanson sur laquelle on est tombés n'était autre que la BO du Titanic par Céline Dion), et on restés coincés dans les bouchons une bonne demi-heure pour parcourir les deux kilomètres nous séparant du Rio.

Le lendemain, même agitation dans l'Amazon Room, avec le départ d'une belle et endiablée épreuve de Pot-Limit Omaha à 5,000 dollars. Pas mal de français au départ, et pas mal de coups rocambolesques à raconter. Antoine Amourette a fait un très beau parcours dans l'épreuve à 2,000 dollars, devenant le septième finaliste français des WSOP 2009. Et ElkY a complètement dominé son sujet dans le Day 2 du donkament à 1,500 dollars, terminant avec l'un des plus gros tapis parmi la vingtaine de joueurs restants. Après un mauvais départ qui avait déclenché le concert habituel des mauvaises langues après à peine deux semaines de compétitions, nos joueurs se sont rattrapés, et les résultats sont désormais réguliers. Ne comptez pas sur moi pour en tirer une quelconque conclusion : c'est de tournois de poker que l'on parle ici, où la variance est élevée et donc les résultats assez imprévisibles, peu importe le talent des joueurs. Je me demande tout de même si l'on va pouvoir entendre au moins une fois la Marseillaise dans l'Amazon Room avant la fin de l'été... Patriotisme à deux balles mis à part, ce serait un moment ayant le potentiel de poutrer à mort, comme disent les jeunes.

Déjà plus de trois semaines passées à Vegas, et les World Series of Poker 2009 ont atteint leur point médian sans que personne n'y prête trop attention, trop occupé à sa tâche quotidienne. Pour le moment, j'en suis encore à compter les jours par leur numéro... Day 19, Day 20, Day 21... Mais très bientôt, dans moins de quinze jours, un changement va s'opérer, et ce sera un décompte qui va commencer : « Plus que dix jours... Plus que neuf jours... huit... sept... »

Le Day 21 et le Day 22 sur Winamax



Roland de Wolfe explique à ElkY comment remporter la "Triple Crown"



Mes collègues américains et canadiens étaient surexcités mercredi... Un tournoi caritatif réunissait plusieurs stars de la NHL, la ligue de Hockey, et la fameuse "Stanley Cup" était de sortie pour l'occasion. Moi, çà m'en a touché une sans réveiller l'autre, mais certains de mes confrères bavaient devant le trophée, l'équivalent pour nous européens de la Coupe de Monde de Foot, ou de la Coupe des Mousquetaires



Antony Lellouche et Fabrice Soulier dans l'épreuve de Omaha... J'adore cette photo

mardi 16 juin 2009

The 36-hour shift

Day 19 et Day 20

Projet B = complété

C'est fait. J'avoue que je n'aurais pas cru y arriver. Après plus de trente heures de travail presque non-stop, j'ai complété mon projet parallèle réalisé en marge de mon reportage pour Winamax. Lundi à 21h29, heure de Vegas, j'ai appuyé sur la touche « envoyer ». Dans mon email à destination de Lance Bradley et Matthiew Parvis, un article de 3,000 mots qui aura occupé la majeure partie de mes nuits depuis dix jours. Dix minutes plus tard, Bradley venait à ma rencontre avec un grand sourire et m'offrait sa main tendue : « Well done, it fucking rocks. » Ouf. Je n'avais pas foiré. Jusqu'au dernier moment j'avais eu un doute.

Bradley et Parvis sont les rédacteurs en chef de Bluff Magazine, la plus importante publication pokérienne du continent américain. Je connais bien le premier depuis les WSOP 2007. A l'époque, il dirigeait un site de news assez éclairé. On s'est donné de nombreux coup de mains mutuels, et l'on se respecte. Je n'avais jamais rencontré le second avant cette année. Quand ils m'ont approché en m'offrant de rédiger l'article principal du prochain numéro, je n'ai hésité qu'une minute avant d'accepter. J'ai eu ensuite le temps de regretter cette décision, puis carrément de me maudire, tandis que l'horloge tournait et que je me demandais si j'allais réussir à finir. Mais je n'avais pas vraiment le choix. Parvis avait décidé de mettre ElkY en couverture des éditions américaines et européennes de son magazine, et on m'avait recommandé à lui. Il pensait qu'en tant que français, j'aurai plus de facilité à écrire sur mon compatriote qu'un de leurs auteurs locaux, qui somme toute ne connaissent que superficiellement ElkY. Et comme Parvis ne me donnait que dix jours pour rendre ma copie finale, il m'a offert le tarif maximum...

Ainsi, dans quinze jours tous les casinos d'Europe et d'Amérique seront envahis de copies du magazine avec la tronche d'ElkY en couverture. Et c'est bibi qui a écrit l'article. La classe, non ? Je suis pas peu fier d'être le premier étranger à réaliser la « cover story » du meilleur magazine de poker américain. « Même moi je n'ai jamais eu l'occasion de la faire », à grogné Pauly.

Je pense que je n'oublierai pas de sitôt les deux journées qui viennent de s'écouler, deux journées qui n'en ont formé qu'une, pas encore terminée au moment où je tape ces lignes. Dimanche, j'étais au Rio en début d'après-midi. Je n'avais qu'une chose en tête : il ne me restait plus que 24 heures pour rendre mon article à Bluff, et je n'avais pas écrit une seule ligne. Mais selon la bonne vieille loi de Murphy, c'est pile ce jour-là que survenait la première table finale Winamax des WSOP 2009. Antony Lellouche possédait le second tapis, et ses chances semblaient excellentes.

Ce serait un mensonge de dire que j'ai été soulagé quand Antony a été éliminé le premier après deux heures de partie, garantissant que je n'aurai aucun article d'importance à écrire sur sa prestation en finale. Mais par contre, il est vrai que s'il avait gagné, je n'aurais jamais été en mesure de rendre à l'heure mon article pour Bluff. Parce que je me souvenais bien que l'année dernière, quand Benyamine et Davidi avaient pris leurs bracelets lors de deux soirées consécutives, j'avais bossé jusque cinq heures du matin à chaque fois. Mais rien de tout ça ici : comme à Londres en 2007 et 2008, mon poto a déçu, prenant un risque qui n'en valait pas la peine, engageant son tapis contre le seul joueur qui le couvrait.

Ma seule consolation, donc : j'étais libre de me consacrer à mon histoire. J'ai retrouvé Al, Gene et Jen au Hooker Bar le temps de quelques verres, histoire de se donner du courage. En début de soirée, j'ai commencé à écrire. J'avais accumulé plus de deux heures de conversation avec les divers intervenants de l'histoire, dont une heure entière avec le personnage principal. J'avais une bonne idée de la trame générale de mon article, mais la rédaction en elle-même est une autre histoire.

J'ai tapé sur mon clavier, et au bout de quelques heures, je sentais que je tenais le bon bout.Je me suis arrêté un peu, le temps d'aller assister à la victoire d'un de mes joueurs préférés dans l'épreuve de Pot-Limit Omaha High-Low. S'il y a un joueur que je voulais voir gagner après l'élimination d'Anto, c'était bien Roland de Wolfe. Il n'y a pas un gars sur le circuit avec autant d'auto dérision que lui. Pendant le tête à tête final, j'ai laissé tourner mon dictaphone à côté des joueurs anglais présents derrière la barrière pour le supporter : Neil Channing, Keith Hawkins, Nick Persaud... Hilarant. Quelques extraits : « C'est la troisième fois de sa vie qu'il joue à ce jeu. Une heure avant la finale, il m'a appelé pour me demander des conseils. » « Qu'est-ce qu'il va faire avec l'argent ? Le jouer au casino, bien sur... C'est un très, très bon client du Wynn... Ils l'adorent, là bas. » « Il a été broke des dizaines de fois, et il le sera encore bien d'autres fois. »



Car s'il y a bien un joueur qui n'en a vraiment rien à foutre de l'argent, c'est bien Roland de Wolfe. Et un modeste, avec ça. Comme il l'admettra durant la conférence de presse d'après victoire, de Wolfe était loin d'être le meilleur joueur de la table. Allez voir l'interview sur mon reportage Winamax, elle vaut le coup d'oeil. Ais-je mentionné que Roland de Wolfe est seulement le second joueur de l'histoire du poker moderne à remporter à la fois un titre du World Poker Tour, un titre de l'European Poker Tour, et un bracelet des World Series of Poker ?

Après, je me suis remis au clavier, et vers minuit, j'étais plutôt claqué. Mais je ne voulais pas m'arrêter tout de suite. Il fallait que j'aie terminé pour le lendemain, et j'étais loin d'avoir fini. Je me suis donné encore trois heures. J'avais repéré sur les présentoirs de la boutique de cadeaux des petits flacons avec une étiquette disant « 5 heures de boost – pour lutter contre la fatigue ». A 4,95$ la fiole, je ne perdais pas grand chose à essayer. J'ai bu le liquide orangé d'un trait, et j'ai poursuivi ma rédaction, m'arrêtant à la moitié environ. A quatre heures du matin, j'étais de retour à la villa, ayant réglé mon réveil pour cinq heures de sommeil. Deux heures plus tard, il faisait déjà jour et j'avais encore les yeux grands ouverts. Diable, me suis-je dit, ils ne plaisantaient pas avec leur machin. Si une petite fiole de merde à cinq dollars peut me tenir éveillé, je me demande ce que ressentent les mecs qui carburent au speed et aux amphés. Rien à faire, je n'allais pas dormir. J'ai rallumé l'ordinateur, tapé un peu, et pris une douche.

A huit heures, j'étais sur l'autoroute 15. Il faisait beau soleil et la vue sur les montagnes était dégagée. On pouvait voir les pierres du Red Rock Canyon au loin. J'ai pris le petit déjeuner au Bellagio en lisant le journal. Peu à peu, l'affaire des millions saisis chez Full Tilt et PS se répand dans la presse généraliste, et d'après mon ami Dan de Pokerati, il y a des chances qu'un torrent d'emmerdes se répande au Rio aux alentours du Main Event, ciblant les deux plus gros sites servant les joueurs américains. Bah, au moins il se passerait quelque chose d'intéressant.

Six heures trente après avoir quitté le Rio, et j'étais déjà de retour sur le banc de presse, à 9 heures 30, sans avoir dormi une minute. Il y avait seulement sept tables de cash-game ouvertes. Je me suis repayé une tranche de cinq heures de boost – j'étais bien obligé, au point où j'en étais : pas question de m'écrouler avant d'avoir fini mon article.

J'ai bossé dans le calme, surveillant du coin de l'oeil l'arrivée progressive des donkeys de l'épreuve à 2,000$ - je ne comprendrai jamais pourquoi certains joueurs se pointent UNE heure avant le début du tournoi. Bon Dieu, une minute est largement suffisante, et en plus, à cette heure-ci, les agents de sécurité ne laissent même pas encore rentrer ces pauvres hères dans la salle.

Pendant que Yuestud me remplaçait au reportage, j'ai continué à écrire. Hier, quand j'avais commencé, je me demandais comment j'allais atteindre les 2,400 mots qu'on m'avait demandés. Et voilà que maintenant, je me demandais comment j'allais faire pour réduire mon histoire à 2,400 mots. Chez LivePoker, je n'ai jamais su respecter le quota de signes qui m'était alloué. J'ai supplié Parvis de me laisser pousser jusqu'à 3,000 mots, et il n'a pas été difficile à convaincre.

A 18 heures, j'envoyais mon brouillon final à Jennifer, mon amie et collègue californienne de PokerWorks. Commençait la dernière partie du travail, avec son aide : reprendre chaque phrase, chaque mot, chaque point et virgule pour transformer ma copie pleine de petites erreurs d'anglais en un article irréprochable. Et faire passer ma copie de 3,300 à 3,000 mots. Un processus qui a duré trois longues heures, mais que j'ai beaucoup apprécié. C'est enrichissant de se disputer sur telle tournure de phrase, l'emploi de tel mot, se mettre d'acord ou pas sur tel accord, ou tel emploi de verbe. Sans Jen, je n'aurais jamais réussir à faire rétrecir mon article jusqu'au nombre de mots souhaités. Ça se jouait à chaque fois sur des tout petits détails. Moi qui est habitué à publier des articles sur Internet, je ne suis pas trop aux fait de l'une des règles de base de la presse écrite : « shoot it down », en français : enlève le gras jusqu'à ce qu'il ne reste plus que l'essentiel. Je devrais m'y mettre. Je vais peut-être commencer maintenant, car il est quatre heures du matin, j'ai encore trouvé le temps d'aller au bar avec le temps après avoir quitté le Rio à minuit, et cela fait maintenant 40 heures que je suis éveillé. Le pire, c'est que je n'ai pas vraiment sommeil. Peut-être que j'ai pris sans le faire exprès la formule "50 heures de boost".

Le Day 19 et le Day 20 sur Winamax

dimanche 14 juin 2009

Murphy's Law strikes again

Day 16, 17 et 18

Brasilia Room, 3 heures 46. Plus personne dans la salle annexe des WSOP. Tous les tournois sont terminés pour ce soir, et je suis le dernier représentant des médias à son poste. Pas le temps de m'occuper de ce blog, et trop, trop trop de boulot avec mon reportage sur Winamax et le projet B que je mène en parallèle – l'horloge tourne et je suis loin, très loin d'avoir terminé. J'avoue que je commence à paniquer un peu.

Évidemment, le fait que les français aient décidé de se réveiller tous en même temps n'a pas aidé. Je n'ai pas pu me libérer une seconde pour bosser mon projet B durant la journée, raison pour laquelle je suis obligé de travailler jusque six heures tous les matins.

Jugez-plutôt : Gabriel Nassif, David Benyamine, Antony Lellouche : trois français, et pas des moindres se sont tous trois hissés en table finale de trois épreuves différentes ces trois derniers jours. Gabriel et David ont tous deux chuté loin du titre, mais pour Antony, il est permis de rêver : il possède le second tapis au départ de la finale, et excelle à la variante pratiquée, le Pot-Limit Omaha High-Low.

Et cet extra-terrestre de Phil Ivey qui remporte son second bracelet de l'été, le septième de sa carrière. Je me demande où il s'arrêtera. Ivey n'est plus qu'à quatre victoires du record de Phil Hellmuth, mais il y est arrivé en moitié moins de temps !

Et puis il y a mon cher collègue Yuestud, qui a trouvé le moyen d'aller gagner 44,000 dollars au Venetian. Incroyable ! Mais mérité.

La finale d'Antony commence dans huit heures, et j'ai encore deux bonnes heures de travail devant moi. Je sais qu'Antony va gagner, en vertu de la loi de Murphy qui fait que chaque fois que l'on a une journée très chargée, une tonne de travail supplémentaire vient comme par magie se rajouter par dessus. Je dois avoir terminé mon projet B pour lundi. Il est donc assez évident de prévoir qu'Antony va gagner aujourd'hui dimanche, histoire de me donner cinq ou six heures de taf en plus. Mais il n'y a rien de plus que je souhaite... Voir mon pote gagner un bracelet, et entendre la Marseillaise résonner dans l'Amazon Room.

Bon, j'y retourne. Pour le reste, aucune tranche de vie, aucune anecdote croustillante : je passe ma vie au Rio et tout est dans mon reportage sur Winamax.

Day 16, Day 17, et Day 18 sur Winamax

Trois finales en trois jours :